Et si on louait sa moto ?
Publié le 19/02/2026• Par Thierry Traccan (Moto Revue)
Si en automobile la location revêt dans l'immense majorité des cas un aspect uniquement pratique, porté par la seule nécessité de se déplacer, la location moto poursuit le plus souvent d'autres objectifs, guidés par la passion qui anime ses pratiquants.

On le sait tous, la moto, bien plus que l'automobile, est une pratique qui engage. Pas de carrosserie pour protéger sa peau, pas de confort ouaté quand il s'agit d'affronter le froid, la pluie, et même le chaud, une commodité – si l'on évoque par exemple la seule capacité de chargement – à cent lieues de celle offerte par l'automobile, autant de caractéristiques qui rendent à priori la moto bien plus accessoire qu'essentielle. Difficile de comprendre alors, en faisant ce seul constat, la logique de ces nouveaux acteurs qui ont décidé de développer une activité commerciale tournée autour de la location de deux-roues motorisés.
Il est vrai que pour une utilisation utilitaire comme on peut l'entendre dans une activité commerciale de loueur, le deux-roues motorisé possède aussi l'avantage de son gabarit. Il lui permet de se faufiler bien mieux que n'importe quelle automobile dans le trafic, et ainsi de gagner un temps précieux. Son empreinte au sol réduite l'autorise aussi à se garer plus facilement en ville, tout en payant un droit de stationnement moindre qu'une voiture, voire même (dans encore beaucoup de villes) à ne rien payer du tout.
L'équation du pour et du contre posé, on en vient alors à la question suivante : la moto pour son pilote serait-elle à la location, ce qu'elle est pour son passager au moto taxi ? Une pratique purement utilitaire synonyme de gain de temps, en ce qu'elle pourfend les embouteillages qui fleurissent autour des aéroports et autres gares ferroviaires. En partie peut être, mais en très petite partie alors ! Car la location, au sens commuting1, seulement guidée par le choix de la praticité, ne constitue pas l'essentiel de l'activité des entreprises de location de moto.
Pourquoi ? Par la limite offerte par les capacités de chargement déjà, par le confort somme toute relatif assuré aussi, par le tarif proposé souvent plus élevé que celui d'une automobile encore. Et puis surtout, parce que les loueurs moto gardent à l'esprit une chose : c'est que pour l'immense majorité des utilisateurs de deux-roues motorisés, la moto même en location s'envisage déjà et avant tout par passion.
Ce n'est pas tant un moyen de locomotion que l'on vient chercher, bien plus un outil d'évasion. Comme en témoigne Jean-Marc Deletang, fondateur de la société envie2rouler : « Notre entreprise ne traite pas de la mobilité ou de la mise à disposition d'un véhicule pour aller d'un point A à un point B, ça c'est vraiment en dernier recours. Nous on s'adresse à des gens qui ont envie de faire de la moto, de s'offrir une escapade avec parfois leur moto rêvée. On leur permet ça. À Paris, par exemple dans notre agence avenue de la Grande Armée, le concessionnaire Honda avec lequel on travaille imaginait mettre à la location des scooters… Je lui ai dit qu'il fallait plutôt proposer des GoldWing, des Africa Twin, des Transalp, parce que l'objectif est de s'adresser à un client qui possède déjà un scooter avec lequel il roule toute la semaine pour des questions pratiques, mais qui le week-end va vouloir louer une grosse moto pour partir en balade en Normandie. C'est ça notre raison d'être ! Il m'a fait confiance, et depuis dans cette agence il y a trois GoldWing (vaisseau amiral d'Honda en matière de routière grand tourisme, NDLR), des Africa Twin, des Transalp etc. Et ça fonctionne. »

