Vivre sur l'eau : la péniche comme habitat

Publié le 05/01/2026

Qu'ils soient pénichards amarrés sur la Seine depuis trois décennies ou famille en quête d'immersion dans la nature : le profil des habitants de péniches est multiple. Rencontre avec Clémentine, créatrice du compte Instagram La maison qui flotte, et Stéphane Bachot, fondateur de l'agence Eau et Patrimoine. Leur point commun ? Être au contact de l'eau, cet élément qui leur apporte calme et apaisement.

Terrasse d'une péniche parisienne avec vue sur la tour Eiffel.

Bateaux, péniches ou houseboat ?

Dès le Moyen Âge, on retrouve la trace de ces bateaux, utilisés comme moyen de transport commercial entre deux points. Démontés après chaque utilisation, ils étaient tractés par des chevaux ou des bœufs le long de chemins de halage. Le terme péniche est lui plus récent et serait un dérivé de pinasse (petit bateau en pin).

C'est à l'époque moderne que l'on doit celles que l'on voit aujourd'hui amarrées dans nos villes ou traversant les écluses durant l'été. En France, le modèle le plus connu est la péniche Freycinet, nommée d'après un ministre qui au 19e siècle a fait standardiser les écluses et par ricochet le gabarit des bateaux les traversant.

Avec l'arrivée des chemins de fer, l'utilisation du transport fluvial commence à décliner dès le 20e siècle et les péniches deviennent peu à peu des habitations ou un moyen de locomotion pour ceux en quête de voyages sur les canaux d'Europe. Aujourd'hui, la majeure partie des habitants possède des bateaux démotorisés, voire des sortes de maisons posées sur l'eau que l'on appelle houseboats.

Vue sur le pont Alexandre III à Paris.

Une communauté de passionnés

Les raisons pour lesquelles les résidents choisissent d'habiter un bateau-logement sont multiples. On retrouve la personne qui possède une maison en bord de mer et une péniche comme pied à terre en ville, la famille en quête de verdure dans un bras mort de la Seine sur un houseboat ou encore ceux qui y voient un intérêt financier : vivre en cœur de ville à bord d'une péniche peut représenter une décote de 30 à 50 % de moins par rapport à l'achat d'un appartement dans certaines villes très prisées.

La France compte parmi les plus beaux canaux d'Europe, ce qui offre aux plaisanciers une multitude de lieux de vie et la possibilité de voyager. Anglophones ou Hollandais sont séduits par la navigation sur le canal du Midi, qui se termine dans l'étang de Thau, ouvert sur la mer Méditerranée. Tandis qu'environ 200 péniches sont amarrées à Paris et plus de 1 000 dans le Bassin parisien, avec ses nombreuses balades. Tout comme dans d'autres régions ou villes de France ; en Bretagne, vers Nancy, Lyon ou encore Avignon.

Chaque plaisancier est unique, mais ils se rejoignent tous dans une communauté de passionnés, pour qui vivre sur l'eau est un mode de vie unique. Très soudée, cette communauté repose sur la proximité et le partage de la passion de la vie sur l'eau. On y retrouve des liens aussi forts que ceux observés dans une copropriété, car vivre sur l'eau est une véritable aventure.

Comment gérer les niveaux pour installer une bibliothèque ? Qui contacter pour faire remorquer son bateau jusqu'au chantier naval ? Quel outil utiliser pour dégripper son ancre ? L'esprit bricoleur et les conseils de la communauté permettent généralement de résoudre tous les défis. On peut toujours compter sur l'aide d'un voisin, d'un expert ou d'un artisan. Chaque membre a son rôle, entre conseils et entraide au quotidien.


Clémentine, sa famille et leur péniche Adventif

Rêve d'adolescence pour Clémentine, elle a embarqué son mari dans son projet fou de vivre sur l'eau. Réticent au départ par le côté « humide et sombre », aujourd'hui il ne revivrait plus sur la terre ferme après huit années de vie fluviale. Quant à leur fils, il est né sur l'eau et n'en a jamais connu d'autre. Ce lieu de vie est sa normalité, et lorsque ses copains viennent jouer après l'école, c'est sur le bateau qu'ils le rejoignent pour fêter ses anniversaires. C'est sa normalité, et si vous lui demandez de dessiner sa maison, il vous dessinera un bateau !

Le premier confinement du Covid fût doux, passé au soleil sur la terrasse de leur Tjalk (petite péniche typique des Pays-Bas). Mais l'emplacement était devenu trop citadin pour eux. Comme il est plus facile de changer de péniche que de la déplacer, leurs recherches les ont guidés vers Adventif, un modèle Freycinet, amarré en Île-de-France. Plus grande pour accueillir cette famille de trois et leurs compagnons à quatre pattes, et surtout entourée de verdure et de nature. Démotorisée et nécessitant une refonte de l'aménagement intérieur, cette péniche est un coup de cœur pour le couple qui s'y voit déjà comme chez eux.

