Ambre et Kio : un jeune duo tourné vers l’avenir

Publié le 15/07/2026

Cap'PassionPlaisance

Ambre Duchemin et Kio Dimetto partagent une même passion pour la mer et la course au large. Réunis au sein du programme Alwena for Pure Ocean, ils forment un duo complémentaire, construit autour de l’apprentissage, de la performance et de l’engagement. Entre entraînements exigeants et premières expériences en mer, ils nous racontent leur vision d’une voile tournée vers l’humain.

Kio Dimetto et Ambre Duchemin lors de leur première course offshore, la PAPREC 600 Saint-Tropez 2026.

Pouvez-vous vous présenter ?

Ambre Duchemin : J’ai 20 ans, je suis originaire de Bretagne et je suis actuellement en première année d’école d’ingénieur. J’ai commencé la voile grâce à ma famille, d’abord en loisir, puis je me suis tournée vers la compétition au lycée, notamment en offshore1. En arrivant à Toulon pour mes études, j’ai voulu continuer à naviguer et c’est comme ça que j’ai intégré le projet Alwena for Pure Ocean. Ce qui me plaît particulièrement, c’est la liberté en mer, la navigation et la dimension humaine du projet.

Kio Dimetto : J’ai 25 ans et je fais de la voile depuis une quinzaine d’années. J’ai grandi dans les Alpes-Maritimes, et j’ai commencé à naviguer sur un Optimist. Je suis ensuite passé par le catamaran Hobie Cat 16, et j’ai été champion de France en 2020. En parallèle, mon père s’est acheté un petit voilier Edel 6 qu’il m’a prêté. Ce qui est drôle, c’est que le père d’Ambre avait le même bateau (rires). Après mon titre, j’ai été recruté au Pôle Inshore Sud pour faire du match racing2, avant de me lancer dans la course au large. L’an dernier, j’ai rejoint le projet Alwena for Pure Ocean. En parallèle, je suis moniteur, préparateur et coach. Pendant un temps, j’ai aussi monté une entreprise, mais j’ai vite compris que ce qui me faisait vraiment vibrer, c’était la mer et la navigation.

Naviguer en duo, une école exigeante

Pourquoi avoir fait le choix de naviguer en duo plutôt qu’en solitaire ?

A.D. : Le duo est une très bonne alternative car c’est du solo en relais. En offshore, on a toute la gestion du bateau comme en solo mais avec aussi un vrai travail à deux et c’est ce qui me plaît particulièrement. Avant de naviguer avec Kio, j’avais déjà fait du duo pendant deux ans et nous avions notamment participé à la Rolex Fastnet Race3.

K.D. : De mon côté, je rêve de faire du solitaire plus tard pour le dépassement de soi et le contrôle total du bateau. Le double est une très bonne école car on est autonomes tout en conservant une dimension humaine, ce que l’on perd parfois dans les équipages plus nombreux. J’ai longtemps navigué en duo avec mon meilleur ami Charles Hénon, c’est à ses côtés que j’ai été champion de France. On a construit une grande partie de notre parcours ensemble, et cette expérience m’a beaucoup apporté.

En monotypie, tout le monde est sur le même bateau et la performance repose uniquement sur l’équipage.

Votre complémentarité devient-elle une force en mer ?

A.D. : Cet hiver, on a beaucoup travaillé en inshore4 pour créer des automatismes dans notre duo. Avec ces courses, on navigue à la journée, souvent sous forme de championnats sur quelques jours. En offshore, il faut que chacun sache tout faire. Humainement aussi, on se complète bien. Je suis plutôt calme dans les moments tendus, là où Kio met plus d’intensité.

K.D. : Aujourd’hui, on est très polyvalents. On a toujours des préférences, mais on s’adapte facilement selon les situations. Nos parcours étaient très différents au départ. Je venais plutôt de petits bateaux rapides et Ambre avait plus d’expérience en course au large. Finalement, cette complémentarité est devenue une vraie force. Notre première course en monotypie ensemble, la Massilia Cup Inshore à Marseille fin mars, a bien montré que tout repose sur l’humain. Nous avons terminé 2e après de très belles batailles.

