L’atelier du Sellier Fou, à la découverte du métier de sellier garnisseur

13/11/2023

Après une première vie dans le monde de l’automobile, Christophe Fourrichon s’est reconverti en 2011 dans la sellerie. Ce grand passionné d’automobile et collectionneur d’anciennes voitures a depuis, ouvert son atelier à Étoile-sur-Rhône, dans la Drôme, sous un nom évocateur : L’atelier du Sellier Fou. Pour AXA Passion, il revient sur son quotidien de sellier garnisseur.

Christophe FourrichonChristophe Fourrichon

« L’atelier du Sellier Fou », c’est un nom pour le moins original… Pourquoi avez-vous choisi cette appellation pour votre enseigne ?

« Fou », c’est à la fois les trois premières lettres de mon nom de famille, Fourrichon, et une trouvaille de mon épouse (qui me le répète régulièrement).


Vous vous êtes lancé dans la sellerie sur le tard. Pourquoi cette reconversion ?

Je suis passionné de véhicules de collection depuis mon plus jeune âge. J’ai longtemps fait de la préparation automobile, chez Toyota notamment, et je voulais compléter mes compétences. Suite à un accident de travail, j’ai dû me reconvertir et je me suis tourné vers la sellerie. J’ai ouvert mon atelier en 2011.


D’où vous vient votre passion pour les véhicules de collection ?

J’ai fait ma première rénovation à l’âge de 14 ans, avec un ami : une Coccinelle, que nous avons entièrement restaurée pendant quatre ou cinq ans. Aujourd’hui, je possède trois voitures de collection. Une Mercury Comet de 1965 avec laquelle je roule tous les jours et que j’ai entièrement rénovée : carrosserie, peinture et, bien sûr, sellerie. Une Mini Cooper de 1973 dont je termine la rénovation. Et une Renault Juvaquatre transformée en hot rod. Ce type de transformation consiste à prendre un véhicule d’avant-guerre, à descendre le toit et changer le moteur (dans mon cas pour mettre un V8), à modifier le châssis etc. J’ai aussi eu pendant longtemps un combi Volkswagen de 1972, intégralement rénové lui aussi, que j’ai gardé pendant dix ans.

Mercury CometMercury Comet


Pourriez-vous nous présenter le métier d’artisan sellier ?

Le métier de sellier regroupe différentes spécialités autour du travail du cuir et des matériaux souples : les selliers garnisseurs, les harnacheurs, les tapissiers... Le sellier harnacheur est spécialisé dans le domaine hippique, tandis que les selliers tapissiers sont plutôt spécialisés dans le mobilier, par exemple. En ce qui me concerne, en tant que sellier garnisseur, je m’occupe de tout ce qui a trait à l’intérieur des véhicules : les sièges, la moquette, les ciels de toits ou les capotes, par exemple. J’effectue leur rénovation complète : démontage des sièges, changement des mousses, restauration des armatures…


Quelles sont les formations possibles dans le domaine de la sellerie ?

Pour les adultes, il y a l’Agence Nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes (AFPA). La formation dure neuf mois et le but n’est évidemment pas de tout apprendre, mais d’acquérir des bases. Des écoles ouvrent régulièrement, souvent à l’initiative d’anciens selliers. Elles proposent généralement des formations de six à neuf mois. Les compagnons du devoir proposent désormais aussi des formations pour adultes.


Quelles sont les grandes étapes d’une restauration classique ?

Dans la majorité des cas, les clients arrivent avec un projet précis en tête. Nous échangeons avec eux, en leur proposant nos idées et nous leur montrons les différents échantillons de matières que nous avons en stock. Et la plupart du temps, ils repartent avec d’autres plans en tête ! Il faut ensuite établir un devis qui va comprendre tout ce qu’il y a à rénover au niveau des mousses, des armatures... Cette étape est plus ou moins longue, selon la quantité de recherches que nous avons à effectuer.


Quel type de recherches effectuez-vous ?

Pour certains véhicules, des modèles d’avant-guerre par exemple, il est très difficile de trouver des véhicules de référence. Si le client souhaite retrouver les matériaux d’origine, il va falloir effectuer des recherches de notre côté. D’autres recherches vont être nécessaires au niveau de la conception : il faut notamment retrouver comment a été confectionné l’intérieur du véhicule à l’époque, pour garantir une certaine authenticité. Ces étapes sont indispensables lorsque les clients, en pensant bien faire, démontent la totalité de l’intérieur du véhicule avant de nous l’apporter. Paradoxalement, cela ne nous facilite pas la tâche, car c’est ensuite à nous de retrouver comment le véhicule était conçu à l’origine…

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Voiture d’avant-guerre, véhicule rétro, ou encore youngtimer… Chez AXA Passion, tout véhicule d’au moins 20 ans est considéré comme une collection. Vous pouvez dès lors bénéficier de notre réseau national d’experts pour vous conseiller, et trouver la formule d’assurance la plus adaptée à vos besoins.

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Avez-vous déjà dû refuser une commande de restauration par manque d’information sur un modèle ?

Vu l’intitulé de mon enseigne, il m’est difficile de refuser des projets ! (Rires) J’essaye de lui faire honneur au mieux et j’arrive toujours à m’en sortir. Pour les cas les plus difficiles, nous essayons de trouver des matériaux similaires. Pas nécessairement d’origine, mais qui s’en rapprochent au plus près. Les clients arrivent à comprendre que nous n’avons pas toujours le choix, surtout quand les véhicules datent des années 1920 ou 1930.


