Lilia et Valentin : lorsque la passion du voyage trace la voie

Publié le 31/03/2026

Camping-Car / Van

Nous les avions découverts il y a tout juste un an, à l'occasion d'un article publié à la même période. À l'époque, ils nous confiaient les raisons qui les avaient poussés à tout quitter pour adopter une vie nomade à la découverte du monde. Une aventure fascinante entre projets professionnels, amour du voyage, et défis du quotidien.

Entre couchers de soleil et balades en montagne, le couple part à l'aventure avec Bobby, leur nouveau van.

Tour d'Europe en van : rencontres et nouveau véhicule

Dans votre précédente interview, vous évoquiez la poursuite de votre tour d'Europe. Quel souvenir vous a le plus marqué ?

Valentin Bastard : Je pense que ce qui nous marque le plus à chaque fois, ce sont les rencontres que l'on fait avec les gens de tous âges. Des personnes que nous n'aurions jamais croisées dans notre quotidien. C'est vraiment marquant… Récemment, on s'est liés d'amitié avec un couple de retraités et on n'a pas cessé de se recroiser par hasard. Trois fois sans se le dire, et dans trois pays différents.

Lilia Renault : Ah oui… les Normands ! La première fois dans un camping au Monténégro. On a aperçu une plaque française sur une petite Fiat 500 jaune, et comme on était les seuls Français dans le camping on s'est liés d'amitié. Ensuite dans un camping en Croatie alors qu'à la base on ne devait pas aller là-bas ! Puis en Slovénie ; ils sont tombés en panne et comme on passait à côté, nous sommes allés les aider. Je dirais même qu'on les a croisés une quatrième fois : en Normandie, quand ils nous ont invités chez eux à notre retour en France.

V.B. : Les rencontres avec les gens qui sont de tout horizon, c'est ça le plus enrichissant. Ce genre d'histoire nous arrive souvent avec des amis que nous n'avions pas revus depuis dix ans, et que l'on retrouve sur un parking au milieu de nulle part…

À l'époque, vous voyagiez encore à bord de Manou, votre Renault Trafic L2H1, mais vous avez récemment changé de véhicule. Pourquoi ?

L.R. : Lors d'un voyage dans les Grandes Rocheuses au Canada, nous avons loué un grand van avec de la place, on a goûté au luxe et au confort. (rires) Manou était plus petit. On ne pouvait pas se mettre debout dedans et surtout il n'avait pas d'eau chaude. Ce voyage a été un déclic et on s'est rendu compte qu'on voulait un van plus grand afin d'y passer encore plus de temps, car c'est aussi notre outil de travail quotidien.

V.B. : Début 2025, on a fait appel à Van Designer parce qu'on n'allait pas avoir le temps d'aménager un van nous-mêmes. Ils ont un vrai savoir-faire dans le sur-mesure et le haut de gamme. C'est ce qui nous arrangeait le plus parce que nous avions besoin d'un aménagement adapté à notre vie professionnelle mais qui pense aussi à notre quotidien à bord. On voulait aussi un van autonome en électricité avec des grosses batteries et des panneaux solaires pour un confort adapté aux saisons. On a encore plein d'idées pour continuer de l'améliorer au fur et à mesure du temps. C'est l'avantage du sur-mesure finalement.

L.R. : On a revendu Manou fin 2025. C'était un petit pincement au cœur, mais on l'a vendu à des abonnés. Un jeune couple qui a le même âge que nous avions quand on a commencé avec lui. La boucle était bouclée. Ils nous envoient souvent quelques photos quand ils voyagent avec lui, pour notre plus grand bonheur. (rires)

Votre nouveau van s'appelle Bobby, c'est ça ?

V.B. : Oui, c'est un van Mercedes Sprinter. On a choisi ce modèle parce que durant notre séjour aux États-Unis, on s'est rendu compte que c'est celui le plus utilisé par les vanlifers. Il est robuste, fiable, possède un certain confort intérieur et en termes de revente, ce n'est pas un véhicule qui décote forcément.

