Van Designers : La liberté sur mesure
Publié le 17/07/2026
Cap'PassionCamping-Car
Basé à Mérignac, Van Designers est un atelier qui aménage vans et fourgons, loin des véhicules impersonnels et industriels. Florent Remicourt, l’un des cofondateurs, nous parle des projets sur mesure qu’ils conçoivent avec leurs clients.

Vous avez lancé Van Designers en 2019, que vous décrivez comme « conçu par l’amour du voyage ». Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cet atelier ?
Nous avons beaucoup voyagé en van avec ma compagne. Pour nous, c’est idéal : voyager au fil des rencontres, en suivant ses idées et ses envies du moment. Je venais de nous aménager un nouveau van pour continuer nos voyages, et quelques mois plus tard, elle est tombée enceinte. Nous avons décidé de rentrer de Nouvelle-Zélande où nous étions, pour reprendre une vie dite normale en France.
Comme je suis entrepreneur depuis que j’ai 18 ans, j’ai eu l’idée de mêler travail et passion. C’est comme ça qu’est né Van Designers, que j’ai fondé avec Rémi Bordet. C’est un ami d’enfance avec qui j’avais bricolé mon van. On a démarré l’aventure dans le but de créer des habitats nomades, de qualité et autonomes. On voulait se différencier du marché industriel et on a vite trouvé notre clientèle.
Depuis, nous avons été rejoints par un troisième associé, Thomas Giroux. Notre équipe a bien grandi, tout comme l’atelier qui a déménagé trois fois en 6 ans (rires). Aujourd’hui, nous sommes 26 collaborateurs avec des profils différents réunis dans un atelier de 1 000 m². Mais avec un point commun : nous sommes tous passionnés par ce que l’on fait !
Votre philosophie c’est de proposer autre chose qu’un véhicule basique et plastique. Pourquoi ce choix et comment ça se traduit ?
Tout le monde ne s’y retrouve pas dans le choix des véhicules industriels. Que ce soit l’agencement proposé, la qualité des matériaux, ou les équipements disponibles. La plupart des véhicules industriels sont dédiés aux vacances ou aux loisirs, mais pas aux longs voyages.
Or, 90 % de nos clients vivent dans leurs véhicules. Soit parce qu’ils vont faire un grand voyage, pendant plusieurs mois ou années, soit parce qu’ils ont décidé de changer de mode de vie. Du coup, on ne lésine pas sur l’isolation, les matériaux, ou les équipements. Leur usage est plus intense que la majorité des camping-caristes, le véhicule doit être robuste et ne doit pas tomber en panne tous les quatre matins.
Le métier du sur-mesure implique des challenges tous les jours ou des difficultés à relever. Il faut que nos clients aient le plus de sérénité possible dans le choix des équipements, tout en ayant le moins de contraintes possibles à l’usage. Nous avons l’envie de faire des choses excellentes et de façon qualitative.
Comment se déroule un projet d’aménagement ?
Les premières questions qu’on pose à nos nouveaux clients sont : « Qu’allez-vous faire avec votre véhicule ? Comment voyagez-vous ? Comment vivez-vous dans un van aménagé ? » On ne parle jamais du modèle de véhicule ou de l’agencement avant de comprendre le profil du client. Chaque personne a un projet différent. Ces questions basiques nous permettent vraiment de connaître les voyageurs.
90 % d’entre eux ont le voyage en tête : « On est une famille avec trois enfants et un gros chien, et on va faire un tour du monde pendant deux ans. » Et seulement 10 % ont déjà choisi leur véhicule et connaissent leur projet d’aménagement. Ce qui fait que chaque projet est en quelque sorte un prototype, dans le sens où on ne fait jamais exactement le même aménagement.
Pour un projet, il faut compter environ un an de travail au total. Six mois pour l’achat du véhicule, puis deux mois de préparation et d’études. Et enfin quatre mois de fabrication, qui incluent l’homologation du véhicule. Une fois le produit livré, on va demander aux clients de partir une semaine en voyage avec leur véhicule puis de revenir pour ajuster les petites imperfections : est-ce que la table n’est pas trop large, ou la marche du lit pas trop haute ?
Nous avons aussi un service après-vente très réactif : chaque client a un groupe WhatsApp dédié à son véhicule. Si trois ans après avoir livré un projet, il y a une problématique due à une mauvaise installation ou une usure prématurée, nous sommes à leur écoute.

