Anne-Sophie Nourry : la passion, de père en fille
Publié le 01/10/2026• Par Stéphane Cohen / Santa Cruz Media
Cap'PassionCollection
Engagés en catégorie « GT3 Revival » au cours du Mans Classic Legend, Anne-Sophie Nourry et Michel, son papa, ont perpétué la tradition familiale longue de plus de vingt ans dans la compétition automobile. Rencontre avec une entrepreneuse et jeune maman qui n'a pas froid aux yeux !

La saga Nourry, c'est d'abord un métier…
Oui ! Papa a ouvert son garage Porsche en 1968 et son affaire a vraiment décollé lorsqu'il s'est installé à Bourth, en Normandie. Je l'ai rejoint l'année de mes dix-huit ans et j'ai finalement racheté le garage en 2006, que j'ai rebaptisé « Nourry Expérience ». Nous vendons environ soixante voitures par an et sommes spécialisés dans la vente et le service après-vente. L'atelier affiche complet toute l'année avec trois mécaniciens. Pour ma part, je gère l'activité commerciale et les tâches administratives.
La saga Nourry, c'est également la compétition…
Papa a commencé à s'engager dans les rallyes en Normandie. Après beaucoup de victoires, il s'est lancé dans les courses sur circuit où il s'est forgé une belle réputation (il a terminé 18e des 24 Heures du Mans 1998, NDLR). Pour moi, tout a commencé dès le plus jeune âge. J'ai plein de souvenirs pour l'avoir suivi avec maman sur les rallyes puis les circuits. À cette époque, il m'a fait faire du motocross, puis un tout petit peu de karting mais sans compétition. Et quand j'ai été en âge de prendre le volant, il m'a fait le cadeau de me proposer de participer à une course à Dijon en 2020, au volant d'une vieille MG toute cabossée qu'il avait mis deux ans à retaper. Depuis, je n'ai jamais arrêté et c'est un bonheur de pouvoir encore partager le volant avec lui…
Mon papa m'a très rapidement dit que j'étais prédestinée à ça.
Quelles sont vos premières expériences communes ?
Un jour, papa s'est emparé d'un crayon et d'un cahier sur lequel il a écrit des petites notes. Il m'a dit : « je vais te dicter ces notes et puis tu vas me les redire sur des petites routes. » J'ai dit ok et ça s'est bien passé. Notre premier rallye en tant que pilote et co-pilote a été une vraie réussite, sans lendemain toutefois. Car tous les deux dans la même voiture à 200 km/h entre les arbres… Il n'a pas voulu renouveler l'expérience. C'est donc avec mon mari, Anthony, rencontré il y a treize ans, que j'ai le plus copiloté.
Quel rôle Michel a-t-il joué dans ta progression ?
Personnellement, je pense que le pilotage est quelque chose d'inné. On peut dépenser beaucoup d'argent pour rouler, avoir les meilleurs professeurs du monde, mais si on ne l'a pas déjà dans les gènes, c'est impossible d'aller vite. Mon papa m'a très rapidement dit que j'étais prédestinée à ça. Donc il m'a laissé avancer à mon rythme. C'est en apprenant à me débrouiller seule que j'ai développé mes routines. Pour Le Mans, un circuit que je ne connaissais pas du tout, j'ai beaucoup travaillé sur simulateur et avec des caméras embarquées. Ça m'a pris un mois. J'ai appris tous les virages et leur configuration par cœur. Et la nuit, je répétais les mêmes gestes, les passages de vitesses à la palette, etc. C'est un vrai projet familial. Et je peux vous dire que poser mes roues sur ce circuit pour la première fois procure un sentiment dingue. Je pense que j'ai versé une petite larme au premier tour…

Alors, quelles sont tes premières impressions ?
Je suis assez surprise parce que je pensais que prendre les 290 dans la ligne droite des Hunaudières, ça allait être impressionnant, mais en fait pas plus que ça. En revanche, ce qui m'a frappé, ce sont vraiment les gros freinages et les passages en courbe ! Par exemple, au niveau du virage Porsche, j'ai eu un peu peur de m'emballer et d'aller trop vite. J'ai dû tempérer mon excitation ! Mais comme mon expérience au Mans est toute récente, je n'ai pas atteint la sensation de plénitude que je ressens quand je connais bien un circuit et que je suis en osmose avec la voiture.
Dans quelle catégorie roulais-tu ?
Dans les « GT3 Revival Series », un plateau ouvert aux GT3 produites entre 2006 et 2013, couvrant les première et deuxième générations de ces modèles emblématiques. Notre modèle est une Porsche 997 GT3R. Mais il y a vingt ans, les Porsche étaient déjà derrière certains modèles, comme les Ferrari ou des Audi R8… Donc la logique a été respectée (Michel et Anne-Sophie ont terminé vingtièmes, à un tour de la voiture vainqueure, une Aston Martin V12 Vantage GT3, NDLR).
Ton week-end ne s'est pas limité à la course. Tu as reçu énormément de gens également…
En fait, c'est la première fois que nous avons cherché des sponsors. Je n'en avais jamais eu en vingt-cinq ans de pilotage ! Je n'ai jamais eu de vrai programme à proposer et surtout je n'avais jamais osé franchir le pas. Et là, beaucoup de personnes m'ont répondu favorablement (notamment AXA Passion et Les Déménageurs Bretons, NDLR). La contrepartie, c'est de recevoir leurs clients. Ça tombe bien, j'adore expliquer mon parcours et partager ma passion, mais c'est beaucoup d'énergie : j'ai reçu soixante à quatre-vingts personnes par jour ! Sans compter les gens qui rentraient jusque dans la structure pour venir chercher des affiches alors que les sponsors étaient là ! Ça fait un petit peu peur quand on est discrète comme moi, mais c'est une expérience à vivre. Peut-être que je ne la vivrai qu'une seule fois dans ma vie, donc j'ai pris tout ce qu'il y avait à prendre !

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