La Ronde des Sables de Loon-Plage : un duel au sommet

Publié le 22/11/2022

Du 29/10/2022 au 30/10/2022

Si on ne peut préjuger de rien, et dans le sport peut-être encore moins qu’ailleurs, on se risquera pourtant à oser un petit pronostic… Lequel ? Qu’une nouvelle fois, la vague qui déferlera sur le Championnat de France des Sables sera bleue.

Lancement de la 25ème édition de la Ronde des Sables

Une chasse gardée ? Non, rien de réservé là-dedans, c’est juste qu’entre Yamaha et les courses de sable, c’est une très longue histoire. Histoire qui remonte à la création de l’enduro du Touquet en 1975, où, déjà, l’enfant du pays alors également président de Sonauto Yamaha (l’importateur de la marque de motos japonaises en France) s’engage à l’épreuve en même temps qu’il y convie quelques-uns de ses pilotes officiels.

Jean-Claude Olivier se montrera d’une fidélité indéfectible aux courses de sable organisées le long du littoral, trouvant dans ces épreuves, mêlant sprint et endurance, les ingrédients qui font le sel de la compétition, et qui justifient la participation d’une marque. Un théâtre exigeant, mettant autant à mal la mécanique des motos que celles des hommes…

Depuis bientôt 50 ans, rien n’a vraiment changé ; dans les ateliers, les équipes techniques continuent de préparer les motos au mieux, travaillant autant la performance que la fiabilité, dans les salles de sports, les participants en font de même, optimisant au maximum leurs conditions physiques.

Et ce double objectif aura été grandement utile pour cette ouverture de championnat… Logiquement, cette saison 2022/2023 du championnat de France des Sables devait débuter à Berck, dans le Pas-de-Calais. Mais la préfecture a décidé d’annuler l’événement à la suite de la pénurie de carburant qui a frappé le pays début octobre dernier. C’est donc la Ronde des Sables de Loon-Plage qui a donné le top départ de la compétition.

Un nombre record de motos participantes

Pour l’occasion, le circuit artificiel de Loon-Plage qui, de la fin de l’été jusqu’au lendemain de l’Enduropale du Touquet, accueille en masse quotidiennement à l’entrainement pilotes professionnels comme amateurs venant se préparer (et s’entretenir) pour la saison hivernale, s’était paré de ses atours « compétition ». Un circuit au tracé technique, une organisation gérée aux petits oignons par l’équipe du moto-club du Littoral, une météo clémente, et la foule des grands jours avec plus de 950 pilotes engagés dans les différentes catégories.

Mais la rançon du succès (parce qu’il y en a une), on pourrait la résumer en imaginant un dicton collant à l’expérience de ce week-end, du style : « Beaucoup d’engagés ? Apprête-toi à en baver ! » Et c’est exactement ce qu’il s’est passé. De mémoire de pilotes, jamais Loon n’a été aussi exigeant. Une piste où les vagues de sable se sont creusées bien plus en profondeur que d’habitude, où les trous de freinage se sont relevés davantage, où les ornières se sont allongées à l’appel des sauts…

Brassé par le passage répété de milliers de pneumatiques dans un espace somme toute réduit, le sable a cherché des échappatoires, soufflé, projeté, formant un monticule ici, un creux là. C’est dans cet « enfer » que les 450 pilotes de la course phare (la catégorie « sénior ») se sont plongés pour 2h30 de course. Rapidement, le vice-champion de France de l’an passé prend le commandement au guidon de sa Yamaha 450. En quelques tours, Todd Kellet s’échappe, laissant le duo Potisek (Yamaha) Genot (Honda) suivre à une bonne vingtaine de secondes. Rien de décisif certes, mais une petite marge qui permet au britannique de gérer sa course.

Derrière, entre le français Potisek et le Belge Genot, on se rend coup pour coup. Une joute qui durera 1h30. Le moment où le champion de France en titre (et vainqueur du dernier Touquet) met un premier coup de collier. Il sera suffisant, Genot rend la main pendant que Potisek les serre davantage sur son guidon.

La dernière heure de course folle

Le circuit, détruit comme jamais, tire sur les organismes. C’est le moment choisi par Milko pour produire son effort et revenir de 30 à 8 secondes à l’entame du dernier tour… Le rythme est effréné. Si la saison est longue, si à ce stade il n’est nul besoin de risquer de tout compromettre en risquant une chute et potentiellement une blessure, on comprend que sous leurs casques, dans cette ultime boucle, Todd comme Milko ont décidé de ne rien lâcher. Une façon de marquer son territoire d’emblée, sur le championnat déjà, mais aussi d’affirmer sa position de leader dans une équipe Yamaha où les deux pilotes sont coéquipiers.

À quelques centaines de mètres de l’arrivée, une arrivée qui lui semblait promise, mis sous pression Kellet part à la faute… Le temps de se remettre dans le bon sens de la marche, Milko est passé, et c’est en vainqueur que l’enfant du pays (licencié au moto-club du Littoral) franchit la ligne d’arrivée, 22 secondes devant Todd, et plus de 3 minutes devant un Genot ramené à la raison.

Une fois le drapeau à damier passé, les pilotes de tête s’écroulent. Ils mettront plusieurs minutes à se relever, trouvant l’énergie nécessaire pour grimper sur le premier podium de la saison. Une victoire marquante, et un succès collectif pour la team Yamaha qui montre aux autres équipes qu’il sera une nouvelle fois le grand favori du championnat.

Au soir de Loon, au moment où chacun range ses affaires dans son camion, on imagine que la concurrence a pris un (gentil) coup de massue derrière le casque… Avec le quatrième pilote classé relégué à 1 tour, le huitième à 2 tours, la résistance va devoir vite s’organiser. Éclaboussée cette fois par la vague bleue, elle risquerait sinon la prochaine fois de se noyer pour de bon. Reste à connaître les conditions que les pilotes affronteront pour le second acte du côté de Magescq (40) les 19 et 20 novembre, ce devrait être logiquement moins dur, même si la logique, parfois…

« À la grande classique cycliste qu’est le Paris-Roubaix, la Ronde des Sables 2022 mériterait de lui emprunter le titre « d’enfer du Nord »

Résultats :

  1. Potisek (F-Yamaha);
  2. Kellet (GB-Yamaha) à 22 s;
  3. Genot (B-Honda) à 3 min 22 s;
  4. Van Berkel (B-Honda) à 1 tour;
  5. Martens (B-Honda) à 1 t;
  6. Collignon (F-KTM) à 1 t;
  7. Miot (F-Gas Gas) à 1 t;
  8. Hauquier (F-Gas Gas) à 2 t;
  9. Dercourt (F-Honda) à 2 t;
  10. Knuiman (NL-KTM) à 2 t;
  11. (…) 268 classés

Par Thierry Traccan - Visuels : Courses sur sable – Xavier Leporcher

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