24 Heures du Mans, 100 ans d’exploit

31/05/2023 Par Igor Biétry

Les 10 et 11 juin 2023, les 24 Heures du Mans fêteront leur centième anniversaire. Depuis 1923, cette incroyable course est une alchimie entre vitesse et endurance, entre hommes et machines. Elle sert aussi de laboratoire à ciel ouvert pour éprouver la fiabilité et la durabilité du matériel automobile. Plongée dans le mythe sarthois.

24 Heures du Mans : une première compétition en 1923

De 1906 à 1923, plusieurs personnalités imaginent une course automobile française inédite, qui deviendra en 1923 le « Grand Prix d’endurance de 24 Heures », puis les 24 Heures du Mans.

Comment sont nées les 24 Heures du Mans ?

Les 24 Heures du Mans, c’est une histoire de rivalités, de défis et d’innovations technologiques. Depuis le Paris-Rouen de juillet 1894, première course officielle de l’Histoire, les confrontations se succèdent et leur succès populaire ne fait que croître.

La genèse des 24 Heures du Mans remonte à 1906. Le département de la Sarthe remporte une « course », celle de la consultation publique de l’Automobile Club de France pour l’organisation d’un Grand Prix automobile sur ses terres. Ce premier Grand Prix de l’ACF sarthois est disputé sur un tracé de 103 km sur lequel le Hongrois Ferenc Szisz s’illustre sur Renault. L’Automobile Club de la Sarthe est alors créé et devient rapidement l’Automobile Club de l’Ouest (ACO). Visionnaire, l’ingénieur Georges Durand, secrétaire général de l’ACO, évoque déjà à cette époque une course annuelle au Mans.

Contrairement aux Etats-Unis qui ont déjà une course automobile réputée depuis 1911 (les 500 miles d’Indianapolis), en France ce n’est pas le cas. Les cartes sont néanmoins rebattues au Salon de l'Auto de Paris en 1922. En effet, Georges Durand, devenu président de l’ACO, le polytechnicien Charles Faroux, patron du journal La Vie automobile (l’Auto) et Émile Coquille, représentant pour la France pour le fabricant britannique de roues démontables Rudge-Whitworth, mettent sur pied une épreuve qui doit permettre aux fabricants d’automobiles et d'accessoires de démontrer les qualités et la solidité de leurs productions. Le Mans rentre définitivement dans l’histoire du sport automobile.

Organisation et première course

Les organisateurs imaginent d’abord une épreuve sur 8 heures, mais Émile Coquille tient à ce qu’une partie de la course se déroule de nuit. Cela permet en effet d’éprouver les systèmes d’éclairage assez peu reluisants en ce début des années 1920. Quitte à faire de l’endurance et rouler la nuit, ils se mettent d’accord sur une épreuve disputée sur deux tours d’horloge.

Rendez-vous est pris le samedi 26 mai 1923, sur un tracé de 17 km. Trente-trois voitures de série s’élancent pour la première édition du « Grand Prix d’endurance de 24 Heures ». Au bout de 2 205 kilomètres à 92 km/heure de moyenne, c’est l’équipage André Lagache et René Léonard qui impose leur Chenard & Walcker. Les 24 Heures du Mans sont nées !

Affiche 24h du Mans 1923Affiche du premier Grand Prix d'Endurance de 24 heures (1923).

Années 20 et 30 : une compétition entre Britanniques et Français

Lors de la première édition de 1923, le constructeur britannique Owen Bentley s’offre une retentissante 4e place. Il est conquis par cette formule qui montre combien ses voitures sont fiables et endurantes. Il revient l’année suivante en 1924, confiant le volant aux Français Duff et Clément qui remportent une victoire qui fera date dans le sport automobile.

Ce n’est qu’en 1927 que Bentley renoue avec la victoire sur les 24 Heures du Mans grâce à l’équipage Benjafield et Davis. Barnato, le principal actionnaire de Bentley, prend lui-même le volant en 1928 et offre à la marque son 3e succès en terre sarthoise. Il n’en faut pas plus pour que les amateurs anglais de sport automobile considèrent l’épreuve mancelle comme une chasse gardée. D’autant qu’en 1929, quatre Bentley trustent les quatre premières places et terminent 1ères et 2èmes en 1930, devant deux Talbot-London. Certains iront même jusqu’à dire que les 24 Heures du Mans sont une épreuve anglaise organisée en France ! Les équipages de la perfide Albion marquent le pas suite à la récession économique.

Il faut attendre 1937 et l’engagement de la Bugatti 57G « Tank » confiée aux experts Jean-Pierre Wimille et Robert Benoist pour renouer avec La Marseillaise. Les grandes marques françaises sont à pied d’œuvre pour faire briller les couleurs nationales : Bugatti bien sûr, mais aussi Delahaye, Delage, Darl’Mat-Peugeot, sans oublier les petites Simca-Fiat qui sont, elles aussi, engagées dans l’épreuve.

Après-guerre : domination des voitures tricolores et drame sur les 24 Heures du Mans

L’après-guerre est marqué par de nombreuses victoires françaises sur les 24 Heures du Mans, mais également par le plus important accident de l’histoire du sport automobile en 1955.

Le retour en force des Français dans la compétition

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Français brillent grâce au fameux classement par indice de performance. Celui-ci est calculé selon la distance parcourue et la cylindrée de la voiture. Il est établi lors de chaque course entre 1926 et 1971 et à ce jeu, les voitures à moteur Panhard sont récompensées dix fois entre 1950 et 1962. En 1950, c’est Louis Rosier sur Talbot-Lago qui remporte l’épreuve.

