Défi Wind : sous l'élan du vent

Publié le 21/04/2026

Cap'PassionPlaisance

Wingfoil, Kitesurf, Windsurf, iQFOil... Autant de noms énigmatiques pour les néophytes, mais qui évoquent pour leurs pratiquants, des sports ayant un lien profond avec la nature. Philippe Bru (cofondateur du Défi Wind), Romain Lepage (windsurfeur amateur) et Sören Nguema (jeune champion du monde U17 en Windsurf), nous éclairent sur ces sports pas si éloignés de nous, que beaucoup ont déjà voulu tenter un après-midi d'été en voyant au loin les prouesses de ceux qui les maîtrisent.

Défi Wind : le vent comme seul arbitre

Créé en 2001 par Philippe Bru et Gilles Debrix, le Défi Wind est aujourd'hui la plus grande compétition regroupant des riders de Windsurf, Kitesurf et Wingfoil pour dix jours de course. Cet événement est né d'une envie simple : partager la passion du vent, de la glisse et du dépassement de soi. « On ne cherchait pas à créer la plus grande course du monde, mais à inventer un format libre, ouvert, populaire. Où amateurs et professionnels pourraient se retrouver sur la même ligne de départ, sans barrières entre eux. Le vent, lui, ferait le reste. Lors de la première édition, nous étions quelques centaines de participants et une toute petite équipe organisatrice, presque artisanale. Aujourd'hui, on peut dire que nous sommes devenus une véritable machine collective pour accueillir plus d'un millier de riders venus du monde entier. » nous confie Philippe Bru.

Lui qui, à l'époque, pratiquait régulièrement le Windsurf a naturellement choisi d'établir la compétition à Gruissan, en Occitanie : « D'une part parce que c'était ma terre d'attache, mais c'est surtout un territoire authentique, venté, sauvage, avec une immense plage parfaitement orientée avec la Tramontane en vent dominant. C'est un plan d'eau exceptionnel et un lieu où les sports de glisse sont profondément ancrés dans la culture locale. »

Le Défi Wind n'est pas un championnat, même si certaines performances comptent pour des classements. Seuls 20 à 25 % des inscrits sont des professionnels, le reste sont des amateurs. Cette compétition est unique au monde et emblématique pour les sports de glisse, car nulle part ailleurs, pros et amateurs ne partagent une ligne de départ commune dans autant de disciplines.

À l'origine dédié au Windsurf, le Défi Wind a évolué en ajoutant de nouvelles disciplines tous les 10 ans : le Kitesurf en 2012 puis le Wingfoil en 2022. Une évolution naturelle plus qu'opportuniste, portée par la curiosité de Philippe Bru pour ces nouvelles formes de glisse. C'est tout naturellement que les organisateurs ont intégré cette passion de la nouveauté à leur compétition : « Nous accompagnons les mutations de la glisse, sans jamais perdre l'ADN de la compétition ; le vent et la passion restent notre moteur et source d'énergie commune. À chaque fois, ce sont les pratiques elles-mêmes qui ont dicté les évolutions. »

Pros et amateurs sur une même ligne de départ, la technique et le vent viendront les départager.

Pour l'édition de 2026, plus de 2 000 participants venant de 40 pays dans le monde sont attendus sur l'ensemble des trois disciplines. Dix jours de compétitions attendent compétiteurs et spectateurs : les Windsurf Days pour le Windsurf, les Kite Days pour le Kitesurf, et les Wing Days pour le Wingfoil. « Le Défi Wind, ce sont des courses de longue distance, regroupées sur plusieurs jours. Un marathon des mers de 40 km en quelque sorte. (rires) Tous les participants d'une même discipline partent en même temps. C'est unique au monde de placer pros et amateurs sur la même ligne de départ, c'est un choix fort et assumé que nous avons pris dès le départ. Le vent ne fait pas de distinction, les niveaux sont très variés, mais chacun trouve son défi personnel. » se réjouit Philippe Bru.

Le vent devient partenaire de jeu.