Entraînement dans des conditions extrêmes au large de Marseille.

Vous avez vécu votre première course au large en duo sur la PAPREC 600 Saint-Tropez, fin avril. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

K.D. : Elle s’est déroulée bien au-delà de nos attentes. C’était un parcours à 600 milles, soit environ 1 100 km entre la Corse, la Sardaigne et l’île d’Elbe, avec un retour par le Cap Corse et la Giraglia jusqu’à Saint-Tropez.

On a terminé 7e dans une catégorie très disputée en duo, en arrivant au contact de bateaux pourtant plus rapides que nous, notamment des Class40 et une grande partie de la flotte. On a mis en place une très bonne stratégie dès le départ, ce qui nous a permis de prendre la tête à la sortie du Golfe de Saint-Tropez.

On a remonté ensuite à la 2e place durant la 2e nuit, puis on a réalisé une belle remontée de la 8e à la 4e place en milieu de course. Le retour depuis la Corse a été plus compliqué, avec un vent défavorable qui nous a fait perdre trois places.

Malgré ça, on est très satisfaits du résultat. On est allés au bout avec trois à quatre heures de sommeil par jour. C’était une course intense de quatre jours, sur un parcours magnifique, avec une belle organisation de la Société Nautique de Saint-Tropez. Après plusieurs mois en inshore à Marseille, l’excitation était forcément au rendez-vous.

Quel a été votre moment le plus marquant en mer ?

K.D. : En avril, Ambre et moi avons vécu un moment très marquant ensemble (rires). On a fait un entraînement aller-retour entre Marseille et Montpellier, dans des conditions complètement folles. Ça faisait longtemps que je n’étais pas allé aussi vite sur un bateau. Nous avons atteint la vitesse de 23,5 nœuds marins, soit 43,5 km/h. Ça ne paraît pas énorme, mais à titre comparatif, c’est comme rouler à 150 km/h sur une route en terre. Il y a très peu de bateaux à voile qui dépassent les 20 nœuds marins.

Et à titre plus individuel, il y a forcément le jour où j’ai été champion de France, qui reste une grosse réussite après deux ans d’entraînement.

A.D. : Je rejoins Kio, je n’avais jamais été à ces vitesses-là en bateau, c’était assez impressionnant ! Plus personnellement, mon souvenir le plus marquant reste ma première régate offshore quand j’avais 15 ans. C’était durant l’ArMen Race qui fait une boucle dans le Golfe de Gascogne : nous avons passé Belle-Île, de nuit, sous code zéro5 avec environ 20 nœuds de vent. J’étais à la barre pendant quatre heures, sous les étoiles, avec un ciel super clair. C’était ma première fois dans des conditions comme ça, et ça reste mon meilleur souvenir.

Une monotypie taillée pour la performance

Votre bateau court sur le circuit de la Class C30. Qu’est-ce que cette classe de monotype représente pour vous ?

A.D. : La monotypie, c’est vraiment notre manière de performer. En IRC (jauge internationale permettant de classer équitablement des bateaux différents, NDLR) ou en OSIRIS (jauge française qui ajuste les temps pour faire courir ensemble des bateaux différents, NDLR), les bateaux sont tous différents et un système de rating est appliqué pour compenser les écarts.

En monotypie, tout le monde est sur le même bateau et la performance repose uniquement sur l’équipage. La différence se fait sur la manière de naviguer, la complémentarité du duo, la communication et l’aspect humain à bord. C’est pour ça que ce format est particulièrement motivant pour nous.

K.D. : On se retrouve avec un bateau pensé uniquement pour la performance pure, mais pénalisé par la jauge face à d’autres bateaux beaucoup plus équipés, qui ne vont pas forcément moins vite que nous. C’est quand même assez exceptionnel de pouvoir faire de la course au large en monotypie.