Nous sommes une équipe de passionnés, et nos différents profils nous apportent une vraie cohésion !
Pouvez-vous nous parler de vos experts et de leurs savoir-faire ?
Nous fonctionnons par poste de travail, et il y en a quatre spécialisés dans un projet d’aménagement. Nos experts vont fabriquer le véhicule de A à Z, la même équipe interviendra sur le véhicule en cas de besoin du SAV. Côté atelier, il y a des menuisiers, des ébénistes, des carrossiers-soudeurs, et des techniciens. Nous recrutons principalement des gens qui viennent de la mécanique, de l’électricité, ou de la plomberie, que l’on va former en interne aux différents métiers. Beaucoup d’entre eux ont travaillé dans l’aéronautique ou le naval. Tous aiment apprendre, ce qui permet de les faire évoluer dans l’entreprise. Dans les bureaux, nous avons le bureau d’études avec une architecte-designer et un dessinateur-projeteur, un magasinier pour la partie achats, une assistante de direction qui aide aussi pour la communication. Le tout complété par nous trois, les associés, qui sommes impliqués tous les jours dans la vie de l’atelier. Pour résumer, nous sommes une équipe de passionnés, et nos différents profils nous apportent une vraie cohésion !

Chaque année, ce sont une vingtaine de vans aménagés qui sortent de votre atelier. Pourquoi ce choix de production limitée ?
Nous avons pris cette décision parce qu’on ne veut pas devenir une industrie. On a envie de rester à taille humaine sur deux aspects. En tant que dirigeants, nous voulons conserver un lien authentique avec nos collaborateurs. Et en tant qu’atelier, nous cherchons à connaître nos clients, pour les chouchouter et leur offrir un vrai service de qualité. Nous avons choisi de réaliser entre vingt à trente projets par an, pour environ trente salariés. Cela nous semble être un bon équilibre.
Est-ce que vous avez des partenaires privilégiés ?
Si on pouvait, on travaillerait uniquement avec des partenaires situés dans un rayon de 30 km autour de l’atelier, parce que privilégier l’artisanat local est dans nos valeurs et que ça amène de la flexibilité. On est beaucoup dans l’urgence et ça nous offre de la réactivité. Quelquefois, on n’a pas le choix malheureusement, mais on collabore avec des marques qui ont la même vision que nous.
On est vraiment très exigeants sur les matériaux, on a testé plein de choses et on continue encore. Grâce aux demandes des clients, nous découvrons souvent des nouveautés. On va dire que dans notre ordre de sélection, c’est la qualité qui prime. Ensuite vient la durabilité et l’éco-responsabilité, mais le coût ne fait pas partie des premiers points.

En complément de l’aménagement sur-mesure, vous avez d’autres activités comme la série, la revente ou la location. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Actuellement, notre portefeuille de production est de 70 % de commandes sur mesure et 30 % pour des véhicules de série. En général, on produit en même temps trois vans personnalisés et un en série. Les véhicules de série ont des aménagements que l’on conçoit nous-mêmes, et que l’on installe dans des fourgons « nus » de type Fiat Ducato ou Peugeot Boxer. On a lancé ce nouveau pôle il y a un peu moins d’un an, et on souhaite que cette activité représente 50 % de notre temps à l’avenir. C’est un métier différent, avec des clients différents. Un van de série, comme Le Pyla par exemple, c’est plus rapide à l’achat pour les clients : un mois et demi de production, il n’y a pas d’études en amont car nous les avons déjà faites. Le produit est aussi plus abordable car nous maîtrisons mieux les coûts, étant donné que nous pouvons reproduire les véhicules. Dans ce cas, la personnalisation du van passe par le choix d’aménagements en option.
Ça nous a aussi permis de lancer la partie gestion locative avec notre marque Yes You Van. En majorité, les clients des véhicules de série partent en vacances un week-end par-ci, deux semaines par-là. Ils n’utilisent pas leur véhicule 100 % de l’année. Donc on leur propose un service de gestion locative. Ils bloquent dans l’agenda les créneaux pour lesquels ils veulent le récupérer, et le reste du temps le véhicule reste chez nous. On gère le reste pour eux, un peu comme une conciergerie : on prend en charge le véhicule, son assurance et les réservations. Comme on a aménagé leur véhicule, ils sont aussi plus sereins car nous pourrons le réparer sans problème s’il y a quoi que ce soit qui arrive lors d’une location.
Il y a aussi les clients qui viennent nous revoir parce qu’ils changent de projet de vie, ou nous commandent un deuxième van. Il faut alors trouver un acquéreur pour l’ancien véhicule. Il faut effectuer un contrôle complet, le remettre en état et le préparer pour une nouvelle aventure avec un nouveau client. Récemment, un client qui a voyagé quatre ans avec l’un de nos vans nous a contactés car il va continuer ses voyages mais en voilier. En nous confiant son van, il nous a dit : « On aimerait tellement pouvoir acheter la coque du bateau et vous la confier pour l’aménagement ! » Mais pour l’instant, on va se contenter de faire bien les choses que l’on maîtrise (rires).

