L'escadron France : motards d'élite de la Garde républicaine

Publié le 27/04/2026 Par Thierry Traccan (de Moto Revue)

Cap'PassionDeux-Roues

Quel que soit notre âge, nous avons tous en mémoire ces images de motards escortant la voiture présidentielle lors de ses déplacements officiels, l'une des missions premières de cet escadron, qui dépend de la Garde républicaine depuis 1952.

« L'escadron France », un nom empreint de prestige, de fierté pour les quatre-vingt-six gendarmes triés sur le volet, qui composent cette unité d'élite, partie intégrante de la Garde républicaine. L'escadron moto, tel qu'il se nomme officiellement, s'organise autour de deux missions : sécuriser les institutions françaises et les faire rayonner à travers le monde.

L'escadron moto, c'est environ 1,2 million de kilomètres parcourus chaque année.

La mission première : protéger les institutions françaises

Une règle érigée au rang de loi pour les militaires composant cette unité1. Le fond vise à garantir, vaille que vaille, la protection du premier représentant de nos institutions, quand la forme y met la manière pour habiller d'une élégance recherchée l'action réalisée. Aussi impeccable soit la prestation, aussi millimétré soit l'encadrement, jamais la forme ne commande au fond. Voici la sacro-sainte règle pour un escadron dont on pourrait penser à tort qu'il sert avant tout l'apparat.

C'est vrai que leurs uniformes flamboient lors des cérémonies protocolaires. Bien sûr qu'ils sont spectaculaires quand ils s'élèvent en pyramide ou se croisent dans de périlleux gymkhanas ! Mais même la tête en bas, ces virtuoses de la moto sont avant tout des gendarmes surentraînés et concentrés sur le cœur de leur mission : protéger les institutions françaises, raison d'être de la Garde républicaine ! Et nos institutions, ce sont l'Assemblée nationale, le Sénat, l'Élysée et les différents ministères, dont Matignon.

« On n'oublie pas nos fondamentaux, nous sommes avant tout des militaires, des gendarmes, qui avons des formations complémentaires liées aux protocoles » confirme le commandant Karim Alioui, chef d'escadron de la section moto de la Garde républicaine, avant de continuer : « On fait du protocole, mais si la situation l'exige, on se replie sur notre métier premier. Nous sommes toujours prêts à quitter notre uniforme d'apparat pour enfiler un treillis et partir en intervention, en France comme à l'étranger. »

Nous sommes avant tout des militaires, des gendarmes, qui bénéficient de formations liées aux protocoles.

Aujourd'hui, la Garde républicaine se compose d'environ 3 300 militaires répartis dans trois régiments2 : deux pour l'infanterie et un pour la cavalerie. Des deux régiments d'infanterie, le premier est rattaché à l'Élysée, le second est dévolu à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le régiment de cavalerie, constitué de 450 chevaux, abrite également l'état-major de la Garde républicaine et se situe au cœur de Paris dans le IVe arrondissement. L'escadron motocycliste est, quant à lui, rattaché au premier régiment d'infanterie depuis 1971.

On aurait d'ailleurs pu imaginer que cet escadron3, qui descend en ligne droite de la cavalerie, soit affilié à ce corps ! D'autant que sa création, le 1er janvier 1952, s'explique justement parce que l'utilisation des chevaux devenait parfois compliquée. Notamment à l'époque de la construction de l'aéroport d'Orly, jugé trop éloigné de la capitale, ce qui rendait impossibles les escortes protocolaires à chevaux. Les premiers motards de ce nouvel escadron furent issus de la cavalerie, en les rattachant à l'infanterie dès sa création.

L'escadron est composé de 86 gendarmes, qui s'articule en trois pelotons4. Tous commandés par des lieutenants, eux-mêmes sous les ordres du commandant de l'escadron. En périphérie de ces pelotons, on retrouve le groupement secrétariat en charge de l'administratif et le bureau de service qui centralise au quotidien toutes les demandes, dont certaines deviendront des missions. À moto, ce sont entre 20 et 25 gendarmes qui composent chaque peloton.

La mission prioritaire de la Garde républicaine reste l'escorte du président de la République, comme le confirme le chef d'escadron : « C'est notre mission première. Ensuite nous nous occupons de toutes les visites protocolaires, nous accueillons tous les chefs d'État de tous les pays. Il y a aussi tout ce qui touche au protocole sur les dates que sont le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre ».

En plus de cette mission majeure, les trois pelotons ont comme missions quotidiennes celles qui consistent par exemple à escorter l'administration pénitentiaire lors des transferts de détenus dangereux, parfois conjointement avec le GIGN. Mais aussi les escortes qui concernent les visites de délégations étrangères, tous les chefs d'état-major des autres pays, les escortes des plus hautes autorités militaires parisiennes, mais aussi des missions consistant à prêter main forte aux policiers, par exemple pour récupérer des scellés, ou encore pour accompagner des convois sensibles de type nucléaire.