Ce qui attire les pratiquants vers ces sports de glisse, c'est le sentiment de liberté qu'ils procurent et leur lien profond avec la nature. Comme le dit Philippe Bru : « Le vent devient partenaire de jeu. ». Ce sont des sports qui rassemblent des pratiquants de tous horizons : « Lors du Défi Wind le plus jeune rider a 13 ans, et le plus âgé 80 ans ! Les femmes représentent 15 % des participants, même si elles sont plus présentes en Wingfoil, et ce chiffre progresse chaque année. »

En mai 2027, le Défi Wind célébrera ses 25 ans... plus qu'un anniversaire, ça sera un cap symbolique ! « Nous retracerons l'Histoire des sports de glisse. Il y aura des moments forts, des clins d'œil à tous ceux qui ont contribué à faire du Défi Wind ce qu'il est aujourd'hui (pratiquants, bénévoles, partenaires), et qui, depuis le début, donnent vie à cette énergie et à cette liberté en pratiquant cette passion commune. »

En attendant cet anniversaire mémorable, pour nos lecteurs qui hésiteraient encore à participer du 8 au 17 mai 2026, Philippe Bru rappelle : « Il reste encore quelques places pour concourir dans certaines disciplines. Il y aura évidemment des figures emblématiques, des champions reconnus mondialement, mais le Défi Wind a toujours été un événement où la star, c'est aussi le rider amateur, celui qui vient se confronter à lui-même. Difficile de faire des pronostics : avec le vent, tout reste toujours possible ! L'image qui résume le mieux l'esprit du Défi Wind, c'est probablement de voir un rider amateur, épuisé mais le sourire aux lèvres, franchir la ligne d'arrivée aux côtés d'un champion du monde. »

Romain Lepage à Leucate sur sa planche de windsurf.

Romain Lepage : à la conquête de l'Everest du Windsurf

Depuis quand pratiquez-vous les sports de glisse ?

Mon père était fan de planche à voile depuis les années 70, c'est lui qui m'a initié dans un Club de Pornic dès mes 11-12 ans. J'ai ensuite acheté mon premier équipement vers 18 ans, mais mon arrivée à Paris, dans ma vingtaine, a mis un frein total à ma pratique.

Plus tard, dans l'entreprise où j'ai travaillé à Milan, j'ai rencontré un collègue, grand passionné de Windsurf qui m'a fait découvrir les spots incroyables de Malcesine et Torbole sur le lac de Garde. Je me souviens de la première fois où il m'y a emmené : nous avions dormi à l'arrière de son Renault Grand Espace, sous les planches et les voiles, et à notre réveil, il y avait déjà 300 personnes sur le plan d'eau. Là-bas, un vent thermique très fort s'établit presque chaque matin, en raison de la pression atmosphérique et de la température des montagnes. Cela m'a redonné l'envie de reprendre les sports de glisse et à mon retour d'Italie, avec mon épouse nous avons décidé de quitter Paris pour nous rapprocher de l'Atlantique. Cela m'a permis de relancer ma pratique dès que l'occasion se présentait. J'envisage même de débuter le surf prochainement, pour aller sur l'eau les jours sans vent...

Il faut savoir qu'avec les planches à voile, on va à des vitesses aussi élevées qu'en ski, mais sans la pente, juste porté par la force du vent. Il existe aussi une sensation indescriptible qu'on appelle le planning en Windsurf : ce moment où la planche va tellement vite que seul l'aileron est en contact avec la surface de l'eau. On plane et une fois qu'on y a goûté, on en redemande !

Que représente le Défi Wind pour vous ?

Le Défi c'est l'occasion de passer du bon temps une semaine par an, en défiant ses amis. Mais cela peut aussi se comparer à l'Everest des sports de glisse nautiques. Tant que la Tramontane souffle, les organisateurs lancent autant de manches que possible, et on part tous en même temps sur la même ligne. Il faut s'imaginer plus de mille riders qui se défient sur les 20 milles nautiques qui relient la plage de Gruissan à Port-la-Nouvelle...

