Autottiki : la communauté des passionnés de microcars

Publié le 05/01/2026

Le club Autottiki regroupe les passionnés d'un véhicule singulier au charme rétro : le microcar. À travers le club, François Lebourleux, son fondateur, a su fédérer une communauté de passionnés autour de valeurs d'authenticité, de convivialité et de transmission. Rencontre avec celui qui a donné vie à cette aventure miniature !

BMW Isetta 1962, monocylindre quatre temps 300 cm3.

Qu'est-ce qu'un microcar ?

Voiturette, microcar, motocar en France, Kleinwagen en Allemagne, Bubblecar au Royaume-Uni et aux États-Unis, Microcoche chez les hispanophones… Les appellations ne manquent pas pour désigner ces véhicules compacts, et le débat sur leur nom exact reste ouvert. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l'industrie automobile est en crise. Il devient urgent de proposer une solution de mobilité adaptée aux contraintes économiques de l'après-guerre. C'est dans ce contexte que les microcars émergent : légers, simples à concevoir et peu gourmands en carburant, ils contribuent à relancer le secteur. Par souci de clarté, le terme générique « microcar » est souvent utilisé, bien qu'il désigne principalement les véhicules motorisés de moins de 500 cm3, à trois ou quatre roues, mesurant moins de trois mètres, dotés de moins de quatre portes, et produits avant 1982. Il convient également de distinguer une autre tendance apparue dans les années 1970 : celle des premières voitures sans permis, souvent appelées « voiturettes ». Aujourd'hui, des marques françaises comme Microcar perpétuent cette tradition en proposant des voitures sans permis, pratiques et accessibles, en motorisation thermique ou électrique. Ces cyclomoteurs marquent une nouvelle étape dans l'histoire de la mobilité.

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec les microcars ?

Peut-être que cela remonte à mon enfance. J'ai 65 ans aujourd'hui, et je suppose que, gamin, en arpentant les rues de Paris, j'ai dû croiser une Isetta. Je pense que cette rencontre m'a marqué. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi je collectionne des microcars plutôt que des voitures anciennes, des motos vintages, des scooters ou même des caravanes rétro. J'ai possédé d'autres types de véhicules, mais les microcars sont au cœur de ma collection. C'est comme une évidence, et je ne me vois pas en sortir.

Qu'est-ce qui vous séduit particulièrement dans ces petites voitures atypiques ?

Vous avez quatre heures devant vous ? (rires) Ce qui me fascine avant tout, c'est justement le côté atypique des microcars, leur simplicité, et surtout l'inventivité de chaque constructeur. Contrairement à aujourd'hui, où les voitures tendent à se ressembler, dans les années 50-60, chaque microcar était une création unique. Il n'y avait pas deux modèles identiques : chacun reflétait la vision personnelle d'un ingénieur, d'un artisan, ou même d'un passionné travaillant dans son garage. C'était une interprétation libre de ce que devait être une voiture, et c'est ce qui rend chaque modèle si singulier. Et puis, il y a le plaisir du partage. Que l'on soit seul ou en groupe avec plusieurs véhicules, dès qu'on s'arrête quelque part, les gens viennent spontanément discuter, poser des questions, échanger. Les microcars créent du lien, suscitent la curiosité, et ça, c'est vraiment agréable.

Victoria Spatz 250.

Quelle a été votre première microcar et que représente-t-elle pour vous aujourd'hui ?

La toute première microcar que j'ai eu, c'était une Rollera, un modèle rare et discret, fabriqué en France. On estime qu'il n'en existe qu'une dizaine. Malheureusement, j'ai dû m'en séparer à l'époque pour financer un projet familial. Elle a voyagé loin depuis : elle se trouve aujourd'hui à Tokyo, exposée dans le salon d'un particulier, au 30e ou 40e étage d'un immeuble. Mon premier objectif, c'était plutôt une Isetta. Et pourtant, bien que je collectionne depuis plus de 30 ans, je ne possède une Isetta en état de marche que depuis deux ou trois ans. Auparavant, j'ai eu plusieurs modèles de l'Isetta française à la Velam, mais je ne les ai jamais restaurés : je les ai acquis, puis laissés partir sans les remettre en état. L'Isetta que je possède aujourd'hui est la première que j'ai réellement remise en route, c'est donc la premiere Isetta de ma collection qui roule. Le Graal du collectionneur, c'est la marque allemande Messerschmitt. Pendant longtemps, j'ai cru que je n'en aurais jamais.

Comment est née l'idée de fonder un club spécifiquement dédié aux microcars ?

Le club, c'est avant tout une aventure collective. Ici, sur la Côte basque, même si le milieu des collectionneurs de microcars est très restreint et bien moins développé en France que dans d'autres pays, nous sommes cinq passionnés à avoir eu la chance de se retrouver. À l'origine, nous étions trois, puis deux autres nous ont rapidement rejoints. Le premier objectif du club, qui a évolué depuis, était d'organiser un rassemblement pour inviter d'autres collectionneurs à nous rejoindre et rouler ensemble. C'était ça, le vrai plaisir : partager la route, échanger, vivre cette passion à plusieurs.