La particularité de cette victoire réside dans le fait qu’il laisse son fils piloter seulement deux tours. Cet exploit faillit être reproduit deux ans après par Pierre Levegh, lui aussi sur Talbot-Lago. Il abandonne lors de la dernière heure de course des 24 Heures du Mans alors qu’il dominait de la tête et des épaules les Mercedes d’usine. C’est à la suite de cet exploit que l’écurie allemande lui propose d’intégrer l’équipe dans laquelle il y avait déjà de grandes stars : Juan Manuel Fangio et Stirling Moss, entre autres.

Le drame de 1955

Le même Pierre Levegh fut le héros malheureux du plus tragique accident de l’histoire de l’épreuve trois ans en plus tard, en 1955. En marge du terrible affrontement en tête de course entre Mike Hawthorn et Juan-Manuel Fangio, Pierre Levegh accroche l’Austin-Healey de Lance Macklin et est catapulté au pied des tribunes. L’accident entraine la mort de 84 spectateurs.

Après ce drame, Mercedes arrête la compétition pendant une trentaine d’années. Cette tragique édition est remportée par la Jaguar Type D de Mike Hawthorn dont la particularité était d’être la première voiture engagée au Mans équipée de freins à disque.

Jaguar éclipsée par l’hégémonie Ferrari

En 1956 et 1957, Jaguar remporte une nouvelle fois les 24 Heures du Mans avec sa Type D, puis vient l’ère Ferrari. Une première en 1954, puis en 1958 et une omniprésence sur la première place du podium de 1960 à 1965 inclus !

L’hégémonie de la Scuderia Ferrari sur l’épreuve entraine le géant américain Ford à rentrer dans la course dès 1964. Il faudra attendre l’édition 1966 pour que les américaines s’imposent avec notamment trois Ford MkII.

Affiche 24h du Mans 1959

Le retour en grâce des Français dans les années 70

En 1969, Jacky Ickx remporte les 24 Heures du Mans après avoir combattu les Porsche et surtout marqué l’histoire de l’épreuve en décidant de ne plus courir vers sa voiture, comme l’impliquait le départ en épis, véritable marque de fabrique de l’épreuve depuis 1927.

Avec les années 70, les voitures françaises reprennent des couleurs. Si Porsche impose sa fabuleuse 917 en 1970 et 1971, Matra, qui brille en Formule 1, se lance dans l’aventure et permet à La Marseillaise de retentir de nouveau sur le podium en 1972. Henri Pescarolo et Graham Hill imposent la MS670 dont le chant du moteur V12 3 litres ensorcelle les oreilles des passionnés. « Pesca » réitère en 1973 et en 1974, avec Gérard Larrousse sur la Matra MS 670B.

24h du Mans 1923 matra sima 1972Matra Simca (1972).

Il faut attendre 1978 pour voir une autre automobile française gagner l’épreuve des 24 Heures du Mans. Didier Pironi et Jean-Pierre Jaussaud imposent la Renault Alpine A442B V6 turbo devant les Porsche 936.

En 1980, Le Mans offre une belle histoire aux fans français. Associé à Jean-Pierre Jaussaud, le pilote-constructeur Jean Rondeau remporte l'épreuve et devient le seul pilote-constructeur vainqueur des 24 Heures du Mans. Les années 80 sont marquées par la prédominance des Porsche et l’avènement des voitures de groupe C qui atteignent des vitesses record.

En 1988 la Peugeot WM P88 n° 51, pilotée par Roger Dorchy, Claude Haldi et Jean-Daniel Riaulet, est chronométrée à 407 km/heure dans la fameuse ligne droite des Hunaudières. En 1990, l’ACO installe deux chicanes pour limiter la vitesse, ce qui n’empêche malheureusement pas certaines voitures de s’envoler dans le décor.

Le second souffle de l’épreuve des 24 Heures du Mans au milieu des années 90

En 1992 et 1993, ce sont les Peugeot qui raflent la mise avec leurs fameuses 905. L’intérêt pour les 24 Heures du Mans commence à s’essouffler, les groupes C se ressemblent toutes et le public ne s’y retrouve plus. Il faut attendre 1995 pour que les véhicules Gran Turismo (GT) fassent leur grand retour et s’imposent avec des marques comme :

  • Mac Laren F1 GTR ;
  • Chrysler Viper ;
  • Panoz ;
  • Ferrari ;
  • Et les éternelles Porsche.

Mac Laren F1 GTR 24h du MansMac Laren F1 GTR

Toutes ces voitures donnent un second souffle à l’épreuve.

En 2000, les Audi rentrent dans la danse et s’installent 13 fois sur la première marche du podium laissant à la Peugeot 908 l’édition 2009. En 2002, une nouvelle compétition inspirée des 24 Heures du Mans est créée par l’ACO et Peter Auto, impliquant des voitures de collection. Rétrospective de la course légendaire, elle rassemble 750 voitures de course et 8 500 automobiles de collection exposées.

Depuis 2018, c’est Toyota qui tire son épingle du jeu des 24 Heures du Mans avec des modèles HYBRID. L’ACO a donc décidé en 2021 de créer une nouvelle catégorie : les Hypercars.

24h du Mans HypercarsLes Hypercars arrivent en 2021

Pour cette année du centenaire, de très grandes marques reviennent avec notamment Ferrari, Cadillac, Peugeot ou Glykenhaus. Les 260 000 billets ont été vendus en deux mois et tous les records devraient être battus. Les 24 Heures du Mans, après 100 ans d’Histoire, ne se sont jamais aussi bien portées.

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Visuels : © Automobile Club de l’Ouest