Motoball : gaz au but, le football version moto
Publié le 02/07/2026• Par Thierry Traccan (de Moto Revue)
Cap'PassionDeux-Roues
Pour les footballeurs de l'OM, l'ambition est de courir « droit au but ». En Motoball, discipline qui comme son nom l'indique, mixe le football et la moto, on parlera plutôt de « gaz au but ». Un raccourci sémantique que ces pilotes de grande dextérité empruntent, au propre comme au figuré, pour filer poignée dans le coin vers la cage du gardien adverse. Chaussez votre casque plutôt que vos crampons, le Motoball, ça dépote sévère !
Un sport spectaculaire s'il en est, mais qui passe pourtant sous l'essentiel des radars. Ceux des médias généralistes, mais également sous ceux de la presse spécialisée ou sportive. Méconnu du grand public, il attire pourtant les foules dans certains coins de France où on le vit intensément. « Lors du match d'avril, entre Troyes et Neuville-de-Poitou, qui représente l'affiche phare du championnat, il y avait 5 000 spectateurs au stade. C'est un sport qui attire les familles entières : mamans, enfants, grands-mères, vraiment tout le monde ! Dans les villes qui ont gardé la tradition du Motoball, les gens sont fidèles et attachés à la discipline. C'est toujours très populaire. », nous explique Claude Sabourin, ex-président de Neuville-de-Poitou. Il est aujourd'hui à la tête de la commission de Motoball au sein de la Fédération Française de Moto (FFM).
En France, le Motoball représente un millier de licenciés auprès de la FFM, sur les plus de 100 000 licenciés, toutes disciplines motocyclistes confondues. La discipline regroupe treize clubs, souvent composés de quatre ou cinq équipes. Une sorte de grande tribu peuplée d'irréductibles, qu'ils soient pratiquants, encadrants, ou spectateurs. Une communauté attirée par ce sport à la fois motocycliste et de ballon. C'est ce qui fait tout le sel de ce sport selon Claude Sabourin : « Le Motoball, c'est tout simplement du Football sur motos. Et les actions, il n'y en a pas une identique. Donc c'est captivant pour les spectateurs, il y a du suspense, et comme pour le Foot, on y vient pour soutenir son équipe. La moto et les autres disciplines, comme le Motocross par exemple, au bout d'un moment, une fois que les écarts sont faits, ça tourne en rond. En Motoball, il n'y a pas un match qui se ressemble ». Des contacts parfois virils, sur des stades où un béton recouvert d'une mince pellicule de sable a remplacé le gazon. Mais une ambiance bon enfant dans des tribunes remplies.
Voilà l'équilibre maîtrisé qui explique le succès d'une discipline qui nécessite de solides ressources pour exister. « Il y a un vrai modèle économique à trouver, parce que c'est un sport mécanique, et que ça coûte cher. Surtout en ce moment avec de longs déplacements quand on joue au niveau national. À Neuville-de-Poitou, club où j'ai été joueur, puis président, nous avons des partenaires privés mais aussi des subventions grâce aux collectivités. Il y a du merchandising autour de l'équipe avec la vente de maillots, et puis les entrées le soir des matchs pour accéder au stade, la vente de nourriture et les buvettes. Un stade avec une jauge pleine, c'est 5 000 spectateurs et les ventes dérivées qui les accompagnent, soit une recette d'environ 30 000 € possible par match.
C'est une somme, mais qui se réinvestit vite. Le budget annuel d'un club comme celui de Neuville, c'est un peu plus de 600 000 €. Pour des plus petits clubs, avec de plus petites structures, moins d'équipes, moins de matériel, pas d'école de formation, on sera plus proche des 150 000 €. À Neuville, on fonctionne comme une entreprise, il faut de vraies qualités de gestionnaire, et une volonté de toujours aller de l'avant », indique Claude Sabourin.