D’après votre expérience, qu’est-ce qui fait un bon van ?
C’est difficile de répondre parce qu’il y a autant de vans que de clients. Il y a ceux qui pensent à leur empreinte carbone, mais aussi ceux qui quittent tout pour profiter de leur retraite.
Je dirais que ce qui fait un bon véhicule, c’est celui qui est à votre image, celui qui convient à votre usage. On a des clients qui vont choisir un petit véhicule type Ducato avec le minimum et qui vont être très heureux. Et ceux qui vont partir sur un grand véhicule 4x4, même s’ils n’en ont pas forcément l’utilité dans leur voyage, mais ça les rassure de se dire : « Peu importe quel chemin je vais emprunter, je vais pouvoir sortir de là ! »

Est-ce qu’il y a une tendance chez les voyageurs actuellement ?
On a de plus en plus de demandes pour la peinture Raptor de la marque U-Pol. Depuis un an environ, on a décidé d’arrêter de sous-traiter la pose pour la gérer en interne. On a installé une cabine spéciale en annexe de l’atelier, obtenu la licence de la marque et recruté quelqu’un qui maîtrise son application.
C’est un revêtement très solide et résistant, dit peinture anti-gravillons. C’est bien adapté aux véhicules de type 4x4 ou utilisés en forêt. La peinture résiste très bien, même quand des branches griffent la carrosserie. Elle permet aussi de nettoyer plus facilement le véhicule : rien n’adhère, c’est vraiment pratique.
Le côté esthétique est très sympa en plus ! On va bientôt sortir des projets où le van est totalement en Raptor, mais dans des tons différents. On peut aussi faire des calques négatifs par endroits, pour ajouter de la brillance.
En plus des fourgons, vous réalisez parfois des projets insolites. Pouvez-vous nous parler d’un de ces projets ?
Deux jeunes entrepreneurs nous ont contactés parce qu’ils voulaient faire découvrir la France dans un véhicule insolite, aménagé avec des produits sourcés localement. Pour ça, ils ont choisi un bus Saviem de 1970, qui à l’origine emmenait des enfants à l’école. On a tout de suite flashé sur ce concept de « Fabriqué en France » et on s’est embarqués dans l’histoire. On l’a fait plus par envie, que par rentabilité.
C’était un projet assez incroyable, mais compliqué ! Lors du désossage, à chaque fois qu’on enlevait un morceau de bois, on avait une surprise. Il a aussi fallu refaire toute l’isolation vu qu’il était entièrement vitré. Pour donner un ordre d’idée, on avait chiffré 1 200 heures de travail, on a finalement passé 3 000 heures dessus. Ce n’était pas très rentable pour l’entreprise, mais c’était une expérience extraordinaire !
Et puis ce bus, il est impressionnant : il y a huit couchettes pour les voyageurs, une tente de toit pour le chauffeur, une terrasse avec 4 kW de panneaux solaires qui se déploient sur les côtés, une douche en béton ciré etc. Vous pouvez même organiser des séances de yoga au lever du soleil sur le toit, ou y prendre l’apéro le soir.


