Asphalia, pour des routes plus sûres
Publié le 01/10/2026
Cap'PassionDeux-roues
Tout est parti d'une balade à moto avec son père sur une route particulièrement dégradée. Dix ans plus tard, cette expérience a provoqué la naissance d'Asphalia, une solution capable de cartographier l'état des routes de manière automatique. Rencontre avec Yoann Boyer, lauréat de la 2e édition de la Bourse aux projets par AXA Passion.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je m'appelle Yoann Boyer, j'ai 31 ans et je suis originaire de Bretagne, là où tout a commencé. Je suis développeur depuis une dizaine d'années et motard depuis tout petit. J'ai encore des photos de moi bébé, assis sur le réservoir de la moto de mon père (rires). La moto, c'est vraiment une passion familiale, transmise de père en fils.
J'ai grandi en voyant mon père rouler et, plus tard, mon frère et moi avons passé à notre tour le permis moto. De balade en balade, la passion s'est installée naturellement.
J'ai toujours aimé construire et créer des choses. Mon parcours m'a amené à explorer plusieurs domaines de l'informatique, des réseaux jusqu'aux systèmes embarqués, avant de me spécialiser dans le développement. Ce qui me plaît dans ce métier, c'est de partir d'une idée, la concrétiser et de créer un outil qui peut être utile à d'autres.
C'est d'ailleurs ce qui m'a permis de concrétiser Asphalia. Au départ, c'était une idée issue de ma pratique de la moto et de discussions avec mon père. Puis, le projet a grandi année après année, jusqu'à devenir ce qu'il est aujourd'hui.
Aujourd'hui, qu'est-ce qu'Asphalia ?
Asphalia, c'est une application qui permet de cartographier et de recenser les portions de routes, qu'elles soient bonnes ou dégradées.
Son nom vient du grec ancien asphaleia, qui signifie la sécurité et, littéralement, « ce qui empêche de tomber ». J'ai choisi ce nom car il porte la promesse du projet : empêcher la chute à moto grâce aux signalements de la communauté. Le nom fait également écho à l'asphalte, ce qui crée naturellement un lien avec l'univers routier.
L'idée, c'est de pouvoir se rappeler quelles routes sont agréables à emprunter et d'éviter les dangers comme les nids-de-poule, les dégradations ou les tôles ondulées.
Pour cela, j'ai développé un boîtier capable de récupérer les informations de façon automatique. L'objectif est d'avoir une source d'information commune et la plus fiable possible, sans que l'utilisateur ait besoin de faire quoi que ce soit.
Contrairement aux systèmes de signalement manuels, l'idée d'Asphalia est que la cartographie se fasse de manière totalement passive, sans que le motard ait besoin de lâcher le guidon ou de quitter la route des yeux.
À l'origine, Asphalia a été pensée pour les motards, parce que c'est le public que je connais le mieux. Mais elle peut aussi être utile aux cyclistes et aux automobilistes. D'ailleurs, lors du Mans Classic Legend, plusieurs propriétaires de Porsche sont venus me voir en me disant qu'ils aimeraient eux aussi éviter les routes dégradées. Au final, ça touche tous les usagers sensibles à l'état de la route.
… mon père me dit : « Ce qui serait bien, c'est d'avoir un bouton sur le guidon pour éviter de repasser par ce genre de route ».
Comment est né le projet Asphalia ?
Tout a commencé en 2016. J'étais en balade à moto avec mon père, en tant que passager, sur une route vraiment dégradée. On se faisait secouer, ce n'était pas agréable et pas forcément sécurisant non plus.
Un peu plus loin, à un stop, mon père me dit : « Ce qui serait bien, c'est d'avoir un bouton sur le guidon pour éviter de repasser par ce genre de route. » Je me suis tout de suite dit que l'idée était très bonne, parce qu'au bout de quelques minutes, on ne se souvient déjà plus de la route que l'on vient d'emprunter.
Avec mon métier de développeur, j'ai alors commencé à réfléchir à la façon d'automatiser tout ça. De fil en aiguille, l'idée a évolué, du smartphone jusqu'à la création d'un boîtier dédié, capable de collecter des informations de manière plus fluide et plus homogène.

Quels ont été les principaux défis rencontrés depuis le lancement du projet ?
Le plus complexe, ça a été de trouver la bonne technologie et surtout de développer l'algorithme. Au départ, l'idée était de faire quelque chose de simple et d'accessible, en s'appuyant sur un outil que tout le monde a déjà dans sa poche : son téléphone.
Une fois la récupération des informations possible, il fallait s'assurer de leur qualité. L'objectif était d'avoir quelque chose de fiable et de commun à tous les types de motos, qu'il s'agisse d'une Harley ou d'une grosse routière. Le plus grand défi a donc été de construire un algorithme capable de fournir des données cohérentes et vérifiables. Cela m'a pris des mois de travail pour obtenir quelque chose de vraiment fiable.
Pour avancer, il a surtout fallu faire preuve de persévérance. J'ai vécu beaucoup de nuits blanches, parce que j'y réfléchissais en permanence.
Mon côté perfectionniste n'a pas forcément aidé, mais aujourd'hui je suis totalement confiant dans les résultats, avec déjà plus de 37 000 kilomètres cartographiés. Désormais, le défi n'est plus dans l'algorithme. Il est surtout dans le développement du boîtier et son déploiement auprès du grand public.
Qu'est-ce qui vous a motivé à déposer votre candidature à la Bourse aux projets Vol.2 d'AXA Passion ?
C'est grâce à ma copine. Un jour, elle m'a montré une story Instagram de Lilia et Valentin (créateurs de contenu spécialisés dans la van life, NDLR) qui parlaient d'une bourse à projets. Je me suis dit que mon projet pouvait correspondre et j'ai décidé de tenter ma chance.
À l'époque, cela faisait déjà plusieurs années que je travaillais sur Asphalia. J'étais convaincu que l'idée pouvait aider beaucoup de motards, mais je manquais de temps et de moyens pour aller plus loin.
Ensuite, tout s'est enchaîné : le dépôt du dossier, la sélection, puis les différentes étapes du concours. Chaque étape était déjà une victoire, parce qu'elle permettait de faire connaître le projet grâce aux réseaux sociaux et à la visibilité apportée par AXA Passion.

