Shorty Rider : des bottes pensées par et pour les motardes

Publié le 24/07/2026 Par Katia Saighi

Cap'Passion

Passionnée de moto depuis l’adolescence, Eugénie Roca trace sa route à sa manière. Avec sa marque Shorty Rider, elle transforme un problème vécu par de nombreuses motardes en une solution concrète. Elle revient sur son parcours, sa pratique de la moto et son engagement pour un équipement plus inclusif.

Eugénie Roca et Marine Fondin, cofondatrices de Shorty Rider.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre lien avec la moto ?

J’ai commencé la moto très jeune, vers 14 ans en pleine montagne dans les Pyrénées-Orientales où ma 50cc était le seul moyen de me déplacer. Dans mon groupe d’amis, j’étais la seule fille, entourée de garçons passionnés de moto et de rugby. Pour mes études, je suis partie ailleurs et j’ai un peu laissé tomber le deux-roues parce que je n’avais pas l’occasion de rouler mais ça me manquait.

Quelle est votre pratique de la moto ?

Depuis l’obtention de mon permis moto en 2018, je roule régulièrement, moins depuis ces quatre dernières années puisque je travaille à domicile, car je ne l’utilise plus pour aller au travail. Elle fait néanmoins toujours partie intégrante de ma vie. Mon copain, qui est passionné, m’a véritablement fait découvrir cet univers.

Je roule actuellement sur une sportive, une Ducati Panigale V4 S modèle 2025. En hiver je roule peu et elle reste en hivernage. Je pratique essentiellement pendant les beaux jours et je suis une adepte de la piste. Comme beaucoup, la moto est avant tout un plaisir.

Vous êtes présente sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme patufeta_bike. Quel rôle jouent-ils dans votre quotidien ?

Je crée des vidéos depuis l’âge de 10 ans, ce qui m’a naturellement menée vers le cinéma et l’audiovisuel. C’est mon copain qui m’a encouragée à me lancer sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, ils occupent une place importante dans mon quotidien car la création de contenu demande beaucoup de temps et de réflexion. Ma communauté grandit chaque jour et j’en suis épanouie. Même si je ne me considère pas comme une influenceuse, je collabore avec certaines marques.

Pour moi, c’était essentiel que ces bottes soient pensées par des motardes, pour des motardes.

Sur ma chaîne YouTube, je propose notamment des comparatifs moto, comme celui des KTM Super Duke. C’est un format que je vais développer avec la marque Ducati car la communauté y est très attachée. Avec mes 270 000 abonnés, j’essaie de maintenir une relation simple et sincère. On n’a pas tous les mêmes motos ni les mêmes pratiques, mais nous partageons une passion commune et cette sensation de liberté propre à la moto. J’aime partager mon expérience et mon quotidien et constater que beaucoup de personnes s’y reconnaissent.

Vous avez créé Shorty Rider, une marque de bottes de moto. Pouvez-vous nous raconter la genèse de sa création ?

L’idée est née il y a environ quatre ans, à partir d’un problème très concret que je rencontrais moi-même car je mesure 1,58 m. J’avais essayé des bottes à talon pour gagner en hauteur, mais à moto, la pointe du pied ne touche pas le sol.

Comme beaucoup de femmes, je faisais alors rabaisser mes motos ou je cherchais des solutions adaptées à ma taille. J’ai notamment testé des baskets à semelles rehaussées, efficaces mais peu sécurisées... Donc je me suis dit : il faut que j’invente une botte avec une semelle rehaussée pour qu’on puisse gagner en stabilité tout en prenant quelques centimètres. J’en ai parlé autour de moi, j’ai fait une étude de marché, lancé des sondages auprès de motardes et les retours ont été immédiats.

Le projet a réellement pris forme lorsque j’ai rencontré Marine Fondin lors d’un rassemblement moto. Designer industriel et motarde, elle rencontrait exactement les mêmes problématiques. Pour moi, c’était essentiel que ces bottes soient pensées par des motardes, pour des motardes. De mon côté, je me suis penchée sur la fabrication, en tenant absolument à produire en Europe, notamment au Portugal. Après deux ans de travail, nous avons présenté un premier prototype au salon du 2 Roues de Lyon en 2026.

Le lancement des bottes Rise Queen 001 s’est fait via une prévente sur la plateforme Ulule. Nous avons même dépassé notre objectif initial de 100 préventes pour atteindre 115. Ces précommandes servent à financer les moules de la semelle, qui représentent un investissement important.

Les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant. Avec une communauté de 270 000 personnes, la mobilisation a été immédiate. Sans eux, le projet n’aurait clairement pas vu le jour. C’est un sujet qui concerne aussi bien les femmes que les hommes. Beaucoup ont acheté les bottes pour leur compagne, leur mère ou leur sœur.

Aujourd’hui, je pense qu’on ne devrait plus avoir à rabaisser une moto. C’est une intervention qui impacte l’équilibre et les suspensions. L’équipement rehaussant est une solution plus simple, plus accessible et utilisable sur toutes les motos.

