Objectif 150 km/h à la voile ! Syroco : l’innovation par l’exploit pionnier

11/08/2022

Alex Caizergues, champion du monde de kitesurf de vitesse et recordman de vitesse sur l’eau, a créé Syroco, une entreprise focalisée sur la transition écologique du transport maritime. Aujourd’hui toute la structure travaille sur un « moonshot » : dépasser les 150km/h sur l’eau et à la voile !

Mettre tout en œuvre pour créer un exploit est un bon moyen pour sortir des sentiers battus et se faire connaitre. C’est en tout cas la ligne de conduite d’Alex Caizergues. La mission qu’ils se sont donnés, lui et son équipe, est de développer de ce que l’on nomme l’innovation de rupture pour aider à la transition énergétique. Ils sont une vingtaine de personnes réunies au sein de Syroco et travaillent pour déployer de nouveaux outils et de nouvelles méthodes pour accélérer la transition écologique du transport maritime. Pour ce faire, rien de tel que de travailler sur un record pour aller toujours plus loin dans la recherche et la modélisation de nouvelles solutions.

Alex, le fils de Philippe Caizergues, un des pionniers des runners en planche à voile dans les années 80, est un kitesurfeur d’exception. Il est notamment détenteur de quatre titres de champion du monde de vitesse et fut le premier à dépasser la barre mythique des 100 km/h sur l’eau, fin 2010. Il a amélioré six fois le record du monde de vitesse en kitesurf en accrochant 57,97 nœuds (107,36 km/h) en 2017. Bref, la vitesse en kitesurf, c’est son jardin !

Pour ce qui est du record absolu de vitesse à la voile sur l’eau, pour l’instant, c’est l’australien Paul Larsen qui le détient à 121 km/h avec son improbable Vestas Sailrocket.

Une aventure humaine depuis 2019

Alex Caizergues nous explique : « Syroco, c’est d’abord une aventure humaine formidable lancée en 2019 à Marseille. On a assemblé une équipe technique de très haut niveau capable de relever un défi fou, celui d’atteindre 150 km/h propulsé à la seule force du vent. C’est également une aventure technologique puisque pour atteindre notre objectif, nous allons être obligés d’innover, de trouver des solutions techniques, de développer un vrai savoir-faire. Et parce que nous sommes toutes et tous chez Syroco passionnés par la Mer, toute cette innovation nous voulons la mettre au service de la transition énergétique du transport maritime. En bref, Syroco c’est un projet formidable, dans lequel je me suis lancé à 100% et avec lequel on pense qu’on va pouvoir (un peu) changer le monde ! »

Changer le monde, en tous les cas celui du transport maritime ! C’est en fait à cela que servent toutes les recherches et innovations qu’implique le record. La technologie en matière de modélisation fait partie notamment des axes fondateurs pour trouver les futures voies. De nombreuses structures travaillent dans le monde entier pour utiliser la force vélique au profit de ces monstres des mers dont le bilan carbone n’est pas franchement au top, mais souvent en utilisant des systèmes et des modèles qui ont fait leur temps. Chez Syroco, on veut croire que tous les champs des possibles technologiques sont ouverts puisqu’en cinquante ans, le domaine du transport maritime n’a quasiment pas évolué.

La solution de Syroco est innovante telle que nous l’explique Olivier Taillard, le directeur des nouvelles technologies : « Tous les bateaux à voiles fonctionnent à peu près de la même façon. C’est à dire en luttant contre l’eau et en utilisant le vent comme moteur. De notre côté, nous avons une approche très différente du concept de l’alignement des forces et on arrive à quelque chose d’extrêmement simple. On a réduit l’engin à sa plus simple expression et c’est ce qui nous semble être le plus efficace sur l’eau. Mais c’est aussi ce qui demande le plus de contrôle et le plus de recherche parce que c’est quelque chose de nouveau. »

Si on prend l’exemple d’un catamaran, lorsque la force du vent augmente de plus en plus, à un moment, le bateau va se retourner. Cela correspond à sa limite de puissance maximum. Chez Syroco, on veut s’affranchir de cette limite. Pour ce faire, il utilise une nacelle, sorte de suppositoire aérodynamique équipé d’un foil. Dans ce contexte, les ingénieurs inversent la force du foil qui ne se soulève plus comme un foil traditionnel mais au contraire tire l’engin vers le fond d’une force égale à la traction du vent, ainsi les deux forces s’alignent.

« Nous avons défini une géométrie qui va générer de la vapeur en augmentant la vélocité du flux autour du foil. Nous ne pouvons pas éviter la cavitation donc ce que nous avons imaginé c’est de l’utiliser en régime permanent pour que le run soit bien stable et ainsi bénéficier de cet effet pour diminuer les frottements sur la surface du foil » indique Catherine Ramirez Villalba, l’ingénieure structure & simulation de Syroco.

Si le projet ne peut finalement aboutir qu’en 2023, la structure marseillaise travaille beaucoup sur la modélisation de son engin comme elle le fait d’ailleurs pour l’ensemble des bateaux de commerce sur lesquels l’utilisation du vent est une source alternative aux motorisations classiques. Il existe une version 1/3 qui navigue ou plutôt vole régulièrement en rade de Marseille depuis 2021. Les recherches se portent essentiellement sur le contrôle d’altitude de la nacelle pour obtenir le vol le plus stable possible. Si aujourd’hui, ces vols se font tracter depuis un pneumatique équipé d’un mât de 5m de haut qui permet de simuler l’angle de traction de la futur voile de kite, le but dans les prochains mois est de remplacer le bateau tracteur par une véritable aile de kite.

Par Igor Biétry | Visuels : ©Syroco

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