L.R. : Van Designer l'a aménagé durant cinq mois. On le teste depuis qu'on l'a récupéré en octobre 2025. Cet hiver on a pu voir comment se passe la vie à bord, quand il fait froid et qu'on est sous la neige. Cet été nous prévoyons de monter avec dans les îles Lofoten en Norvège, sur un mois et demi, pour profiter pleinement des paysages et de la route.

V.B. : Avant on va ramener Bobby chez le designer avant ce grand road trip, parce qu'on a commis des petites erreurs cet hiver dans les Alpes. (rires) Comme il a fait jusqu'à -17°C et qu'on avait oublié de laisser le chauffage allumé, nos tuyaux ont gelé. Mis à part ça, il est parfait et c'est un vrai plaisir de voyager à bord de ce nouveau van : on a enfin un frigo, et pour la première fois depuis 9 ans on a pu acheter des yaourts et du beurre… Ce n'est rien pour des gens « lambda » vivant dans une maison, mais pour nous ça change tout.

Slow travel en van : voyager à son rythme en Europe

Sur votre blog, vous expliquez que le van permet de prendre le temps dans les voyages (slow travel). Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

V.B. : Ça représente tout ! On peut avancer à notre rythme et rester deux, trois ou quatre jours à un endroit si nous en avons envie. Et ça, c'est un luxe qui est extra parce que notre métier (créateurs de contenus pour des marques, NDLR) le permet aussi. Pour nous, le slow travel, c'est vraiment la meilleure manière de vivre un voyage en van. La flexibilité possible avec le van nous plaît.

L.R. : Il nous arrive souvent de ne pas avoir d'itinéraire prédéfini et de regarder la météo le dimanche soir pour choisir notre destination de la semaine. On s'adapte beaucoup à la météo, c'est la liberté pure et dure, sans devoir réserver à l'avance… C'est incroyable !

Il vous arrive aussi de partir découvrir l'Europe en train. Pouvez-vous nous parler du voyage que vous avez fait récemment ?

L.R. : On est partis environ un mois parce qu'on voulait aller voir les aurores boréales en Norvège et vivre la nuit polaire, cette période de l'année où le soleil ne se lève pas pendant environ deux mois. On a choisi de partir en train parce que les conditions météo sont extrêmes, comme il fait entre -20°C et -24°C en hiver dans les pays nordiques, il faut des véhicules spécifiques avec des pneus cloutés, et un système d'eau qui soit vraiment bien adapté au grand froid. Chose qu'on n'avait pas.

Le système Interrail 1 nous permettait d'aller en Norvège en prenant notre temps. Sur un mois, on a fait sept jours de voyage en train. On est passés par Copenhague au Danemark où on est restés trois jours. Puis Narvik en Norvège avec pour objectif Tromsø. On a testé le train de nuit, c'était génial ! C'est vraiment là que tu profites du voyage, c'est vraiment lent. Tu attends que le temps passe en regardant le paysage ou en jouant aux jeux de société. C'est super agréable, surtout en hiver, ça te permet d'hiberner et de te reposer.

V.B. : Sur place on a loué à un particulier sa voiture via l'application Getaround. On a croisé des rennes sur la route et on est partis à la chasse aux aurores boréales dans les Alpes norvégiennes à Lyngen. C'était magnifique, on a réussi à en voir presque tous les soirs. Mais le mode de voyage en van, c'est vraiment celui que l'on préfère. Le souci avec le train, c'est qu'on est toujours dépendants des horaires ou d'avoir son voyage décalé en cas de retard d'un train. C'est du stress que nous n'avons pas du tout en van.

L.R. : On projette d'y retourner courant juin avec Bobby. Cette fois-ci pour voir le soleil de minuit, quand il fait jour 24 heures sur 24 pendant deux mois, et vivre l'opposé de ce qu'on a vécu cet hiver.

Van Trips en Europe : la genèse de leur livre de road trip

Quand vous parlez de vos voyages, on sent que cela vous anime et vous guide. Comment vous est venue l'idée de partager vos voyages ?

