Interview de Jean-Pierre Bonato

07/12/2022

Grand aficionado de deux-roues depuis son plus jeune âge, devenu l’organisateur des plus grands événements deux-roues de France, Jean-Pierre Bonato a accompli le rêve d’une vie : faire de sa passion, son métier, son quotidien. Mais qui se cache vraiment derrière cette figure française emblématique du monde du deux-roues ? Le fondateur et directeur de l’agence de communication JPBC et de la société d’événements SRC, répond en exclusivité à nos questions pour AXA Passion.

Jean-Pierre Bonato


Une figure française emblématique du monde du deux-roues

Bonjour Jean-Pierre, merci pour cette interview. Tout d’abord, comment allez-vous ?

Merci à vous, depuis le temps qu’on travaille ensemble sur des événements, c’est toujours un plaisir de vous avoir. Ça va bien, en ce moment c’est un peu le rush. Avec la Covid, ça fait 2 ans qu’on a dû bousculer nos événements, en particulier la Sunday Ride Classic qui se tenait habituellement en avril, a eu lieu cette année en juin. Du coup ça a décalé notre planning, et on est actuellement en pleine préparation de notre prochain événement, Alpes Aventure Motofestival. D’habitude, l’été est une période relativement calme et cette année pas forcément, tout s’enchaîne. Mais c’est que du bonheur d’organiser tout ça et ça n’empêchera en nul cas que la qualité de l’événement soit au rendez-vous.


Commençons par vous présenter. On ne peut pas parler de vous sans évoquer la moto, un domaine qui vous entoure depuis votre plus tendre enfance. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a plongé au cœur de cet univers ?

Mon oncle. [Rires] Le fameux membre de la famille passionné de moto qui m’a mis le pied dedans. En réalité, enfant, j’étais passionné de beaucoup d’univers en particulier dans les transports, comme les avions, les bateaux, les voitures, les motos, etc. Et la géographie a aussi joué son rôle et le fait d’habiter proche du circuit du Castellet a fait que je me suis plus tourné vers la moto. Ça a été une vraie révélation pour moi, et pour la petite anecdote, je pense même que j’ai appris à lire avec des revues de motos.


Si aujourd’hui encore, la moto rythme votre quotidien professionnel, dans votre cadre personnel aussi, vous roulez et collectionnez des motos. Pouvez-vous nous expliquer votre pratique de la moto au quotidien ?

Oui je pratique aujourd’hui encore la moto, aussi bien professionnellement qu’à titre récréatif privé, ou encore pour voyager. Quant à ma soi-disant collection de motos, disons plutôt que je n’arrive pas à revendre ce que j’achète, donc j’ai effectivement quelques dizaines de motos qui traînent au garage. [Rires]


De l'écriture à l'organisation d'évenements moto

Côté professionnel, vous débutez votre carrière en tant que journaliste indépendant, dans le secteur de la moto. Était-ce un concours de circonstances ou une évidence pour vous de joindre ces deux mondes que vous aimez tant : l’écriture et le deux-roues ?

À l’époque, lors de mes révisions pour l’examen du bac (j’ai passé un baccalauréat mathématiques et philosophie qui n’existe d’ailleurs plus aujourd’hui), j’ai vu passer une annonce de Moto Journal qui faisait un genre de petit concours à la recherche d’un pigiste. Je me suis dit que ça allait un peu me couper dans mes révisions et j’ai donc rapidement écrit une brève sur une petite moto qui ne paie pas de mine, que j’envoie au magazine, mais sans grande conviction. Et finalement, 2 jours après, ils m’appellent pour me demander si je voulais travailler en tant que pigiste pour eux en parallèle de mes études. J’ai accepté et j’ai donc rédigé toutes sortes d’articles pour Moto Journal tout au long de mes études. J’écrivais un peu de tout, c’était très varié et enrichissant. Puis je suis passé par Moto Revue un peu Moto Verte, le Progrès de Lyon aussi.