Historiquement, il y a très peu de classes qui le permettent, comme le Figaro BENETEAU, avec des budgets très importants. Là, on a un bateau beaucoup plus accessible, avec un budget divisé par deux, voire trois, sans sacrifier la performance. Chaque mètre compte.

Quand on est devant, on est vraiment devant. Il n’y a pas de correction de temps, la course est plus lisible, on peut contrôler les adversaires. Du coup, la tactique prend une place énorme, et c’est ça qui rend la régate beaucoup plus intéressante.

Le programme Alwena for Pure Ocean

Vous faites partie du team Alwena for Pure Ocean, qui associe plusieurs acteurs autour d’un projet sportif et environnemental. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce programme et ses objectifs ?

K.D. : Alwena for Pure Ocean est un programme de formation à la course au large qui s’appuie sur plusieurs acteurs. Alwena Shipping, une entreprise maritime basée à Marseille, est propriétaire du bateau et finance son utilisation. Le bateau est ensuite mis à disposition de la Massilia Sailing Academy, une association, qui porte le projet sportif et encadre la saison grâce aux dons qu’elle collecte.

L’objectif est de former des jeunes de moins de 26 ans à la course au large, mais aussi à tout ce qui entoure un projet de ce type, pas uniquement à la navigation. Mon ancien co-skipper, Charles Hénon, m’a parlé de son contrat qui se terminait. J’ai postulé, été sélectionné et voilà où nous en sommes aujourd’hui.

A.D. : Le but du programme, c’est d’être le plus autonome possible dans la construction d’un projet de course. Au-delà de la voile, on gère tout de A à Z : la préparation du bateau jusqu’à l’inscription aux régates, en passant par la recherche de sponsors.

Dans le cadre du programme, on est très bien accompagnés, avec Bernard Mallaret, coach technique, et Ludovic Gérard, président de la Massilia Sailing Academy et dirigeant d’Alwena Shipping. Ça permet d’être autonomes, sans être seuls.

Je ne connaissais pas le projet au départ, c’est Clara Bayol, ancienne co-skipper avec Charles Hénon la saison dernière, qui m’en a parlé. J’avais une charge de travail un peu plus légère après la prépa, et j’avais envie de m’investir dans autre chose en parallèle. L’opportunité s’est présentée et je l’ai saisie.

Aujourd’hui, on est aux manettes et on a fait nos premières courses au large ensemble au mois d’avril.

Vous portez les couleurs de Pure Ocean, une fondation engagée pour la protection des océans. Que représente cet engagement pour vous dans votre projet sportif ?

A.D. : Pour moi, c’est une part essentielle du projet. En tant que skippers d’Alwena for Pure Ocean, on porte leurs couleurs quand on navigue. Être ambassadeurs de cette fondation nous permet d’échanger avec leurs équipes, de faire partie d’une communauté et d’en apprendre beaucoup sur la protection des océans. J’essaie de sensibiliser au maximum et je voudrais développer la transmission de ces enjeux quand nous sommes à terre.

K.D. : Ce qui est fort, c’est que le projet ne soit pas uniquement centré sur la performance sportive. Porter les valeurs de Pure Ocean en compétition donne beaucoup de sens à ce qu’on fait. Maintenant que le gros bloc hivernal est derrière nous, on va avoir davantage de temps pour développer des actions et renforcer notre engagement auprès de cette fondation.

Un composite recyclable et une performance préservée

Vous naviguez sur un monotype conçu en composite recyclable. En quoi le Sun Fast 30 One Design, développé par Jeanneau, se distingue-t-il ?

K.D. : Déjà, la résine en elle-même, c’est assez fou. Aujourd’hui, la plupart des bateaux sont fabriqués avec des résines très chimiques, dont la fabrication a un impact carbone extrêmement élevé. Là, on a un composite qui émet beaucoup moins de CO2 à la fabrication.

Et surtout, cette résine peut être réutilisée. Une fois le bateau arrivé en fin de vie, la coque pourra être retravaillée pour fabriquer un nouveau bateau à partir du même matériau. Pouvoir recycler une coque pour en refaire une autre, c’est vraiment exceptionnel.