Fiat 500 Gamine Vignale.

Vous dites que l'objectif du club a évolué. Quel est-il aujourd'hui ?

L'objectif que je me suis fixé pour le club est assez personnel, je l'admets. En tant que président, et comme nous ne sommes que cinq membres, je ne fais pas tout ce que je veux, mais presque. Mon ambition est de lui donner une dimension plus large… Je ne dirais pas nationale, ce serait prétentieux, mais je veux aller plus loin. Je connais des collectionneurs de microcars en France, en Espagne, au Portugal… mais je suis loin de connaître tous les possesseurs de microcars. Et ce n'est pas parce qu'on possède un microcar qu'on est forcément collectionneur. Ce que je souhaite, c'est créer un réseau plus dense en France. Permettre à ceux qui possèdent un microcar, qui sont parfois isolés, de savoir qu'ils ne sont pas seuls. Qu'ils peuvent rouler avec nous, échanger des adresses, des pièces, des astuces pour restaurer ou adapter certains éléments. En somme, créer une dynamique vivante à l'échelle nationale, pour éviter que des passionnés « restent dans l'ombre ». Jusqu'à présent, je n'avais pas souhaité ouvrir les inscriptions au club, car il servait essentiellement à organiser des rassemblements. Mais les choses évoluent. Nous avons récemment rejoint la FFVE (Fédération française des véhicules d'époque), et celle-ci a créé un groupe de travail dédié aux microcars, que j'ai l'honneur de présider. À partir du 1er janvier, nous ouvrirons les inscriptions afin de donner au club une envergure plus nationale, comme je l'évoquais. Des amis ont déjà manifesté leur envie de nous rejoindre. Mais l'objectif n'est pas de faire du chiffre. Ce qui compte, c'est l'échange et le partage entre passionnés.

Pourquoi avoir choisi le nom Autottiki pour le club, plutôt que simplement Club des microcars ?

C'est simple : Ttiki signifie petit en basque. Et comme le terme microcar n'existe pas en basque, pas plus que le mot voiture d'ailleurs, j'ai voulu créer un nom qui parle à tous, tout en gardant une touche originale. Auto, c'est un mot universel, compris dans de nombreuses langues. Donc Autottiki, c'est littéralement petite voiture. Un nom à la fois accessible, évocateur et fidèle à l'esprit du club.

Berkeley SE328, 1958, modèle export USA.

Quel type de profil voulez-vous voir venir dans le club ?

Il n'y a pas de critères restrictifs. L'année dernière, j'ai exposé sur le stand de la FFVE à Époqu'Auto à Lyon, qui est tout de même le deuxième salon national. J'y ai rencontré énormément de personnes, de tous horizons. Ce qui m'a marqué, c'est la diversité des profils. Je me souviens notamment d'un jeune couple, autour de 25-30 ans, tombé amoureux d'un Messerschmitt lors d'une vente aux enchères. Ils l'ont acheté et tentent aujourd'hui de le restaurer, tout en jonglant avec leur vie professionnelle. Et à l'autre bout du spectre, on peut aussi croiser des collectionneurs de 80 ans, passionnés de voitures classiques, qui possèdent un microcar au milieu de leur collection. Ce que je veux, c'est rassembler tous ces passionnés, quels que soient leur âge ou leur parcours.

Est-ce que vous considérez que les microcars sont des véhicules rares ou uniquement méconnus du grand public ?

Les microcars sont à la fois rares et méconnus. Ce sont des véhicules qui se situent à la croisée des mondes : celui de la voiture, de la moto et du scooter. D'ailleurs, l'un des premiers exemples, le Biscooter de Gabriel Voisin, conçu juste après la guerre, doit son appelation à son créateur qui parlait d'un double scooter. C'est dire à quel point cet univers est atypique. Aujourd'hui, beaucoup de gens ont une vague idée de ce qu'est une Isetta, notamment à cause de sa porte qui s'ouvre sur toute la face avant. Mais dès qu'on évoque des modèles comme le Messerschmitt, on entre dans un territoire totalement inconnu pour la plupart. C'est un monde très mal connu. Et c'est justement l'un de mes combats : faire découvrir ces véhicules. Car s'ils étaient plus connus, ils susciteraient davantage d'intérêt. Plus de gens pourraient se passionner, collectionner, et rejoindre notre communauté. C'est ce que je cherche à faire aujourd'hui : rencontrer des passionnés, nous faire connaître, et agrandir cette famille de microcars.

BMA Amica et tricycle Poirier XW5.

Quels sont les plus grands défis dans la préservation de ces véhicules ?