L'idée de louer des motos, est venue à Jean-Marc alors qu'il s'était remis aux études, lui qui était à ce moment déjà à la tête de plusieurs concessions motos. « Pour l'anecdote, il y a dix ans je suis reparti à l'école pour faire un master en gestion d'entreprise, car je sentais qu'on était arrivé au bout dans notre secteur d'activité, et qu'il y avait besoin de développer autre chose. J'ai eu la chance parmi les enseignants de rencontrer Paul Martin, une pointure qui avait mené une super carrière dans l'industrie, orchestrant notamment le rachat de Firestone pour Michelin. Un jour il me dit de regarder aux USA ce qu'il se passe dans le marché de la location nautique. En me renseignant, j'ai découvert que pour redynamiser un marché en berne, certains avaient imaginé un système de location extrêmement pertinent et plus flexible. À tel point que les agences de locations se sont substituées aux particuliers qui avant achetaient des bateaux... J'ai eu envie d'essayer de reproduire ça, mais dans la moto, mon domaine. »
« J'en ai parlé aux collaborateurs dans mes magasins de Tours et Blois. L'idée leur a tout de suite plu, c'est comme ça que j'ai créé envie2rouler en 2017. Je me suis adressé à une population que l'on ne touchait plus avec nos concessions. En France, il y a plus d'un million de permis motos dormantes, des gens qui ont leur carton rose mais qui n'ont plus, et donc ne font plus de motos. Et ce quasiment toujours pour des raisons financières : le crédit de la maison, les études des enfants etc. Combien de fois j'ai vu des personnes venir aux magasins juste pour le plaisir de voir des motos, de les toucher. Parce que même sans moto, un motard reste un motard. La moto c'est à vie, même sans moto. Si des particuliers ont envie de faire de la moto, de se balader, de vivre des roadtrips, nous sommes là pour encourager leurs émotions. »
Fondée en 2017, la société comporte aujourd'hui plus de 100 agences en France et au Luxembourg. Quasi toutes adossées à des concessions. « En 2018, on a essayé de travailler avec Europcar qui était demandeur. On a testé, mais on s'est rendu compte que les motos ne se louaient pas comme planifié. En réalité les employés ne les exposaient pas devant les agences, par peur de les faire tomber en les manipulant lors de la sortie, ce qui faisait qu'elles n'étaient pas mises en avant auprès des clients… Ça ne correspondait pas à leur expertise : la moto ça veut aussi dire avoir des équipements, et posséder des connaissances mécaniques. Si tu as une agence de voiture et que tu es passionné de moto, ça fonctionne, mais si tu n'as pas la fibre, ça ne marche pas. Avec nos concessionnaires, on parle le même langage, et c'est pour ça que ça fonctionne et que nous nous développons » poursuit Jean-Marc.
Qu'il s'agisse de location ou de propriété, la question de l'assurance moto reste centrale pour tout motard. Si les loueurs comme envie2rouler incluent une couverture dans leurs prestations, les propriétaires doivent, eux, souscrire leur propre contrat. L'assurance deux-roues est d'ailleurs obligatoire dès lors que le véhicule est immatriculé, même s'il reste au garage. Au-delà de la responsabilité civile imposée par la loi, il est vivement conseillé d'opter pour des garanties complémentaires : vol, incendie, dommages tous accidents, équipements du motard… Des protections d'autant plus importantes lorsque l'on roule sur la moto de ses rêves. Pour les passionnés qui hésitent encore entre l'achat et la location, savoir que l'on peut rouler l'esprit serein grâce à une couverture adaptée constitue souvent le dernier coup de pouce nécessaire pour enfourcher sa machine. N'hésitez pas à faire un devis en ligne et obtenez un tarif d'assurance en 2 min.
En pleine saison la société met 1 000 motos à disposition réparties dans les 100 agences, ce qui représente 24 000 journées de location en cumulé. Un joli succès qui s'explique par une offre attractive, portée par la diversité des marques et des modèles proposés : « Nous avons des contrats avec Honda, Suzuki, Ducati, KTM, BMW, on se rapproche de Kawasaki, on a des bons acteurs avec nous ! Tu t'aperçois qu'en location, tu as besoin d'avoir une offre variée entre les marques, sinon tu n'attires que des clients déjà vaccinés à la marque. Un gars qui rêve de louer une BMW R 1300 GS, on n'arrivera pas à lui louer une Africa Twin à la place. Et on s'attache aux détails : si tu as réservé une Africa Twin rouge sur notre site, tu rouleras bien avec une Africa Twin rouge. » indique encore Jean-Marc.
« Nous avons des objectifs de respect et de sérieux, comme l'obligation pour toutes ces agences de ne proposer aux clients que des motos dédiées à cette activité, en excluant de fait à la location les modèles de démonstration servant dans les magasins aux essais pré-achats. Un portail internet qui permet aussi de filtrer les demandes, et assure au client final de louer le véhicule auquel il peut légalement prétendre, notamment en ce qui concerne les permis A2. Des garde-fous bien pensés et validés par le peu d'accidents enregistrés par l'entreprise. Sur 24 000 journées de location, seules quatre ont fait l'objet d'une déclaration de sinistre. Les autres petits bobos ont été gérés hors déclaration, simplement couverts par les cautions qui varient entre 1 000 et 3 000 € selon les modèles. »

La location comme nouvelle pratique qui s'installe durablement ? Jean-Marc en est convaincu et travaille dans ce sens. « On doit être capable d'aller plus loin, d'être meilleur dans nos propositions, parce que je me dis qu'il y a un trou dans la raquette… Tu t'aperçois qu'il y a une saisonnalité qui est de plus en plus prononcée, avec pour les motards une envie de faire de la moto entre avril et septembre. Après, ils ne veulent plus en entendre parler. Et puis les motos coûtent chères, surtout celles qui les font rêver, mais ils vont être enclin à mettre un peu de côté pour pouvoir louer une moto et s'offrir une bouffée d'oxygène. On travaille donc actuellement sur une proposition de location de cette durée. Le client prendrait sa moto au 1er avril, nous la rendrait fin septembre, sans assurance ni carte grise à payer, sans problématique de garage à gérer pour l'hiver… S'il nous faut encore les affiner, niveau tarif, on tournerait autour de 1 400 € pour une GoldWing (l'achat de ce modèle débute à 35 000 €, NDLR), et environ 500 € pour un roadster de moyenne cylindrée. Si je parviens à mener à bien cette opération, non seulement on va répondre à une vraie demande mais en plus on va mettre un coup de fouet très bénéfique au marché de la moto. »
1 Commuting : terme anglais désignant les trajets domicile-travail.
Visuels : © envie2rouler, Good Motors Agency