Présentation du premier modèle de la botte lors du salon du 2 roues de Lyon 2026.

La moto est perçue comme un univers très masculin. Comment vivez-vous votre place en tant que femme dans ce milieu ?

Quand j’ai commencé la moto en 2018, il y avait moins de femmes qu’aujourd’hui. Maintenant, les femmes sont de plus en plus nombreuses à passer le permis moto et je trouve ça génial.

Je n’ai jamais eu de difficulté particulière, car j’ai toujours évolué dans des milieux très masculins. Dans la moto, c’est parfois quitte ou double : soit on est chouchoutée, soit on peut être critiquée. Mais honnêtement, dans mon expérience, les femmes suscitent surtout de l’admiration et de la curiosité, bien plus que des remarques négatives. J’ai eu une seule mauvaise expérience lors de l’obtention de mon permis A et de mon changement de moto. Un vendeur a essayé de me décourager en prétendant que je ne pouvais pas choisir une moto plus puissante et que ce n’était pas fait pour moi. Heureusement, je sais ce que je veux et ce que je vaux. Par ailleurs, j’ai la chance d’être bien entourée et soutenue. Aujourd’hui, je peux dire que les femmes ont totalement leur place dans la moto.

Mon projet de bottes s’inscrit dans une évolution des mentalités. Pendant longtemps, l’équipement des femmes était limité et peu adapté. Aujourd’hui, les mentalités changent, les marques commencent à suivre, et il y a un vrai besoin. Beaucoup de moto-écoles m’ont contactée et seraient intéressées pour faire des partenariats. Le but, c’est aussi de dire aux femmes : « Vous pouvez rouler et vous avez aussi votre place. »

À l’origine, Shorty Rider est pensé pour les femmes, mais des hommes s’y intéressent également. Comment l’expliquez-vous ?

On parle souvent de la taille des femmes, parce qu’en moyenne, elles sont plus petites que les hommes, c’est un fait. Mais dès le début du projet, je savais que je ferais aussi un modèle homme. Quand j’ai sorti le modèle femme, le développement d’un modèle homme l’année suivante était déjà prévu. Dès le lancement, j’ai d’ailleurs eu beaucoup de retours d’hommes qui me disaient : « Et nous ? Parce qu’on galère aussi... ». Ce n’est pas uniquement une question de genre, mais de morphologie et de type de moto. Les motos sont de plus en plus hautes, notamment les trails. J’ai rencontré plusieurs hommes qui m’ont exposé leurs difficultés notamment lors du salon du 2 Roues de Lyon. La problématique est plus que réelle pour les hommes de moins d’1,70 m qui se retrouvent sur la pointe des pieds et en difficulté à l’arrêt. Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, même des hommes d’1,75 m voire 1,80 m m’ont précisé qu’un modèle homme les intéresserait.

J’ai même eu des demandes pour des enfants, car eux aussi peuvent rencontrer des difficultés selon la moto. Dès le départ, le projet a donc été pensé de manière évolutive. Le modèle femme restera spécifique, notamment esthétiquement. Le modèle homme, prévu ensuite, sera plus de type ranger, mais toujours avec une semelle rehaussée. Finalement, le produit a une portée assez universelle.

Plus largement, j’aimerais également développer des accessoires de moto plus inclusifs, adaptés à toutes les morphologies. Aujourd’hui, certaines personnes ne trouvent pas d’équipement qui leur va vraiment et roulent avec du matériel non homologué, ce qui est dangereux. Avec Shorty Rider, l’idée est de proposer des équipements mieux adaptés, sans passer par du sur-mesure. C’est une vraie continuité du projet des bottes.

Quelles sont vos prochaines actualités ?

Concernant Shorty Rider, la prochaine étape est le prototype final. Il va d’abord être homologué, puis testé. Une fois toutes ces phases terminées, les bottes seront envoyées aux acheteurs qui ont précommandé, normalement autour de juillet 2026. Ensuite, à la fin de l’été, elles seront disponibles à la vente sur le site internet Shorty Rider, avant d’envisager une distribution en boutique. L’objectif est qu’à la fin de l’année, le produit commence également à être distribué en magasins physiques. En parallèle, on va réfléchir au développement de petits accessoires, pour proposer d’autres produits et commencer à travailler sur le modèle homme.

En parallèle, je fais beaucoup de sessions sur piste, que j’aime particulièrement filmer et partager avec ma communauté. Je collabore régulièrement avec la marque Ducati, qui me prête souvent des motos pour réaliser des comparatifs. Cela me permet de créer de nombreux contenus, notamment des vidéos YouTube que je partage sur mes réseaux sociaux via mon compte patufeta_bike.

Les caractéristiques des bottes Shorty Rider

  • Semelle rehaussée de 5 cm
  • Renforts aux malléoles
  • Sous-pied antidérapant
  • Haute résistance à l’abrasion
  • Certifiée norme NF EN 13634
  • Cuir de qualité
  • Extérieur déperlant
  • Bande réfléchissante pour une meilleure visibilité nocturne

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site shorty-rider.com.

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Visuels : © Eugénie Roca, XISRAW