Et tout ça sans compromis sur la performance, qui dépend avant tout de la forme du bateau et de son design.

Transmettre pour ouvrir la course au large

Au-delà de la compétition, quel rôle pensez-vous avoir à jouer auprès des jeunes générations ou des futurs navigateurs ?

A.D. : À Marseille, il y a un vivier de jeunes très performants, notamment en voile olympique et en inshore. En revanche, je trouve qu’il n’y a pas encore assez de passerelles entre la voile inshore et la course au large.

Avec ce projet, l’idée de Ludovic Gérard était aussi de créer ce lien manquant. Il y a de plus en plus d’initiatives dans ce sens, et j’espère que ça permettra à davantage de jeunes d’accéder à la course au large, qui reste encore un milieu assez fermé.

K.D. : C’est un message qui n’est pas toujours facile à faire passer, mais il faut quand même essayer. Comme beaucoup en compétition aujourd’hui, il faut y croire et tenter des choses, sans forcément savoir où ça va mener.

Il y a encore un an, on n’aurait jamais imaginé se retrouver sur ce projet. Aujourd’hui, on est aux manettes et on a fait nos premières courses au large ensemble au mois d’avril. On a pleinement conscience de la chance qu’on a eue.

La voile permet des expériences vraiment exceptionnelles, en termes de dépassement de soi et de tout ce qu’il y a autour. Alors il faut y aller et y croire !

Quels sont vos prochains défis pour la saison ?

A.D. : Notre objectif est de construire une saison cohérente et complète, à la fois en offshore et en inshore, pour continuer à progresser. Nous préparons notamment notre candidature au Championnat du Monde de Course au Large en Double Mixte, qui se tiendra le 22 septembre prochain à Marseille. La sélection se fait sur dossier. Il reste une part d’incertitude, mais ce serait une belle opportunité.

En parallèle, nous avons préparé la Massilia Cup Offshore, avec son départ fixé au 21 juin. Cette grande course se déroule en deux étapes : Marseille-Palma-Barcelone, puis Barcelone-Marseille. Il s’agit d’un défi sportif de taille qui nous permet de poursuivre notre montée en puissance.

Décryptage : les acteurs du projet

Alwena for Pure Ocean

Programme qui structure le projet sportif. Il vise à former de jeunes navigateurs tout en portant un engagement pour la protection des océans.

Massilia Sailing Academy

Association d’intérêt général, localisée à Marseille, elle porte le projet sportif. Elle encadre les skippers, organise les entraînements et les accompagne dans leur formation ainsi que dans la gestion complète du projet (logistique, préparation, recherche de partenaires…).

Pure Ocean Fund

Fonds de dotation créé en 2017 à Marseille, il est dédié à la protection de l’Océan. Il finance des projets scientifiques et mène des actions de sensibilisation. Les skippers du programme en sont ambassadeurs.

Alwena Shipping

Entreprise maritime basée à Marseille. Elle est propriétaire du bateau, finance les frais liés à son utilisation et le met à disposition du programme Alwena for Pure Ocean.

Suivre le team Alwena for Pure Ocean : @alwena_for_pure_ocean

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1 Course au large en équipe réalisée sur de longues distances et sur plusieurs jours, avec des relais entre les navigateurs.

2 Discipline de la voile où deux bateaux s’affrontent directement en un contre un sur des parcours courts avec une forte dimension tactique et stratégique.

3 Course au large mythique reliant la côte sud de l’Angleterre au rocher du Fastnet, au large de l’Irlande.

4 Course proche des côtes se déroulant sur des parcours en baie, autour de bouées ou sur de courts tracés côtiers, avec des manœuvres fréquentes.

5 Grande voile d’avant montée sur enrouleur, utilisée en course au large pour optimiser la vitesse du bateau par vent faible à modéré.

Visuels : © Kio Dimetto, Ambre Duchemin, Jehan Lérin Photographie.