Pouvez-vous nous parler d’un projet de rénovation qui vous a particulièrement marqué ?

En tant que grand passionné par ce métier, chaque rencontre avec un nouveau client et chaque nouvelle rénovation constitue un événement marquant. Voir un véhicule reprendre vie devant nos yeux et le client revenir avec un grand sourire, c’est toujours plaisant. Mais si je ne devais retenir qu’un seul projet, ce serait une SIMCA Chambord, sur laquelle j’ai travaillé il y a quelques années pour un client octogénaire. Je devais refaire tout l’intérieur, mais l’extérieur était presque intact, si ce n’est une peinture un peu laiteuse. Ayant été par le passé préparateur auto, j’avais entièrement nettoyé le véhicule. Je l’avais lustré, j’avais nettoyé les chromes et les joints et même repeint les tambours de freins. Au final, le véhicule était presque en meilleur état qu’à l’état neuf, aussi bien en ce qui concerne l’intérieur que l’extérieur. En venant récupérer sa voiture et en la découvrant restaurée, le client ne l’a même pas reconnue ! Il avait les larmes aux yeux et m’a dit que je lui avais donné une seconde jeunesse. Ce véhicule était le premier que son père lui avait acheté pour passer le permis. Alors forcément, dans des moments pareils, vous avez vous aussi les larmes aux yeux et la chair de poule. C’était un moment vraiment touchant.


Certains clients vous donnent-ils carte blanche pour la restauration de leur véhicule ?

Cela m’est arrivé à plusieurs reprises, mais c’est à double tranchant. Le problème est que, même s’il vous laisse carte blanche, le client arrive généralement avec une certaine idée de ce qu’il souhaiterait. Or, j’ai moi aussi ma propre idée et si je ne discute pas avec lui pour comprendre ses goûts, ses envies et ce qu’il recherche réellement, le résultat pourrait ne pas lui plaire. Cela est d’ailleurs déjà arrivé à un de mes collègues qui a dû refaire l’intégralité d’un véhicule. L’intérieur avait été fait à son image et avec des idées qu’il pensait être les meilleures pour son client, mais le résultat ne lui a pas du tout plu. Dans ce genre de cas, nous sommes obligés de tout refaire, et à nos frais. D’où l’intérêt de bien discuter avec le client avant de se lancer. Quand les envies de départ ne sont pas très claires, on peut par exemple aller regarder ensemble des modèles sur internet.


Vous arrive-t-il de faire appel à l’impression 3D pour certaines pièces rares ou indisponibles sur le marché ?

Tout à fait, cela m’est déjà arrivé plusieurs fois. Pas forcément pour des éléments très importants, mais cela peut être des pièces utiles à la confection de l’intérieur du véhicule et qui ne sont plus fabriquées aujourd’hui.

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Quel est le profil type de vos clients ?

La plupart de mes clients ont entre 40 et 90 ans. Depuis quelques années, de plus en plus de jeunes viennent également me voir avec des youngtimers à rénover : 205 GTI, Golf GTI, GT Turbo… Cela concerne surtout la génération des trentenaires et quarantenaires, car ce sont des véhicules de leur époque.


Votre travail est-il le même sur un projet de rénovation d’une voiture moderne et d’une voiture de collection ?

Le travail reste globalement le même, à l’exception de certains détails. Pour les voitures modernes, nous avons moins de travail sur les mousses, car elles sont logiquement moins usées. Au niveau des fixations, elles sont désormais en plastique, donc plus fragiles, mais les accès sont mieux pensés et généralement beaucoup plus simples. Les voitures d’époque étaient composées de ressorts, de crins ou de mousses. Tout cela mis ensemble ne nous facilite pas la tâche.


Vos clients font-ils plutôt appel à vos services pour des restaurations d’origine ou pour de la modernisation ?

Certains clients veulent uniquement des matériaux d’origine, jusqu’au moindre petit clou. D’autres veulent plutôt ce que l’on appelle le « retromod ». Cela consiste à restaurer un véhicule récent pour lui donner un look rétro, si possible à partir du même modèle. À l’opposé, certains propriétaires de véhicules très anciens recherchent un intérieur plus moderne. Cela peut par exemple nécessiter de renforcer les côtés des sièges pour modifier leur morphologie et leur donner un look de siège baquet.


Quels aspects trouvez-vous les plus intéressants dans votre métier d’artisan sellier ?

C’est un métier passion qui a beaucoup de facettes très intéressantes : les échanges avec les clients, le côté artisanal… Le métier nous permet aussi de travailler sur des véhicules toujours différents. En tant que passionné de voitures anciennes, c’est formidable ! Le côté relationnel est aussi très fort car les clients sont souvent des passionnés.

Quand quelqu’un nous amène un véhicule auquel il est tout particulièrement attaché et que vous lui rendez plus propre et plus neuf qu’à l’origine, il en découle une relation assez unique. Dans ce type de métiers, qui mêlent l’artisanat et la passion, les liens qui se créent avec les clients sont souvent des liens d’amitié. J’ai des clients qui habitent relativement loin, mais qui reviennent très régulièrement dans mon atelier.

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Visuels : © L’atelier du Sellier Fou

Sources et infos : L’atelier du Sellier Fou