Vous avez finalement remporté la 2e édition de la Bourse aux projets lors de la finale organisée au Mans Classic Legend, en juillet dernier. Quelle a été votre réaction face à l'annonce de votre victoire ?
J'ai vécu tout ce concours comme un marathon et, une fois la ligne d'arrivée franchie, je me suis dit : « Ça y est, j'y suis. » J'étais à la fois impressionné, reconnaissant et très fier. Je savais que j'avais mes chances, sans pour autant m'attendre à gagner. Au départ, je ne pensais pas que j'irais jusqu'au bout. Et pourtant, chaque étape franchie m'a donné envie d'aller encore plus loin. Pouvoir défendre un projet qui me tient à cœur au milieu de personnes aussi passionnées a été une expérience incroyable.
Pour moi, cette bourse est un vrai tremplin car elle va permettre de faire connaître le projet plus largement.
Au-delà de la victoire, j'ai aussi été marqué par l'expérience du Mans Classic. Ce n'est pas forcément un univers dans lequel j'évolue habituellement, mais découvrir cet environnement, rencontrer autant de passionnés et avoir la chance de présenter mon projet dans un tel cadre, c'était vraiment impressionnant. Et pour la petite anecdote, nous sommes arrivés au parking VIP du Mans Classic Legend avec notre petite Twingo, garée à côté de Porsche exceptionnelles (rires). C'était assez surréaliste, mais cela résume bien l'expérience. On se retrouve plongé dans un univers passionnant, entouré de personnes qui vivent pleinement leur passion.
En quoi la récompense d'une bourse de 10 000 € va-t-elle vous aider à développer Asphalia ?
Cette bourse va me permettre de passer du prototype à la commercialisation. Jusqu'à présent, j'ai financé le projet avec mes propres fonds pour acheter les composants et développer les tout premiers boîtiers. L'idée maintenant, c'est d'en fabriquer une centaine et de les mettre entre les mains d'ambassadeurs, notamment des clubs moto et des personnes intéressées par le projet.
C'est un peu comme Waze : s'il n'y a pas de personne qui s'en sert, il n'y a pas de données. Là, c'est la même chose. Plus on aura de boîtiers sur le terrain, plus on pourra collecter d'informations et récupérer des retours utilisateurs. Les ambassadeurs pourront me dire ce qui fonctionne bien, ce qu'il faut améliorer ou s'il existe des situations auxquelles je n'aurais pas pensé. Pour moi, cette bourse est un vrai tremplin car elle va permettre de faire connaître le projet plus largement.

Quelle est votre plus grande fierté depuis la création d'Asphalia ?
C'est la victoire de la Bourse. Depuis le début du projet, chaque étape a été une fierté. Je me souviens encore de mon premier prototype qui fonctionnait sur mon iPod Touch.
Mais remporter cette bourse, c'est différent. Ça me conforte dans l'idée que le projet est pertinent et qu'il répond à un vrai besoin, parce que je me suis rendu compte que ce projet ne concernait plus seulement mon père et moi.
Cette victoire a surtout été une prise de conscience. Comme si j'ouvrais un rideau et que je découvrais toutes les personnes que ce projet pouvait aider au quotidien. C'est ce qui me motive aujourd'hui à pousser Asphalia encore plus loin.
Comment imaginez-vous Asphalia dans les prochaines années ?
À court terme, l'objectif est d'enrichir la cartographie et de récupérer un maximum de retours utilisateurs. Ensuite, l'idée sera de continuer à faire évoluer Asphalia, aussi bien sur les boîtiers que sur l'application mobile, le site web et la création d'itinéraires.
Aujourd'hui, quand on pense itinéraire, on pense de suite à Google Maps ou à Waze. Demain, j'aimerais que lorsqu'on pense à un état de route, on pense naturellement à Asphalia. L'objectif est de permettre aux usagers d'être davantage alertés sur les dangers qui les entourent, qu'il s'agisse des motards, des cyclistes, des automobilistes ou de tout autre usager.
Quel message aimeriez-vous adresser aux lecteurs de CAP'Passion qui découvriront votre projet ?
Je suis très fier du produit et convaincu qu'il a une vraie utilité. Aujourd'hui, je vois des personnes attendre de pouvoir s'en servir, et c'est forcément très motivant.
Et pour celles et ceux qui hésitent à présenter leur projet à une prochaine Bourse aux projets d'AXA Passion, je leur dirais de se lancer. On a toujours l'impression qu'il ne sera pas assez intéressant, pas assez abouti ou qu'on n'a aucune chance. L'important, c'est de le proposer, surtout s'il vous tient à cœur. Cette aventure montre qu'une idée peut prendre de l'ampleur et aboutir à quelque chose de concret. Si vous croyez vraiment en votre projet, il faut le porter jusqu'au bout, parce qu'il fera forcément écho à d'autres personnes.
Revoir la victoire d'Asphalia à la Bourse aux projets Vol.2 Découvrir la Bourse aux projets AXA Passion
