Rénovation de voitures anciennes : un savoir-faire en héritage
Publié le 29/06/2026
Cap'PassionCollection
Au-delà de la passion, les véhicules anciens représentent un patrimoine à préserver et à transmettre. C’est le pari que relève Laurent Lefebvre, gérant de deux entreprises complémentaires : d’un côté LL Classic Cars, spécialisée dans la vente de voitures de collection très haut de gamme, et de l’autre l’Atelier des Coteaux, référence mondiale de la restauration d’anciennes.

L’Atelier des Coteaux : rénovations et sur mesure
Pouvez-vous nous raconter la création de l’Atelier ?
Je suis la troisième génération de ma famille à exercer cette activité. Tout a commencé avec mon grand-père, qui a ouvert son premier garage à l’âge de 24 ans. Mon père a commencé à travailler avec lui dès l’âge de 13 ans. Quant à moi, j’ai grandi dans cet univers dès mon plus jeune âge, bercé par les effluves d’essence et de cuir.
À l’origine, c’était un petit garage intégré à la maison familiale, en région parisienne. Au fil du temps, les structures se sont agrandies. Dans chacun de nos garages, il y a toujours eu un pôle dédié à la restauration de véhicules anciens, car l’ADN de notre famille a toujours été la préservation du patrimoine automobile. Pourtant à l’époque, ce n’était pas à la mode et les voitures n’avaient pas autant de valeur qu’aujourd’hui. Mais mon père s’efforçait de les maintenir en état de fonctionnement, avec les moyens disponibles, et qui étaient très différents de ceux dont nous disposons aujourd’hui.
Vers la fin des années 1980, avec l’arrivée des premiers véhicules électroniques, il a décidé de se consacrer uniquement aux voitures anciennes. Au début des années 1990, il a créé une structure entièrement dédiée à leur restauration. C’est à cette période que les réglementations sont devenues plus strictes, rendant la gestion d’un garage plus complexe. Notamment en raison des produits polluants utilisés pour la carrosserie. Les peintures d’alors étaient beaucoup plus solvantées qu’aujourd’hui. Ces contraintes ont conduit mon père à s’installer dans l’Aisne (Hauts-de-France), à quelques kilomètres du site actuel de l’Atelier des Coteaux. Et moi, j’ai repris les clés de l’entreprise fin 2025.
Pourquoi était-ce évident pour vous de reprendre le relais de l’histoire familiale ?
Cela n’a jamais vraiment été une question pour moi. Il y a dix ans, j’ai fondé la société LL Classic Cars, basée au Luxembourg et spécialisée dans la vente de voitures de collection très haut de gamme. Mon objectif initial était de créer cette structure commerciale en complément de l’Atelier des Coteaux, pour proposer une offre complète à nos clients, allant de la restauration (via l’Atelier des Coteaux) à la vente (via LL Classic Cars), et pouvoir être leur unique interlocuteur du début à la fin.
Pouvez-vous nous présenter l’Atelier des Coteaux ?
Aujourd’hui, c’est l’un des plus grands ateliers de restauration en Europe, avec une superficie d’environ 6 000 m². L’atelier couvre en interne l’intégralité des métiers de la restauration. Tout le processus est réalisé sur place, à l’exception de deux postes que nous externalisons : le chromage en raison de sa nature chimique, et la rectification des moteurs qui est confiée à un spécialiste. Ce sont des savoir-faire très spécifiques qui nécessitent des machines et une expertise particulière.

Quels sont les différents métiers de votre atelier de rénovations ?
L’Atelier regroupe plusieurs grands métiers portés par une équipe de quinze salariés. Les principaux pôles sont la mécanique, la carrosserie et la sellerie. Dans le domaine mécanique, nous avons aussi bien des mécaniciens débutants, en charge des petites révisions, que des experts capables de remonter entièrement un moteur et de l’optimiser. Il y a aussi des diagnostiqueurs, capables d’identifier les problématiques d’un véhicule en fonction de son modèle, de son année de fabrication, ou encore de son kilométrage. Sur les voitures analogiques par exemple, une même problématique peut avoir de nombreuses causes différentes. Cela va dépendre de la marque ou du modèle, et c’est là que le savoir-faire de nos experts fait la différence.
C’est la même chose pour la carrosserie. Les compétences vont également du carrossier traditionnel pour les réparations classiques, au tôlier-formeur qui est capable de fabriquer une pièce sur-mesure à partir d’une tôle plate. Il y a aussi des préparateurs en peinture qui interviennent jusqu’à l’application de la couleur, puis des peintres chargés de la mise en peinture et du vernissage. Enfin, il y a le pôle de finition, appelé le pôle « illustré », qui polit la peinture pour obtenir une surface parfaitement brillante. Nous avons également des spécialistes du detailing1 qui apportent aux voitures restaurées une finition esthétique optimale, jusque dans le moindre détail. Il y a aussi des électriciens qui doivent tout démonter pour recréer un faisceau électrique complet, conforme aux spécifications d’origine, tout en utilisant des matériaux modernes, mais selon les méthodes et l’esthétique de l’époque. Parfois, nous faisons également appel à des ébénistes, lorsque nous travaillons sur des voitures dotées d’une structure en bois.
Lorsqu’on aborde une voiture inconnue, il y a plus d’imprévus et de points à anticiper. Chaque projet devient alors un véritable défi.
Quels sont les types de véhicules que vous restaurez principalement ?
Notre réputation repose principalement sur nos restaurations d’Anglaises (Aston Martin, Jaguar ou Austin), mais nous sommes capables de restaurer tout type de véhicule. On cherche toutefois à se spécialiser sur certains modèles afin de maîtriser parfaitement le processus dans le respect du budget et des délais vus avec le client. Lorsqu’on maîtrise un modèle de voiture, après diagnostic, on peut estimer précisément, à l’heure près, le temps de travail nécessaire et le coût global. Au départ, toutes les voitures semblent en bon état, mais une fois décapées, on découvre souvent des volumes de travaux bien plus importants. Lorsqu’on aborde une voiture inconnue, il y a plus d’imprévus et de points à anticiper. Chaque projet devient alors un véritable défi.