C’est pour ça donc qu’à la fin de mes études, j’avais déjà une certaine vision du métier de journaliste et même si cela me plaisait beaucoup, je voulais découvrir autre chose. D’autant plus que lors de mes études à l’EFAP, école de communication à Lyon, j’ai découvert le métier d’attaché de presse qui faisait justement la jonction entre le travail de journaliste et l’industrie de la moto. C’est quelque chose qui m’intéressait beaucoup.

Alpes Aventure Motofestival


Au-delà du marketing et de la communication, votre grande connaissance de l’univers de la moto vous a ensuite mené à de nombreuses opportunités, notamment dans le secteur de l’événementiel. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

À l’époque j’étais en contact avec François Chevalier, alors Directeur du circuit Paul Ricard. Un jour il m’appelle en me disant que ma vision et mon expérience dans l’univers du deux-roues et de l’automobile peuvent être intéressantes, et il me demande si je veux bien travailler pour lui au sein du Castellet. J’ai bien évidemment accepté et j’ai donc travaillé pour le circuit à travers différents métiers, il m’a volontairement fait toucher un peu à tout, j’ai même été speaker, puis il m’a confié le montage de festivals moto et automobile sur le circuit Paul Ricard. Ensuite j’ai aussi travaillé en F1 à Magny-Cours. C’était donc une expérience très enrichissante et surtout des opérations de grande ampleur à organiser.

Je suis revenu vers l’événementiel quelques années plus tard, au début des années 2000, avec un constat. En tant qu’agence conseil pour beaucoup de sociétés distributrices, filiales en France ou des fabricants d’accessoires, je voyais que beaucoup ne trouvaient plus leur place au Salon de la Moto de Paris. C’était le gros salon à l’époque qui s’étendait sur 10 jours, et qui était surtout organisé et formaté pour les constructeurs, et pour que le grand public puisse y voir des nouveautés motos.

Et j’ai eu une année où il y avait la moitié seulement de mes clients qui exposaient. Et tous ont eu la même remarque en disant « ça ne correspond plus à ce qu’on recherche ». Et à cette époque-là, j’ai alors eu l’idée de créer un événement au format plus adapté, type Équip’auto, où les magasins, les exposants et les clients peuvent tous se réunir pour discuter, faire de nouvelles affaires, etc. Quand je parlais de ce projet à mes clients, le sujet les intéressait vraiment, mais d’un autre côté la marche à franchir me semblait haute et le risque économique me semblait élevé, j’ai donc mis le dossier dans un coin le temps d’y réfléchir. Puis après avoir rencontré Stéphane CLAIR de l’agence Alice Évènements, nous avons finalement créé les JPMS, les Journées Professionnelles de la Moto et du Scooter en 2001, qui était à l’époque le premier et le seul salon BtoB du secteur des deux-roues motorisés.


La roue du succès : des courses moto sur des circuits mythiques

Plus tard en 2009, vous créez la Sunday Ride Classic sur le circuit Paul Ricard, événement du patrimoine moto sportif de 1970 à nos jours au travers des pilotes, compétitions et véhicules mythiques de la période. Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

Alors pour la petite anecdote, avant même de créer cet événement, je réunissais des motards passionnés de collection sur le parking du Castellet pour parler moto depuis fin 2007. Au fur et à mesure, ces rassemblements informels ont pris de l’ampleur et au bout d’un an, nous étions 250 motos sur le parking. Un jour, le directeur du circuit m’a convoqué et là, je me dis que c’était fini pour le rassemblement, qu’on était trop sur le parking et qu’ils allaient nous faire partir. Et en fait pas du tout, ils m’ont dit que cela faisait un moment qu’ils m’observaient, qu’ils voyaient que le rassemblement était très bien organisé, et de fil en aiguille, j’ai même réussi à les convaincre de faire revenir les motos (et les motards) sur le circuit Paul Ricard, qui était alors exclusivement dédié aux essais de F1.