Lors des travaux du chantier naval avec sa famille, Clémentine décide de partager leur aventure sur Instagram pour montrer que « la vie en péniche c'est doux, mais pas que... ». Avec son compte La maison qui flotte, ses abonnés assistent aux travaux, vivent les joies et les doutes du chantier naval, découvrent l'aménagement intérieur du bateau, vivent les saisons au gré des vidéos, ou découvrent tout simplement les joies et les doutes d'un chantier naval...

 On dit souvent que c'est le bateau qui vous trouve, ce sont les familles qui le rejoignent. 

Sortie au chantier naval pour contrôler la coque d’Adventif.

Stéphane Bachot, amoureux de biens hors du commun

Pour ce parisien pratiquant la voile au large, rien ne remplace le bonheur du contact avec l'eau. Se réveiller sur un bateau, regarder l'eau onduler et les lumières qui s'y reflètent, partager des moments dans le carré1 avec des amis. Sa semaine annuelle au large ne lui suffisait plus, et il a vite ressenti cette envie de retrouver ce contact tout en restant en ville. La solution fût toute trouvée : une péniche !

Propriétaire-plaisancier depuis 25 ans, il a d'abord possédé une péniche Freycinet, et aujourd'hui un modèle Luxe-motor amarré en face de l'île Saint-Louis dans le 5e arrondissement de Paris. L'eau est une passion qui anime tous les aspects de sa vie. À l'époque Stéphane est propriétaire d'un moulin à eau depuis plusieurs années, quand un de ses voisins lui confie la vente de sa péniche. Ce sera le déclencheur pour la création de son agence, Eau et Patrimoine, aujourd'hui spécialisée dans l'accompagnement à la vente ou l'acquisition d'un habitat fluvial (péniche, moulin et maison au bord de l'eau, NDLR). Possédant un aptonyme2 comme nom de famille, on peut même dire qu'il était prédestiné au métier :  La barque que vous voyez attachée à l'arrière des péniches s'appelle un bachot  (rires)

Maillon de la communauté, il ne s'arrête pas à la vente de biens, mais guide les acquéreurs dans leurs démarches réglementaires, techniques, ou financières en s'appuyant sur sa propre expérience de vie personnelle et professionnelle. Dans son carnet d'adresse, on peut par exemple retrouver un déménageur hors-du commun : un marinier qui possède une péniche avec une grue. Car emménager sur un bateau demande des adaptations. Comme la fois où sur sa propre péniche, Stéphane a dû faire passer son poêle et son piano par les écoutilles amovibles, en les suspendant à plusieurs dizaines de mètres.

Le déménagement d’un poêle sur une péniche n’est pas chose aisée.

Une vie privilégiée, au contact de l'eau

Pour Clémentine rien ne remplace la proximité avec la faune sauvage. Entre le niveau bas du fleuve par rapport à la rue et la péniche posée au ras de l'eau, se dégage une impression de faire pleinement partie de la nature. Amoureuse de la flore, elle profite d'ailleurs de la luminosité exceptionnelle de la péniche pour se lancer des défis et requinquer au sein du bateau toute sorte de plantes vertes.

La vie fluviale, c'est aussi le rythme des saisons qui transforme le tableau de leur quotidien. Les cygnes qui viennent chercher leur goûter au printemps et le chèvrefeuille qui recommence à fleurir. Les libellules qui s'aventurent jusqu'à la piscine installée sur le pont lors des après-midis d'été, et les siestes dans le hamac. La brume d'automne qui accompagne le lever du soleil et les arbres qui brunissent. La péniche qui se transforme en cocon quand les journées refroidissent, et les dimanches en famille autour du poêle.

Pour Stéphane, c’est le bonheur de se réveiller et d’avoir la chance de commencer sa journée, un café à la main sur le pont de sa péniche, en contemplant Notre-Dame. Le calme plat de la Seine au matin et la vue dégagée sur celle-ci. Être au cœur de la ville, sans être entouré d’immeubles et pouvoir profiter de l’ensoleillement exceptionnel que cela offre.

Ce qu’il aime aussi, c’est le voyage possible avec son habitation. Avant de démotoriser sa péniche pour gagner des mètres carrés, il a sillonné Paris avec elle. Notamment les 2km de voûtes sous le boulevard Richard Lenoir, qui relient le canal Saint-Martin au bassin de la Villette. Ou en allant admirer aux premières loges, le feu d’artifice du 14 juillet, amarré en face de la tour Eiffel.

Comme lui, beaucoup de plaisanciers partent visiter les canaux alentours avec une vedette ou une pénichette, rejoindre une petite plage où se baigner en famille, ou encore profiter d’apéros entre amis sur l’île de la Jatte. C’est d’ailleurs le prochain projet de Clémentine qui envisage d’acheter une pénichette motorisée pour partir en weekends à la découverte des voies fluviales de sa région, « comme avec un camping-car, mais sur l’eau ».

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1 Le carré est le nom donné à la pièce principale d'un bateau, équivalent du salon dans une maison.
2 Un aptonyme est un nom de famille en rapport avec le métier de la personne. Dans ce cas, bachot désigne aussi la petite barque attachée à l'arrière des péniches.

Visuels : © La maison qui flotte, Eau et Patrimoine