Deux mots sur l’assurance Collection d’AXA Passion
Voiture d’avant-guerre, véhicule rétro, ou encore youngtimer… Chez AXA Passion, tout véhicule d’au moins 20 ans est considéré comme une voiture de collection. Vous pouvez dès lors bénéficier de notre réseau national d’experts pour vous conseiller, et trouver la formule la plus adaptée à votre véhicule restauré.
En savoir plus sur nos formules et garantiesLL Classic Cars : achat et vente d’Anciennes
Pouvez-vous parler de votre autre entité ?
Comme j’ai grandi dans le monde des Anciennes, pour moi LL Classic Cars était la suite logique à l’Atelier des Coteaux. Quand je l’ai créé, il y a dix ans, mon objectif était d’être l’unique interlocuteur du début à la fin. Avec cette nouvelle entité, nous pouvons proposer une offre complète à nos clients : de la restauration avec l’Atelier des Coteaux, jusqu’à l’achat-vente de voitures anciennes avec LL Classic Cars.
Cette société spécialisée est basée au Luxembourg, un emplacement stratégique au cœur de l’Europe. Notre showroom de 1 300 m² accueille une cinquantaine de voitures en stock, et offre une gamme très variée aux collectionneurs européens. Des collectionneurs me contactent pour que je trouve une voiture rare qu’ils recherchent ; souvent elle est impossible à trouver sur Internet ou dans les petites annonces. Et à l’inverse, on travaille également pour d’autres passionnés qui souhaitent revendre leurs véhicules d’exception. Pour accéder à des voitures de prestige, notre expertise fait la différence, car nous faisons la passerelle avec le off-market.

Quelle est votre méthode pour trouver ces véhicules introuvables ?
Il n’y a pas de technique en réalité. Tout repose sur l’humain et sur le réseau. Dans les univers du haut-de-gamme, tout se joue avec un réseau de partenaires de confiance. Personnellement, j’ai une maîtrise des voitures anglaises, mais on ne me contacte pas uniquement pour ça. Les gens savent qu’on est présents sur ce marché depuis trois générations et qu’on a bâti un portefeuille au niveau international sur différents modèles. Si un passionné recherche une Bugatti très spécifique, je n’ai que trois personnes dans le monde à appeler. Pour une Ferrari particulière, cinq, et ainsi de suite. En fait, ce réseau de spécialistes est extrêmement compliqué à bâtir ou entretenir. Il ne se maintient que sur la confiance et surtout sur une discrétion absolue.
Si un passionné recherche une Bugatti très spécifique, je n’ai que trois personnes dans le monde à appeler. Pour une Ferrari particulière, cinq…
Comment vous faites-vous connaître auprès de la clientèle ?
Cela se fait de différentes façons. Déjà, l’entreprise existe depuis plusieurs décennies, c’est un énorme travail qui a été fait en amont, qui ne repose pas uniquement sur notre nom et notre notoriété. On doit donc conserver un niveau de qualité constant et surtout le faire savoir. Cela passe notamment par les salons, qui permettent de rencontrer les passionnés, où ils découvrent nos voitures et notre savoir-faire en rénovation. Mais il y a aussi la communication, les réseaux commerciaux, les médias etc. Notre équipe construit des actions dans l’objectif d’assurer une présence qualitative dans le monde entier.


