Interview de Jean-Sébastien GUICHAOUA, Directeur de Retromobile

20/03/2022

Tout féru de voiture de Collection vous le dira : le Salon Retromobile est sans aucun doute LE rendez-vous annuel pour tous les passionnés de voitures anciennes. Lancé en 1976 dans la Capitale française et accueillant désormais plus de 100.000 visiteurs venus du monde entier à chaque édition, Retromobile se place incontestablement comme le Second plus grand Salon consacré à l’Automobile de Collection et ses accessoires en Europe.

Et quoi de mieux pour plonger dans cette passion de la Collection que de recevoir l’une des figures emblématiques du Salon Rétromobile : Jean-Sébastien GUICHAOUA, le directeur du Salon, nous fait l’honneur de cette interview pour AXA Collection.

Bonjour Jean-Sébastien, merci d’avoir accepté de nous consacrer de votre temps pour cette interview dédiée à la passion de la Collection à travers le Salon Retromobile, dont vous êtes le directeur depuis 2018. Commençons tout d’abord par présenter votre parcours pour mieux comprendre ce qui vous a amené à la tête de ce fameux Salon. Diplômé en 2003, votre carrière s’exerce ensuite dans plusieurs entreprises automobiles. A l’origine, travailler dans le secteur de l’automobile était-il une évidence pour vous ou plutôt un concours de circonstance ?

L’automobile pour moi fait écho à des souvenirs d’enfance et de vacances. Depuis mon tout jeune âge, je porte un intérêt pour l’automobile, avec une sensibilité particulière pour les marques françaises. Cela vient de mon père et mon grand-père qui possédaient différentes marques automobiles françaises qui m’ont marquées, je pense notamment à une 4L d’époque ainsi qu’à de différents modèles de Citroën. Pour autant, je n’avais pas forcément envisagé que l’automobile serait au cœur de ma carrière professionnelle.

Par la suite, lors de mes études, j’ai eu l’opportunité d’effectuer mon premier stage d’Ecole de Commerce au sein d’une Direction Régionale Fiat à Bordeaux. J’ai tout de suite été conquis par l’univers de l’automobile, un secteur très dynamique, et constamment rythmé par des nouveautés. Conforté dans l’idée de m’épanouir dans cet univers, j’ai donc ensuite travaillé pour de nombreuses marques automobiles telles que Fiat Chrysler Automobiles, le Groupe Renault, Citroën ou encore Mercedes-Benz en France et en Allemagne.

Comment passe-t-on de l’automobile moderne à la collection ? Et du marketing à l’événementiel ?

Durant mon parcours professionnel, j’ai également travaillé en tant que Directeur des Grands Comptes pour British Car Auctions, entreprise spécialisée dans le domaine des ventes aux enchères, et notamment… de véhicules d’occasion. A la suite de cette expérience, l’entreprise d’événementiel Comexposium est venue me chercher en 2014 pour participer à l’organisation de différents Salons. J’ai donc commencé dans ce domaine en tant que Directeur Commercial pour deux gros Salons internationaux que sont Equip’Auto et Solutrans. Quatre ans plus tard, suite à l’annonce du départ en retraite de François MELCION, j’ai postulé pour le poste de Directeur du Salon Retromobile. Entre ma connaissance des Salons, mon intérêt pour l’automobile, et ma passion pour l’histoire contemporaine, ce poste correspondait parfaitement à ce que je recherchais. Et effectivement, arrivé à la tête du Salon Retromobile en 2019, je suis très heureux d’être tombé dans ce merveilleux monde de passionnés !

Était-ce un défi pour vous de reprendre le flambeau d’un événement d’une telle ampleur ?

Oui bien sûr, et ce pour plusieurs raisons évidentes. Déjà, quand je suis arrivé sur cette édition, si l’envie de découvrir cet univers était bien réelle, j’étais pourtant peu expert dans le domaine des véhicules de Collection. Heureusement j’étais entouré de personnages phares de Retromobile tels que François MELCION, Directeur historique du Salon depuis 43 ans et Thierry FARGES, Responsable Evénementiel. Car le travail au quotidien dans l’univers du véhicule de collection représente un spectre très large à appréhender, qui amène à côtoyer de nombreuses personnes de différents secteurs : les grands marchands, les constructeurs, les clubs ou encore les collections miniatures… J’ai donc dû faire un réel effort personnel afin de m’auto-former sur ce domaine à travers la presse, la visite de musées, et bien évidemment les diverses rencontres sur le terrain, toujours enrichissantes.

Le Salon Retromobile n’a cessé de croître notamment ces dernières années, avec une fréquentation qui se maintien au-dessus des 100 000 visiteurs depuis l’édition 2015, et dont le record de 2019 accueillait 132 000 passionnés venus du monde entier. Quel est pour vous la recette du succès ?

En dehors de son expertise et de sa qualité dans le domaine de la Collection, Retromobile possède de nombreux atouts qui le rendent encore plus attractif. D’abord, le Salon est l’un des seuls événements au monde à se dérouler au cœur d’une grande Capitale : Paris. Ensuite, Retromobile a également la chance d’être le 1er Salon de la saison, ce qui permet aux marques de lancer la saison en beauté et aux passionnés de retrouver leurs marques préférées toutes réunies en un seul et même lieu.

Je dirais également que la recette du succès de Retromobile est un savant mélange entre paillettes et passion. Le côté paillettes est marqué par la présence de marques prestigieuses telles que Richard Mille ou encore les nombreux constructeurs qui viennent exposer leurs pièces les plus rares. D’un autre côté, la passion se démarque également du salon car Retromobile ne représente pas que le luxe. Il regroupe en effet plus d’une vingtaine de secteurs liés à la Collection tels que les marchands de pièces, de miniatures, mais aussi de nombreux club, carrossiers… Et face à cela bien évidemment, des milliers de visiteurs passionnés.