Puis chaque peloton possède en complément une spécialité qui lui est propre. Le premier est celui d'acrobatie. Le second est spécialisé dans l'instruction générale, l'instruction au tir et l'intervention professionnelle. Quand le troisième est dévolu à l'encadrement des courses cyclistes et d'autres escortes d'événements sportifs.

Le premier peloton : gendarmes et acrobates d'exception

En plus de leurs missions quotidiennes de gendarmerie, ces militaires ont choisi d'ajouter un volet acrobatie qui anime différents événements durant l'année. Des shows spectaculaires, réglés au millimètre et qui mettent en lumière la grande dextérité de ces motards qui montrent une maîtrise parfaite de l'engin, comme de leurs nerfs. Des numéros que l'on imaginerait pouvoir se jouer dans les théâtres où des artistes d'exception subjuguent l'assistance. Un rapprochement d'ailleurs parfois critiqué sous prétexte que ces représentations sont financées par l'argent des contribuables.

Une idée fausse comme l'explique le commandant Alioui : « Quand le peloton d'acrobatie se déplace pour des shows privés, c'est payant. Ça ne coûte rien au contribuable. Dans les faits voilà comment ça se passe : on nous contacte pour nous demander une prestation, ça peut être un encadrement à moto ou alors un show d'acrobaties, ensuite nous évaluons les choses, et in fine, nous déterminons si c'est possible pour nous de le faire. Si ça l'est, nous passons alors des conventions payantes avec ces organisateurs privés. Mais pour certaines causes, par exemple des enfants malades ou certaines associations caritatives, nous ne faisons en revanche rien payer, parce que nous considérons que c'est de notre devoir ».

L'escadron moto, c'est une unité d'experts dont les nombreuses missions témoignent de leur savoir-faire.

Le troisième peloton : encadrement des courses cyclistes et escortes

Dès le départ, l'escadron de la Garde républicaine accompagne le Tour de France vélo, et depuis 1953 en assure la sécurité complète. Un partenariat qui dure toujours, et qui s'est même étendu à toutes les épreuves du World Tour ASO, ou comme ils les nomment les « Tour de France » masculin et féminin. Ça commence avec le Paris-Nice en mars jusqu'au Tour de France, en passant par le Paris-Roubaix ou encore le Tour de Bretagne.

Une grosse période où l'escadron met en place son savoir-faire logistique et organisationnel, comme en témoigne le commandant Alioui : « Nous avons 40 personnels engagés et 33 motos. C'est une vrai team qui encadre cette structure, avec deux 38T qui emportent tout le matériel nécessaire, des pneus, des pièces et des motos de rechange. C'est un bivouac dans la course avec des espaces réservés, des mécaniciens qui entretiennent les motos chaque soir etc. Nous avons trois voitures, dont la mienne qui sert de poste de commandement. Nous encadrons la course, mais aussi la caravane publicitaire qui comporte 170 véhicules et qui s'étire sur 10 km de long. C'est vraiment une grosse machine qui exige un gros travail de planification. Le Tour de France, à vélo c'est 3 500 km, pour l'escadron c'est 8 000 km (rires). Et une fois le Tour masculin terminé, celui des femmes prend le relai. Certes plus court, mais le rythme reste soutenu... »

En 2024, c'est aussi à eux que l'on doit l'encadrement des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris. « Les JOP Paris 2024 ont commencé pour nous début mai 2024, avec les deux relais de la flamme. Ensuite les Tours de France masculin et féminin qui ont démarré en juin, depuis l'Italie et les Pays-Bas. Entre juillet et août, nous avons repris les JOP avec l'encadrement des épreuves cyclistes, puis des marathons… 2024 a été une grosse année pour la brigade ! » nous confie le commandant Alioui. Un millésime sportif intense qui s'ajoute aux missions quotidiennes.

Détection de talents et recrutement exigeant

C'est en moyenne entre 5 et 8 personnels que l'on recrute chaque année pour l'escadron, sur environ 300 personnes qui auront été testées.