L’avenir du groupement
Quelle est votre clientèle ?
Elle est très internationale, je dirais à 80 % européenne : France, Belgique, Luxembourg, Allemagne, Italie, Espagne principalement. Un peu en Angleterre et un peu le reste du monde. Et ensuite, évidemment, il y a leur capacité financière, nos clients sont des personnes qui ont les moyens de s’acheter les voitures qu’on vend. Et il faut aussi pouvoir s’offrir une restauration complète d’un véhicule qui va prendre 2 000 heures.
Le profil type est large et il s’élargit avec les nouvelles générations d’acquéreurs. Certains sont collectionneurs depuis 50 ans, et viennent avec la génération suivante qui hérite de ce patrimoine et de leur passion. Il y a aussi une nouvelle clientèle, depuis cinq ou six ans, beaucoup plus jeune et avec un réel intérêt pour les voitures de collection. Auprès d’eux, nous réalisons un vrai travail de conseil pour les aider à faire le bon choix.
Voyez-vous aussi des nouvelles tendances qui émergent ?
Ce qu’on voit depuis maintenant 10-15 ans, c’est que les gens sont ouverts aux améliorations. Par exemple, les anciennes ne sont plus forcément totalement adaptées aux usages d’aujourd’hui. Avant dans la société, il n’y avait pas de problèmes d’embouteillages ou de longs trajets. Maintenant votre véhicule ancien va surchauffer s’il se retrouve bloqué dans les embouteillages. Donc on est un peu obligés d’adapter les voitures aux conditions de circulation actuelles. Les clients font aujourd’hui environ 6 000 km par an avec leur voiture, donc évidemment, leur besoin n’est plus le même. On doit donc amener des éléments de confort et de sécurité qui n’étaient pas prévus au départ.
Se pose alors la problématique du fameux Matching Number2 qui garantit l’authenticité d’un véhicule. Pour cela, le véhicule ne doit pas subir de modifications majeures ou de remplacement de pièces provenant d’autres véhicules ou fabriquées plus tard. Cela signifie que les numéros de série des principaux composants, comme le châssis, le moteur et la boîte de vitesses, correspondent à ceux d’origine, qui sont indiqués par le constructeur lors de la fabrication. Sauf que pour améliorer la sécurité, adapter les véhicules anciens pour leur donner accès à la circulation de notre époque et pour éviter la surchauffe, notre Atelier doit modifier les pièces d’origine. Ce qui pose la question de l’authenticité. Grâce à notre expertise, nous avons résolu ce problème à travers nos améliorations sur-mesure. Elles restent néanmoins réversibles, pour pouvoir revenir à l’état initial si le propriétaire le souhaite. Chaque pièce est adaptée, sans toucher aux fixations d’origine, et on rend toujours les pièces d’origine avec la voiture, ce qui permet de garder le Matching Number.

Quels sont les plus gros défis que vous rencontrez au quotidien ?
Ce qui peut être problématique dans le métier de restaurateur, c’est la dépendance aux prestataires externes, car on ne peut pas vraiment maîtriser la qualité si on ne le fait pas soi-même. Avec le temps, et le développement progressif de l’Atelier des Coteaux, on a résolu tous ces défis techniques en intégrant complètement le processus en interne.
Notre vrai défi actuel, c’est le recrutement. C’est d’ailleurs un enjeu critique pour toute entreprise. Il est difficile de trouver des personnes possédant les compétences précises qu’on recherche. On commence par recruter des profils très qualifiés et on les forme afin qu’ils atteignent nos standards, car la restauration automobile est très spécifique. Par exemple, pour une restauration d’une Jaguar Type E, on ne contacte pas Jaguar pour obtenir une pièce d’origine. Ce sont nos tôliers-formeurs qui façonnent eux-mêmes une tôle à la main qui correspond parfaitement à la pièce à remplacer. Ce travail se fait dans le respect des règles de l’art, à l’ancienne, et cela requiert du temps pour former ces artisans. En ce moment, nous sommes activement en recherche de talents pour développer et faire évoluer nos équipes. Il nous manque entre trois et cinq employés, notamment dans les domaines de la mécanique, de la carrosserie et de la sellerie.
Plus globalement, le défi majeur, c’est que le marché de l’automobile s’internationalise et que la demande en Anciennes augmente. Par conséquent, notre ambition est de continuer notre croissance de manière plus internationale.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite restaurer son propre véhicule ancien ?
Le seul conseil que je pourrais donner à quelqu’un qui veut restaurer entièrement son véhicule, c’est de ne pas le faire seul. Si vous faites éventuellement partie d’un Club de passionnés dont l’un des piliers est justement d’accompagner une restauration entre copains, là oui, clairement, vous pouvez vous lancer.
La problématique de la restauration, c’est que les personnes voient ça de façon romantique. Une restauration complète, c’est 100 % de chances d’aller dans le mur. On pense pouvoir facilement s’acheter un véhicule à restaurer, mais ça n’arrive jamais. C’est un métier qui requiert beaucoup de temps et de compétences. Ce que vous imaginez comme budget au départ n’est jamais la réalité, parce qu’il y a des imprévus. Et donc, le projet sympa du départ devient la voiture abandonnée depuis 8 ans, qui prend de la place pour rien dans le garage. Donc c’est rarement un plan qui se finit bien si on souhaite s’y atteler seul. En revanche, si c’est juste une petite réparation ou un entretien pour vérifier que la voiture fonctionne, il n’y a aucun problème. Comme ce sont des voitures anciennes avec une mécanique simple, on peut apprendre les compétences nécessaires assez rapidement.