Quand il s'agit de réparer ou de restaurer un microcar, c'est souvent un vrai défi. En France, je ne connais pas de garages spécialisés dans ce type de véhicule. Pour l'un de mes Messerschmitt, par exemple, j'ai dû envoyer la carrosserie chez un carrossier allemand spécialisé, et le moteur chez un motoriste, également en Allemagne. Il existe peut-être des garages français qui ont travaillé ponctuellement sur une voiturette ou un petit véhicule, mais des professionnels réellement spécialisés dans les microcars, je n'en connais pas. Pour les pièces détachées, c'est pareil : en France, on a un fournisseur pour les Vespa 400, mais pour les autres modèles, il faut se tourner vers l'étranger. C'est une vraie chasse aux trésors, et ça demande beaucoup de réseau et de patience.

Aujourd'hui, heureusement, Internet facilite énormément les choses. Les informations circulent, les contacts se font plus facilement, ce qui n'était pas du tout le cas quand j'ai commencé à collectionner. À l'époque, il fallait vraiment chercher, fouiller, et souvent compter sur le bouche-à-oreille. Ma dernière grosse restauration, sur un Messerschmitt, en est un bon exemple : j'ai acheté des pièces aux quatre coins du monde. Et quand je dis le monde entier, ce n'est pas une figure de style : certaines pièces sont arrivées d'Argentine, de Hollande, d'Angleterre, d'Allemagne… et un tout petit peu de France.

Comment est-ce que vous voyez l'avenir des microcars dans le monde automobile ?

Si je devais parler d'un idéal, ce serait que face aux restrictions liées à l'essence et aux enjeux environnementaux, les gens se tournent vers des véhicules plus sobres, moins gourmands, des véhicules de crise. Et c'est exactement ce que sont les microcars. Ils sont nés dans un contexte de pénurie, juste après la guerre, à une époque où tout manquait, y compris l'essence. Ce sont des véhicules conçus pour consommer peu, avec de petits moteurs, une mécanique simple, et une philosophie de sobriété. Alors oui, dans un monde qui cherche à réduire son empreinte, les microcars pourraient bien retrouver une certaine pertinence. Mais soyons honnêtes, c'est plus un fantasme qu'une réelle perspective. C'est presque de l'inatteignable.

Une Messerchmitt KR200 1962 et une BMW Isetta 1962.

Et vous, quels sont vos projets futurs pour le club ?

Pour les années à venir, j'aimerais que le club grandisse, c'est certain. L'objectif est de l'ouvrir à l'échelle nationale, comme je vous le disais. Et surtout, je souhaite continuer à organiser notre rassemblement bisannuel, c'est un moment fort pour nous. Pour l'instant, les projets restent centrés sur nos rassemblements. Mais nous sommes ouverts à des collaborations extérieures. Nous restons donc à l'écoute de ce type de propositions, toujours avec l'envie de faire découvrir notre passion.

Avez-vous une anecdote ou un moment fort vécu avec Autottiki ?

Je peux vous en citer trois en particulier. Le premier, c'est ma participation à un grand rassemblement à Manresa en 2011, en Catalogne espagnole. Là-bas, le Club del Bages organise tous les deux ans, un événement dédié aux microcars. Lors de cette édition, il y avait près de 100 microcars venues de toute l'Europe. C'est un événement très connu, qui existe depuis plus de 30 ans. Me retrouver là, après être parti de chez moi avec ma voiture sur remorque, entouré de personnes aussi passionnés, ça a été un vrai choc émotionnel. Le second moment fort, c'est en 2018, lors du tout premier rassemblement que nous avons organisé. La ville nous avait prêté un gymnase, et d'un seul coup, je me suis retrouvé avec 40 microcars exposés, et des gens venus de partout : Espagne, Allemagne, Portugal, toute la France. Certains, je ne les connaissais même pas, mais ils sont devenus des copains immédiatement. J'ai été très ému de voir que notre passion pouvait rassembler autant. Et puis, une dernière anecdote : l'année dernière, lors d'une exposition à Pau, une dame un peu plus âgée que moi est venue me voir. Elle m'a raconté qu'enfant, elle allait à l'école dans une Isetta. Revoir ce modèle, 60 ans plus tard, lui a provoqué une vive émotion. Elle m'a transmis ce souvenir avec beaucoup de sincérité, et j'ai vraiment senti que ça la touchait profondément.

Heinkel Kabine 1956, à un rassemblement Autottiki.

Comment rejoindre le club Autottiki ?

Le moyen le plus simple pour rejoindre le club est la page Facebook, principal canal de communication. Elle rassemble aujourd'hui plus de 700 abonnés et permet de suivre les actualités, les sorties et les projets du club. Si vous possédez un microcar et souhaitez participer aux activités, n'hésitez pas à contacter Autottiki directement via cette page.

Lien : www.facebook.com/autottiki

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Visuels : © Autottiki, Photos DR