Certaines collectivités publiques supportent aussi cette pratique. Un fait à souligner dans une époque où la bien-pensance les invite le plus souvent à se détourner des sports mécaniques. Mais le bon sens conjugué à la réalité de la vie des terroirs encourage naturellement ces soutiens, à chacun de faire en sorte de prendre sa part pour fonctionner en bonne intelligence entre les clubs et les riverains qui ne sont pas forcément férus de Motoball. Comme le précise Claude Sabourin : « Sur notre parc de cinquante-cinq machines, nous en avons dix-huit qui sont des modèles électriques. Des motos françaises de chez Electric Motion. On tend à aller vers cette technologie qui évacue les problématiques de nuisances sonores, car la plupart des stades sont en ville. L'électrique permettra de pouvoir s'entraîner plus. Actuellement, en pleine saison, on ne s'entraîne qu'une fois avec nos motos thermiques pour limiter les nuisances sonores ». Reste que le jour des matchs, le bruit libéré par les 250 TM 2-temps, participe aussi au spectacle.
Des motos préparées et entretenues par les six mécaniciens bénévoles du club de Neuville. Des modèles que les pilotes Élite garderont pour un maximum de deux saisons avant d'être renouvelées. Comparé aux modèles d'origine issus des modèles cross et enduro de la marque italienne, les machines de Motoball bénéficient d'une préparation spécifique visant à durcir les suspensions au point de quasiment les figer. L'objectif étant de limiter au maximum les transferts de masses à l'accélération comme au freinage. Quant au confort, c'est un point volontairement négligé et dont l'efficacité dépend de la mousse de selle et de la souplesse pneumatique induite par une pression descendue à 400 g (pour plus de grip). Des protections de chaîne et de disques de frein sont adoptées. Un arceau métallique est soudé devant le moteur pour coincer et guider la balle. Et on retrouve une pédale de frein de chaque côté, pour pouvoir freiner quel que soit le pied mobilisé. Dans cette même logique, le passage des vitesses ne se fait pas au pied, mais au guidon. Au final, le coût de la préparation estimée à 300 € est dérisoire, mais reste à ajouter aux 9 000 € environ du prix d'achat de la moto.
Sur la dalle de béton, les huit joueurs de champ1, obligatoirement juchés sur leur moto, s'affrontent le temps de la partie. Dans les cages, les gardiens sont à pied. En Motoball comme en Football, il y a des règles. Pas de hors-jeu, mais l'interdiction formelle pour un joueur de récupérer le ballon dans son camp et de filer seul vers le but adverse. Ceci pour limiter la vitesse de pointe, pour réduire les risques de collisions et favoriser le jeu. Une passe à minima dans la partie de son terrain est imposée aux joueurs, avant de partir à l'abordage du but adverse.
Une autre règle interdit à tout joueur de champ, de pénétrer dans la surface de hors-jeu, située juste devant la cage du gardien adverse. Une sorte de no man's land impénétrable, en tout cas théoriquement, comme le stipule le règlement... Imaginez, la tête du pauvre gardien quand, l'escadrille de l'équipe adverse plonge en piqué vers sa position, lancée sur des 250 TM 2-temps rageurs, à plus de 70 km/h ! Un moment de solitude on l'imagine, surtout quand leurs pieds armés de bottes s'apprêtent à frapper un lourd ballon de plus d'1 kg, et une circonférence comprise entre 119 et 126 cm. Transformant cette boule de cuir en un redoutable projectile contre lequel il ne faut opposer, ni poignets un peu lâches, ni aucune dent, au risque de se faire bien mal.
Cette saison encore, huit équipes composent la « Ligue 1 » du Championnat (Élite 1, NDLR), avec les deux épouvantails que sont le Suma de Troyes et le MBCN de Neuville de Poitou. Et qui se partagent avec autant de gourmandise, que de frénésie, les titres depuis des années. Durant tout le Championnat qui s'étire de la fin du mois de mars jusqu'au début du mois d'octobre, les avalanches de buts vont s'enchaîner, comme les actions épiques.