Comment gérez-vous les homologations des véhicules après aménagement ?
Les véhicules que nous utilisons sont à la base des fourgons dédiés au transport de marchandises. Quand on les achète neufs, ils sont non carrossés mais carrossables. Et nous en tant que carrossiers agréés, on les transforme en Véhicules Automoteurs Spécialement Aménagés (VASP), qui est la dénomination pour les véhicules de type camping-car ou auto-caravane. Chaque véhicule est conçu en modification unitaire, par conséquent on va faire ce qu’on appelle une Réception à Titre Isolé (RTI), et on présente un dossier auprès de la DREAL1. Leur rôle est de vérifier qu’on ait bien respecté toutes les normes d’aménagement des véhicules : aérations, issues de secours, vitrage, répartition des charges etc. Quand tout est en règle, ils nous donnent un PV d’homologation. Cela nous permet d’immatriculer le véhicule comme un camping-car, et le client pourra assurer le véhicule et son aménagement à leurs valeurs réelles.
Vous disiez avoir beaucoup voyagé en introduction. Aujourd’hui, que représente le véhicule de loisirs (VDL) en dehors de votre atelier ?
Dès qu’on peut, avec ma femme et mes deux enfants, on part en week-end en van. On est piqués par le voyage et on transmet ça aussi à nos enfants (rires). Pour nous, c’est la meilleure façon de voyager puisque ça n’implique aucune planification. On est libres. Parfois on rencontre des gens qui nous disent : « Est-ce que vous connaissez cet endroit ? » Non... et bien on y va ! Les voyages en VDL, ce sont des rencontres et de la découverte avec un maximum de liberté. Se retrouver au milieu d’un paysage inconnu, se réveiller tous les jours avec un nouveau jardin, ce sont des choses qu’on retrouve nulle part ailleurs !
À l’atelier, nous allons mettre en avant le fait que voyager en van c’est partir en autonomie. Mais aussi que nos projets offrent de la qualité et du confort. Parfois, on peut avoir un peu peur de quitter son lit, sa maison confortable, ou ses habitudes... Mais souvent une fois le pas franchi, c’est dur de rentrer ! Partir trois semaines en vacances et ne pas vouloir retrouver sa maison parce qu’on est dépaysé, c’est trop bien. C’est vraiment ça qu’on veut apporter avec nos vans, c’est ce genre d’expériences qu’on veut promouvoir.
D’ailleurs, si vous aviez carte blanche, quel projet rêveriez-vous réaliser ?
Justement on vient de lancer notre nouveau van aménagé de série : le Mimbeau. Comme on vient du bassin d’Arcachon, on baptise chaque projet avec un petit nom issu de la région. Là, c’est un clin d’œil à la lagune vers le phare du Cap Ferret.
J’ai dessiné ce projet comme si c’était pour ma famille. C’est un véhicule quatre places sur la carte grise, et chacun a son espace. Je pense que c’est important. Même lorsqu’on voyage en famille dans un petit espace, il faut que chacun ait son petit coin pour jouer, regarder un film ou lire. Ça permet aussi aux parents de ne pas aller dormir en même temps que les enfants.
Il est conçu pour une base de fourgon Stellantis. C’est très spacieux : nous avons aménagé une belle douche, beaucoup de rangements, et il y a aussi un toit relevable. Le véhicule embarque une grande autonomie. Nous en avions déjà vendu deux avant la sortie officielle. Les voyageurs l’attendent avec impatience, ce qui nous donne confiance.
Pour conclure, quels sont vos conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aménagement de leur véhicule ?
Avant de commencer, il faut définir ses priorités de voyage. Comment vont-ils évoluer dans le véhicule ? Quelles sont leurs habitudes au quotidien ? Certains vont se concentrer sur le couchage, d’autres veulent une place pour leur vélo parce qu’il a beaucoup de valeur etc.
Ensuite, il faut penser à l’autonomie que l’on souhaite. Les ressources ne sont pas illimitées, donc il faut bien penser aux équipements parce que ça peut prendre beaucoup de place. Même si aujourd’hui on arrive à faire des systèmes assez impressionnants de recyclage d’eau ou de production d’énergie. Ils doivent aussi se demander combien de temps va durer le voyage et où ils iront. Cela peut impacter l’aménagement et le choix du modèle de véhicule. Par exemple dans les pays où il fait très froid, il faudra prévoir un système de gestion de l’eau qui soit robuste, et des pneus adaptés pour rouler sur la neige ou la glace.
Dans l’aménagement, il faut aussi toujours prendre en compte deux grosses contraintes : le poids et l’espace. Dans un véhicule on est limités en termes de poids, à cause des essieux et de la répartition des charges. Il est important de concevoir l’aménagement correctement, en optimisant chaque espace dès que c’est possible.
Dans nos projets, on a toujours ce mot en tête : optimisation. Il arrive souvent que le menuisier vienne me voir durant la production pour me dire : « Florent, j’ai installé tous les équipements, mais il me reste un peu de place derrière. Qu’est-ce que j’en fais ? » Soit on fait un compartiment secret, soit on fait un rangement supplémentaire.
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1 Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement.