Un escadron motorisé aux multiples facettes qui, pour performer dans ses nombreuses missions, doit pouvoir compter sur un personnel plus que qualifié, recruté avec soin. Une priorité pour le commandant Alioui : « Nous avons un recrutement spécifique, unique en gendarmerie, avec une cellule dans notre escadron dont la mission est de détecter des potentiels. Nous lançons des appels à volontaires à tous les gendarmes détenteurs d'un permis moto. Il leur faut obligatoirement être gendarme pour postuler, mais pas nécessairement être dans une brigade motorisée dans leur affectation actuelle. Nous nous rendons dans les écoles de gendarmerie avec nos Yamaha MT-07, et nous organisons des plateaux sur une journée pour évaluer les potentiels des jeunes motards. »

« Si nous en percevons de potentiels, nous les invitons ensuite dans notre escadron pour une semaine de tests où nous évaluons aussi bien leur physique, leur dextérité à moto, leur motivation que leur mental. Nous voulons des membres dont on est certains qu'ils s'intégreront dans notre escadron. Nos sélections sont sévères, très difficiles. Pour vous donner une idée, c'est en moyenne entre 5 et 8 personnels que l'on recrute chaque année pour l'escadron, sur environ 300 personnes qui auront été testées, soit un taux de réussite d'environ 2 %. Une fois validés par nos soins, les candidats retenus repartent dans le socle commun qui est de 3 mois de formation à l'école de Fontainebleau pour décrocher le permis moto gendarme. À ce permis, nos élèves sélectionnés n'ont jamais connu d'échec, et d'ailleurs environ 30 % des instructeurs moto de la gendarmerie de Fontainebleau sont des anciens de la Garde républicaine » poursuit-il.

Un recrutement à la hauteur de l'exigence des missions conduites par l'escadron, un engagement total qui, corollaire de ces efforts, entraîne un gros turnover au sein de cette unité. C'est environ 10 % des effectifs qui le quittent chaque année, d'où la nécessité de garder la cellule de recrutement très active. Le profil des effectifs ? Des gendarmes souvent jeunes, célibataires, et motivés par l'idée de servir le fleuron des escadrons motorisés, mais qui après avoir fait le tour de la question, ou fondé une famille, cherchent à regagner après un cycle de 5 ans (en moyenne), la province dont ils sont généralement issus.

Le commandant Alioui à la tête de l'escadron France

Arrivé en août 2023 à la tête de l'escadron motorisé, c'est donc en août 2027 que le commandant Alioui devra passer le témoin, un bail à durée déterminée auquel il se prépare. « Depuis ma prise de fonctions, je sais que je ne suis que de passage, et mon rôle consiste à laisser un escadron en bon ordre de marche quand je le quitterai. Nous avons la chance d'avoir une jeune génération de gradés qui est très performante, très professionnelle. Je ne suis pas inquiet quant à la pérennité de l'escadron, nos missions ne feront qu'augmenter dans les années à venir. »

Nos missions au sein de notre peloton sont souvent passionnantes, hyper variées.

« À titre personnel, pour moi qui suis motard et passionné de moto depuis toujours, qui ai fait une bonne partie de ma carrière de gendarme dans les pelotons moto, responsable de Pontoise, puis du Val-d'Oise, de l'Essonne, et ensuite des unités de Versailles, y compris le péage de Saint-Arnoult, prendre le commandement de l'escadron moto de la Garde républicaine, c'est le sommet ! Nos missions au sein de notre peloton sont souvent passionnantes, hyper variées. Quand on escorte notre président, le président des USA, des rois, les plus hautes autorités de l'État, ou quand on participe aux plus importantes manifestations françaises, franchement, c'est que du bonheur » nous confie-t-il.

Du bonheur et un honneur pour un escadron qui n'a pas d'équivalent à l'étranger. Un escadron qui, par ses escortes et ses protocoles, fait rayonner la France, celui qui, par ses galons gagnés, mériterait d'être officiellement appelé « l'escadron France ».

Une histoire qui date !

La Garde républicaine est l'héritière des premiers rois francs, un corps qui visait à assurer la protection des hautes autorités de l'État et de la ville de Paris.

En place pendant des siècles, prenant le nom de « garde de Paris » en 1750, elle sera dissoute en 1791 avant de revenir en 1802 (Garde municipale de Paris) sous l'impulsion de Napoléon Bonaparte.

C'est en 1848 qu'est créée la Garde républicaine de Paris, comprenant un régiment de cavalerie et un régiment d'infanterie.

Elle est intégrée le 1er février 1849 dans la Gendarmerie, mais c'est le 14 juillet 1880 qu'elle reçoit ses insignes.

En 1978, la Garde républicaine de Paris devient « Garde républicaine », de nouveaux insignes sont remis à la garde le 11 novembre 1979 par le président Valéry Giscard d'Estaing.

Chahutée dans notre époque récente par des institutions en quête d'économie, la Garde républicaine sait s'adapter et se renouveler pour continuer de remplir ses nombreuses missions.

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1 Les gendarmes relevant du ministère de la Défense, ce sont des militaires. Les policiers, eux, relèvent du ministère de l'Intérieur et ne sont pas militaires.
2 Régiment : corps de troupes placés sous le commandement d'un colonel.
3 Escadron : unité de gendarmerie.
4 Peloton : groupe de soldats en opération.

Visuels : © Collection Garde républicaine