L.R. : Moi j'ai toujours aimé partager ma vie au quotidien. J'avais commencé mon compte Instagram pendant mes études et quand on est partis en Nouvelle-Zélande tous les deux, je l'ai partagée dessus. C'était au moment du Covid, ça a pris une ampleur un peu plus importante étant donné qu'on partageait de la vanlife et de vastes paysages inondés de soleil, alors qu'en France ils étaient confinés en hiver. Aujourd'hui c'est devenu notre métier, mais surtout quelque chose de profondément ancré en nous, c'est pour ça qu'on partage naturellement ce mode de vie avec d'autres.

V.B. : C'est une vie « hors cadre » et c'est ce qui est chouette ! On est très contents et c'est hyper gratifiant de pouvoir le vivre, et de pouvoir le partager aux gens c'est encore mieux. Nos abonnés sont des gens passionnés par le voyage, et à chaque fois qu'on les rencontre en vrai, leur énergie très positive nous pousse à continuer encore plus, à créer et partager avec eux.

L.R. : Nos voyages sont toujours reliés à ce qu'on aime, ce qui nous anime. Par exemple, je suis fan d'équitation depuis toute petite et on essaie à chaque fois de monter à cheval en fonction du pays : on a monté en mode western aux États-Unis, à Avoriaz on a fait du ski-joëring (ski tracté par un cheval en pleine montagne, NDLR) etc. Cet été j'ai prévu de monter des chevaux islandais en Norvège, ils ont cette allure qu'on n'a pas en France…

V.B. : On ne peut pas dire qu'on soit de grands sportifs, mais on aime beaucoup être en extérieur. On est passionnés par les randonnées et l'environnement qu'il y a en montagne : le bivouac, la randonnée en ski, l'adrénaline d'une via ferrata. Après mon accident au pied, je ne savais pas si j'allais pouvoir refaire toutes ces activités. Cinq ans après, je me rends compte que ce sont ces instants qui m'animent profondément. Et puis, il y a aussi la photo… Ça nous permet de mettre en images nos souvenirs. On est autodidactes et avec le temps c'est vrai qu'on prend de plus en plus de plaisir à créer !

 Nos voyages sont toujours reliés à ce qu'on aime, ce qui nous anime. 

Vous avez sorti votre livre « Van trips en Europe » en décembre dernier. Peut-on dire que c'est la suite logique de ce partage ?

L.R. : Je me rappellerai toute ma vie, c'est un peu cliché mais durant notre voyage en Nouvelle-Zélande, on était sur l'une des plus belles routes et on s'est dit « Imagine… si tout ça prend de l'ampleur et qu'un jour on arrive à créer un livre ? ». Et j'ai gardé ce rêve au fond de moi. Depuis deux ans, on publie des guides en ebooks sur leur blog pour inspirer les gens dans leurs road trips. Mais il manquait quelque chose d'un peu plus concret, le livre c'est totalement différent parce qu'il y a de la matière, du toucher. En janvier 2025, la maison d'édition Hachette nous a contactés pour nous proposer cette idée parce qu'ils nous suivaient sur les réseaux sociaux. On a dit oui direct !

V.B. : La proposition d'Hachette nous a confortés dans notre idée de sortir un projet qui retraçait notre road trip en Europe débuté en 2022. Mais ce n'était pas gagné : leur objectif c'était de sortir le livre pour Noël 2025. Alors pendant un an, on a bûché dessus… C'est un plaisir pour nous de l'avoir, mais aussi de voir comment nos abonnés l'ont accueilli, et plus largement les voyageurs passionnés de road trip en van.

Comment s'est déroulée sa conception ?

V.B. : On a cherché à concevoir un guide qui soit pratique et facilement lisible, avec peu de texte et beaucoup de visuels. À chaque chapitre, il y a une destination qui se déroule dans un itinéraire sur plusieurs jours. Les programmes que nous avons imaginés peuvent être faits soit jour après jour comme dans le livre, soit être modifiés en les réalisant sur plusieurs jours ou en les inversant. Nous avons aussi intégré des QR codes pour rediriger les voyageurs vers une carte interactive pour qu'ils aient leur périple sur leur téléphone et suivre les points d'intérêt plus facilement en fonction des étapes. Il peut vraiment être utilisé par tout type de voyageurs et tout type de véhicule, que ça soit un van ou un camping-car, une moto, une voiture de collection ou à vélo.