Un sport engagé et engageant qui offre le plus clair du temps un sacré spectacle. Alors si vous en avez l'occasion, que vous soyez férus de sports mécaniques ou de Football, et même si vous êtes simplement curieux, on ne peut que vous encourager à aller découvrir cette discipline ô combien spectaculaire. En cette année de Coupe du Monde de la FIFA, pas besoin d'aller aux USA pour profiter du ballon rond ! Avec le Motoball, côté spectacle, c'est l'Amérique qui s'offre à vous...
L'histoire du Motoball, de 1923 à aujourd'hui
C'est en Angleterre, dès septembre 1923, que l'on retrouve des références du premier match de Motoball. Une discipline qui rencontra immédiatement le succès, au point de rapidement s'exporter et de devenir, dès les années 30. Elle devient phare en France à l'époque avec des villes comme Dijon, Saint-Étienne, Nice, Nevers, Avignon ou Carpentras.
Si au départ les matchs se jouent à six, et la cylindrée des motos est plus ou moins libre, dans les années 50 on en vient à normer les choses. Limitant les joueurs de champ à quatre (plus un gardien de but), les motos à 250 cm³, découpant la durée des matchs en quatre ¼ temps de 20 minutes (deux fois 25 minutes précédemment), et remettant dès 1966 le gardien sur ses jambes plutôt que sur ses roues.
Si la mainmise mondiale sur la discipline est à mettre au crédit des Russes, l'équipe de France se classe dans les trois premières nations. Surtout, depuis la guerre en Ukraine, étant donné que la Russie ne peut plus concourir. C'est désormais la France et l'Allemagne qui se partagent les lauriers sur la scène européenne, lors du Championnat d'Europe des Nations (CEN) organisé par la Fédération Internationale de Motocyclisme (FIM).
Dans l'hexagone, sportivement le Motoball s'articule autour de trois Championnats : Élite 1, Élite 2 et U18. Élite 1 regroupe les huit meilleures équipes de France, et Élite 2 compte sept équipes. En fin de saison, le système de montées et descentes fait que la dernière équipe d'Élite 1 passe première en Élite 2, et que la première d'Élite 2 devient la dernière Élite 1 pour l'année suivante. Quant à U18, ce sont onze équipes, réservées aux moins de 18 ans.
Comment se joue un match de Motoball ?
Chaque équipe compte quatre joueurs de champ sur des motos et un gardien de but à pied. La progression du ballon se fait au pied sur l'ensemble du terrain, excepté dans la zone de hors-jeu. Celle-ci entoure la cage du gardien (7,42 m de large, 2,44 m de haut, et une profondeur d'environ 5,5 m) et aucune moto ne peut y pénétrer, le gardien lui n'a pas le droit d'en sortir. La surface du terrain est similaire à celui au Football : avec une longueur comprise entre 85 et 110 mètres, et une largeur comprise entre 45 à 75 mètres.
La partie est découpée en quatre ¼ temps de 20 minutes, chacun espacé par 10 minutes de pause. Comme au Football, est déclarée vainqueure, l'équipe qui aura mis au moins un but de plus que l'équipe adverse, à la fin du temps réglementaire ou après les prolongations.
Deux arbitres à pied et postés chacun dans une partie de terrain, ont la charge de faire respecter le règlement. En fonction des fautes commises et de l'endroit sur le terrain, comme au Football, coup-francs et penaltys sont accordés, avec la possibilité de mettre des cartons pour accompagner la sanction.
Quatre cartons existent : le vert pour une sortie de 5 minutes avec remplacement, le jaune pour une sortie de 5 minutes sans remplacement, le bleu avec expulsion du joueur et remplacement autorisé au bout de 5 minutes, et le rouge qui expulse aussi un joueur mais sans son remplacement.
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1 Les joueurs de champ sont les joueurs sur le terrain et à moto. À différencier du gardien qui reste cantonné dans sa surface.