Pour cela, ils m’ont alors demandé de réfléchir à un événement. Comme à mon habitude, je suis donc parti d’un constat pour répondre au mieux à la demande. Je cherchais à créer un événement qui était attendu du public mais qui n’existait pas. J’ai alors pensé à un format d’événement accessible à tous et offrant une expérience intergénérationnelle, permettant au public de pouvoir rencontrer leurs idoles. C’est là qu’est née la Sunday Ride Classic, un événement à cheval entre la moto sportive contemporaine et la collection qui pour la première fois, réunissait des figures de la moto moderne et ancienne. Et je pense que le constat n’était pas si mauvais quand je vois qu’il est devenu un des plus grands événements de début de saison classique et qui accueille désormais chaque année près de 20 000 visiteurs au Castellet !

Et c’est un réel plaisir pour moi d’avoir réussi à faire revenir la moto sur ce circuit mythique et de permettre aux passionnés de vivre leur passion comme il se doit.


En 2017, vous créez un nouveau concept d’événement consacré au tourisme à moto en France : Alpes Aventure Motofestival. Pouvez-vous nous parler de cet événement ?

La plupart des motards n’ont généralement pas l’occasion de se servir de leur moto, pas le temps de prévoir des sorties et balades avec d’autres motards, etc. Tout cela demande beaucoup d’organisation et c’est pourquoi de nombreuses motos restent au garage.

Alpes Aventure Motofestival est créé autour du thème du voyage à moto, cet événement permet à des motards passionnés de vivre une expérience unique en pleine nature dans un cadre idyllique, la Vallée de l’Ubaye et Barcelonnette. Avec Alpes Aventure Motofestival, les motards peuvent venir et juste profiter de leur moto et d’échanges avec d’autres passionnés.

Autour du même thème, les activités sont multiples : essais moto, présentations, ateliers trajectoires, ateliers pilotages, formations, sorties marques, déjeuners secrets, projections de films en lien avec l’aventure à moto, soirées de gala, tous les ingrédients sont réunis pour satisfaire tout le monde et placer ces 3 jours exclusivement sous le signe du voyage à moto. Le programme est très chargé, ainsi le public ne s’ennuie pas, établi son propre emploi du temps selon ses envies et s’il n’a pas eu le temps de tout faire, il reviendra alors l’année suivante 😊.

Alpes Aventure Motofestival


Les déjeuners secrets ?

Dans le cadre de ce festival, nous sommes particulièrement fiers de l’activité nommée « Les déjeuners secrets ». Les motards qui le souhaitent, environ une cinquantaine par déjeuner, s’inscrivent à cette activité, et on les amène en balade à moto à travers des paysages magnifiques, puis on leur propose un déjeuner dans un lieu insolite tenu secret. Là, on leur fait découvrir la culture locale via des dégustations de produits locaux avec les producteurs d’ailleurs présents au déjeuner pour expliquer leurs produits, etc. Pour vous donner un exemple, on a même fait un déjeuner secret en plein cœur d’un vieux fort, accompagné d’une troupe de théâtre qui jouait une reconstitution de la vie à l’époque médiévale, juste pour nos motards qui étaient ravis. C’est quand même assez stupéfiant de se dire qu’on arrive à faire joindre des univers si différents comme ça, et surtout de permettre à des motards d’être en harmonie avec la nature, ce qui peut paraître assez paradoxal…

Alpes Aventure Motofestival


Oui justement, avez-vous rencontré des difficultés à organiser un événement de motards dans un lieu si protégé qu’est le parc de la Sapinière ?

Évidemment, il y a toujours une réticence dans le fait d’organiser un événement de motards sur son sol. Dans l’inconscient collectif, il y a de nombreux clichés sur les motards et l’image qu’on lui donne est quelqu’un de masculin, peu distingué, qui fait du bruit, qui écoute du métal, qui boit des bières, qui ne prend pas soin de la nature, qui roule trop vite, etc.