L.R. : Le livre a été écrit quand on était en Finlande, sur les routes en Europe, mais surtout aux États-Unis. Je me rappelle encore Val, sur son petit fauteuil à son bureau improvisé pour l'occasion, dans la chaleur du désert américain ou dans le froid en Islande parce qu'on n'avait pas de place dans le 4x4 aménagé que nous avions loué. On devait parfois aller dans des cafés pour continuer à rédiger les chapitres, parce qu'on n'avait plus d'électricité à cause des batteries auxiliaires. Nos abonnés l'ont très bien accueilli, nous sommes très contents. On reçoit régulièrement leurs photos, nos familles à Noël nous ont même demandé des autographes. (rires) Tous ont adoré et il y en a plein qui s'en doutaient, pour eux c'était une suite logique. Aujourd'hui on cherche à casser ce côté « écran et fictif », et grâce au livre on va pouvoir partir à leur rencontre et faire plus de festivals de vans par exemple.

Justement, vous avez accepté d'être jurys pour la Bourse aux projets Vol.2 par AXA Passion. Qu'est-ce qui vous a poussés à accepter ?

L.R. : On trouve ça génial, ça nous rappelle nos débuts, quand on aurait voulu avoir un peu d'aide pour la création de notre petit van Manou, on était un peu perdus et on n'avait pas forcément de budget. Pouvoir aider quelqu'un à réaliser son rêve, on trouve ça trop bien ! Nous, toute notre vie est basée sur le fait qu'on avait des rêves qu'on a suivis et qu'aujourd'hui on arrive à réaliser au fur et à mesure. Ça nous porte de faire partie du jury et d'aller à la rencontre d'autres passionnés.

V.B. : On est passionnés par ce qu'on fait, donc c'est vrai que c'est un lien fort avec la place que ça a au quotidien, et peu importe les projets de chacun. Que ce soit dans le monde du voyage, de la moto, ou de la course au large… Je pense qu'une personne passionnée, c'est une personne qui s'émancipe à fond.

L.R. : Aujourd'hui, on vit notre passion quasiment à l'année grâce à notre van aménagé. C'est venu d'un mini rêve d'ado ou de jeune adulte, quand tu te dis « J'aimerais trop essayer la vanlife ! » On est juste parti d'une idée de petit, quand on joue dans une cabane, et maintenant de se dire qu'on a une cabane qui roule et un jardin qui change tous les jours, c'est gratifiant…

On a une cabane qui roule et un jardin qui change tous les jours.

Pour conclure, avec les beaux jours qui arrivent, avez-vous un itinéraire à conseiller à nos lecteurs ?

L.R. : La France regorge de paysages plus divers les uns des autres ! La Dordogne, l'Ardèche ou même les Pyrénées au printemps c'est très beau et il est possible de voyager en deux-roues, voitures de collection ou camping-cars.

V.B. : La montagne, ça peut être beau au niveau des cols, avec des vues sur les paysages immenses. L'Auvergne par exemple, qui est surnommée le petit Canada français, avec les différents Puys comme le Puy Mary. Ou encore tous ses lacs, comme le lac de Guéry : paisible au milieu de nulle part et convoité par les pêcheurs du coin, il y a même une boucle de randonnée qui part du lac et dure environ 1h30.

L.R. : Et en Europe, il y a les îles Lofoten en Norvège et aussi la Wild Atlantic Way en Irlande. Vous pourrez découvrir dans les pages de CAP' Passion un bout de notre périple irlandais ou dans notre livre.

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1 Interrail est une offre de pass qui permet de voyager dans 33 pays en Europe et limitrophes, avec un seul billet de train valable 1 mois.

Visuels : © Lilia Renault et Valentin Bastard / © Instagram : @lilia_rt Tous droits réservés