En plus de cela, Retromobile a su ajouter des nouveautés à son Salon pour s’améliorer au fil des ans. Je pense en particulier à la mise en place de ventes aux enchères en partenariat avec Artcurial dans les années 2000. Un nouveau secteur qui a fortement participé au rayonnement du salon. On retiendra évidemment la sortie de grange exceptionnelle de la vente Baillon en 2015 qui a explosé tous les records : 15 véhicules estimés pour 340 000€, et vendus pour 11,6 millions d’euros !

Plus généralement, les véhicules de Collection prennent de plus en plus de place dans le cœur des français. Pouvez-vous nous expliquer la raison de cet essor du véhicule de Collection ? Le public a-t-il évolué au fil des années ?

Effectivement le secteur de la Collection a bel et bien évolué. Lors de sa création en 1976, Retromobile accueillait 3 000 personnes et une trentaine d’exposants, contre 122 000 visiteurs, 620 exposants, plus de 1000 véhicules et 120 clubs lors de la dernière édition en 2020. Je dis souvent qu’un Salon est le reflet d’une économie. Car si à l’époque, les véhicules n’avaient pas le même prix qu’aujourd’hui, le milieu de la Collection a commencé à se structurer jusqu’en 2010 où il a connu un essor particulier dû à la crise des subprimes. Et pour cause, au lieu d’investir dans du vin ou dans l’art lors de cette crise planétaire, les acheteurs ont commencé à s’intéresser aux véhicules de Collection. Mais outre le côté financier de l’achat d’anciennes, le cœur fait toute la différence dans l’achat : 90% des acheteurs de Collection sont des passionnés.

Quelles sont les évolutions notables que vous proposez dans votre Salon ? Avez-vous des nouveautés à venir ?

Après l’annulation de l’édition en 2021, l’édition 2022 sera sous le signe de la reprise. Dans ce contexte particulier, les gens ont envie de se retrouver entre eux, et de retrouver Retromobile. C’est pourquoi dans l’idéal, on voudrait mettre en place des zones de rencontre entre passionnés mais le salon est plein, en quelque sorte victime de son succès [rires]. Pour cette édition 2022, on n’a donc pas vocation à tout bouleverser, on souhaite rester sur la même recette qu’en 2020, avec toujours plus d’attractivité et d’animations reflétant la mobilité dans sa globalité. On retrouvera notamment la fabuleuse saga Gordini, l’aérotrain de Jean Bertin, le premier véhicule à vapeur, plus de motos…

D’autre part, la Youngtimer va également prendre plus d’importance que d’habitude, du fait d’un public qui rajeunit quelque peu, actuellement âgé d’une moyenne de 54 ans. L’objectif reste toujours de proposer un salon de qualité, lieu de rencontre pour de nombreux passionnés du monde entier.

Plus généralement, comment voyez-vous l’évolution de l’événementiel dans un contexte qui reste incertain ?

En effet, on a vécu des moments très compliqués pendant une longue période. Mais depuis que les Salons ont refait leur apparition en septembre dernier, on sent que le grand public est plus que jamais au rendez-vous. On l’a vu sur des salons comme Epoqu’Auto ou encore la Foire d’Automne qui a connu un taux de visite de +33% par rapport à l’avant Covid. Evidemment, on a dû et su s’adapter sur les questions de sécurité, gestes barrières et distanciation afin de protéger le public et s’assurer que les Salons puissent continuer de vivre et d’accueillir leur public.

Concernant l’évolution de l’événementiel vers un format hybride, entre présentiel et digital, ce ne sera jamais le cas pour Retromobile. Nos visiteurs ont besoin de voir les voitures, de sentir leur odeur, et bien sûr se retrouver entre passionnés, des sensations qui peuvent difficilement être ressenties derrière un écran interposé. Pour autant, on sent que le public est demandeur de contact et d’informations en lien avec le salon notamment sur les réseaux sociaux où notre communauté commence à prendre de l’ampleur avec pas moins de 30 000 abonnés. Cela permet de rester en contact avec des passionnés qui ne peuvent pas forcément se rendre sur place ou qui souhaitent suivre l’activité de Retromobile et de la Collection au quotidien.

En termes de développement plus général pour le Salon, on commence à regarder ailleurs. Par exemple, pourquoi ne pas organiser un Retromobile aux Etats-Unis ? C’est une vraie question sur laquelle on travaille, et quelle aventure ce serait d’implanter Retromobile dans la plus grande patrie du monde de l’automobile…

En parallèle de votre carrière, vous êtes un grand sportif. Peut-on dire que votre parcours dans le sport vous aide dans votre vie professionnelle ?

Je suis effectivement un grand fan de triathlon et de tennis. Si je joue encore au tennis, j’ai également été professeur de ce sport quelques années afin de transmettre cette passion. Pour moi, le sport est un équilibre fondamental qui fait partie de ma vie. C’est pour moi une soupape de décompression et cela me permet aussi de rencontrer du monde. Ce matin par exemple je me suis levé tôt pour courir en forêt. C’est un élément indispensable qui permet d’équilibrer ma vie personnelle et professionnelle.

Merci encore pour cette interview. Pour finir en deux mots, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

A court terme, vous pouvez nous souhaiter de faire une belle édition de reprise, une édition du bonheur où tout le monde pourra se retrouver. A plus long terme, étant donné que j’adore mon métier, l’idéal serait de rester aux commandes de Retromobile pour au moins les 20 prochaines années… !

Suite au contexte sanitaire actuel, l’édition 2022 de Retromobile est reportée du 16 au 20 mars.

Photo : Retromobile

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