Déjà pour Sunday Ride Classic, ça a été très compliqué de faire revenir les motards sur le circuit Paul Ricard, le circuit avait peur, la préfecture avait peur. Par exemple, la première chose qu’ils ont dit quand ils m’ont vu arriver pour en discuter c’était « ah, un motard en costume ». Cela ne leur était pas venu à l’idée qu’être motard et en costume soit compatible. Une fois la première impression passée, j’ai quand même vraiment dû redoubler d’efforts pour convaincre, mais ça a fini par payer.

Ce fut exactement la même chose pour Alpes Aventure Motofestival, mais j’avais un atout : le maire me connaissait avant de savoir que j’étais un homme de la moto. Nous nous connaissions sur d’autres plans : histoire, culture, etc. Cela m’a sans doute donné un crédit de sérieux. Et ainsi, il m’a épaulé pour avancer sur le dossier.

Mais pour une préfecture, ou un parc régional, pour que les autorités locales acceptent d’organiser un tel événement dans cet endroit naturel protégé à Barcelonnette… les 3 premières années ont été des rounds d’observation de « notre » comportement : organisation, exposants et visiteurs. Ce n’était pas gagné d’avance mais en dehors des clichés, tous les éléments étaient réunis pour que tout se passe pour le mieux. Déjà, le lieu en lui-même permet une pré-sélection des clients : les motards qui viennent jusqu’à Barcelonnette pour rouler sont forcément motivés, ils ont vraiment envie de venir et de participer à cet événement. Donc ce sont généralement des motards bienveillants, dont la venue est bien réfléchie et préparée, et qui ont envie de se faire plaisir, de profiter. 65% de nos clients sont des motards qui prennent leur temps à moto, qui ont redécouvert le plaisir de rouler doucement, d’admirer les paysages, de partager leur passion dans le respect de l’autre et de la nature…

C’est pourquoi l’événement s’est toujours très bien passé et les autorités locales sont même ravies. D’ailleurs, qui l’eut cru, les gendarmes sont d’ailleurs contents quand ils nous voient car ils savent que notre clientèle est respectueuse, et ils sont généralement moins sollicités lors de notre événement qu’habituellement, par quelques touristes irrespectueux, voire par certains locaux roulant bien trop vite par exemple. Nous mettons même sur pied différentes formations à la conduite en groupe, des stages Trajectoires avec la Préfecture de Digne ou encore des stages premiers secours avec la sécurité civile locale. Ces organismes ont appris à nous connaître, et ils viennent prêter main forte et bienveillante.


Plus globalement, les événements que vous créez sont toujours à thèmes : moto moderne, moto trail, moto de collection… on peut dire que vous êtes sur tous les fronts. Qu’est-ce qui vous plaît dans la diversité de ces événements ? Avez-vous une façon différente de les appréhender ? Qu’est-ce qui vous fait le plus vibrer ?

Beaucoup de choses ne se font qu’autour de week-ends de courses, or on peut envisager d’autres façons de vivre la pratique de la moto. C’est pour cela que je fais toujours des événements à thèmes, d’abord c’est plus inventif et cela ouvre des perspectives plus vastes. Le but pour moi est d’offrir la possibilité aux visiteurs de découvrir toute la richesse autour d’un thème qu’ils aiment tant et parfois même les surprendre en additionnant les « choses » à faire ou à voir.

C’est captivant tout ce qu’on arrive à faire autour d’un seul sujet, et de se dire qu’on arrive à proposer des expériences aux participants. Je me mets (enfin j’essaye) de l’autre côté : qu’est-ce qui me ferait rester plus longtemps ici ? Quand on voit des gens émus aux larmes à côté de leur idole à la Sunday Ride Classic, ou des visiteurs vous dirent « à l’année prochaine » le dimanche soir d’Alpes Aventure, ça veut dire qu’on a apporté du plaisir, que l’équipe a bien fait son job, et les sourires sont notre meilleure récompense.

Merci pour cette interview riche en passion et merci encore pour votre temps ! L’équipe AXA Passion

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Visuels : © Agence JPBC