Le Windsurf est un sport ingrat : il faut naviguer des dizaines, voire des centaines de sessions avant de réellement connaître une sensation de glisse agréable et confortable, grâce à la technique et aux réglages. Participer à cette compétition, tous ensemble dans les mêmes conditions, permet de se mesurer à ses copains mais aussi aux professionnels. Quand on voit passer un pro-rider à quelques centimètres de soi, il y a cette sensation étrange d'excitation de rivaliser avec lui, et de frustration de ne pas réussir à le suivre plus de quelques secondes ! (rires)

Romain Lepage, windsurfeur amateur passionné.

Quelle est votre préparation pour la compétition ?

Je suis papa de trois enfants en bas âge, c'est ma plus grande chance mais dans ce contexte, c'est un frein. Autant dire qu'il n'y a aucune place pour la préparation. Je fais de mon mieux pour bloquer les quatre jours du Défi longtemps à l'avance dans l'agenda familial et m'organiser avec mon épouse. Pour minimiser mon temps d'absence à la maison, j'arrive au mieux quelques minutes avant la fin de remise des dossards, et je repars avant la remise des récompenses sur les podiums, le dimanche midi.

Beaucoup de passionnés arrivent dès le début du mois pour s'entraîner sur le spot et se régler ! De mon côté, tout se passe en flux tendu : mon équipement est rarement révisé en amont et parfois je n'ai pas celui qui serait le plus adapté aux conditions météo très aléatoires du lieu. Mais j'y vais avant tout pour passer un bon moment entre amis.

Avez-vous des anecdotes à partager à nos lecteurs qui voudraient participer ?

Quand la Tramontane est enclenchée, le Défi Wind peut être quatre jours incroyablement intenses physiquement, dans des conditions dantesques, avec plusieurs manches par jour. Mais quand le vent n'est pas décidé à souffler, ça peut aussi être un déplacement presque pour rien, comme l'année dernière. Il faut alors patienter toute la journée sur la plage à espérer un peu d'air ! Un Défi sans manche, ça arrive aussi...

Pour ma 1ère participation en 2022, c'était dantesque (rires) : nous avons eu un vent à 55 nœuds ! Autant dire qu'un tiers de la flotte a abandonné avant la fin... Ma plus petite voile faisait 4 m, ce qui était trop grand pour ces conditions météo. Pendant 1 h, j'ai lutté physiquement dans les rafales, avec une planche incontrôlable à cause des dizaines de catapultes qu'elle prenait sur chaque bord, et il fallait se relever après chacune d'elle. À ma grande surprise, j'ai terminé parmi les 500 premiers !

Lexique

Le Windsurf

Bien plus qu'un simple anglicisme pour désigner la planche à voile, il représente une pratique plus moderne, née dans les années 60. Si la voile est toujours fixée à un mât et une bôme, la planche du Windsurf est plus courte et son poids plus léger, permettant aux windsurfeurs de s'adapter plus rapidement au vent et aux vagues. Cela offre une meilleure performance, un contact direct avec les éléments mais demande aussi plus d'endurance. Tout cela résumé par la formule de Philippe Bru : « Une planche, une voile, et une relation directe avec le vent. »

Le Wingfoil

Petit frère du Windsurf, il est aussi son évolution technologique : « Une aile gonflable tenue à la main et un foil sous la planche, qui permet de voler au-dessus de l'eau. » comme le décrit Philippe Bru. Le surfeur touche à peine l'eau grâce à l'hydrofoil, une sorte d'aileron fixé sous une planche plus petite. Plus maniable et plus compacte, l'aile (ou wing) séduit de plus en plus les pratiquants : « Le Wingfoil réduit le volume d'équipements à la maison et permet de passer plus de temps sur l'eau. » confie Romain Lepage.

L'iQFOil

C'est le format de Windsurf qui représente le sport aux séries olympiques depuis Paris 2024. Il remplace l'RS:X qui était le précédent format choisi à partir des JO de 2008 à Pékin. La différence entre les deux réside dans la planche : l'iQFOil vole au-dessus de l'eau grâce à son hydrofoil. Cette faible résistance dans l'eau se voit aussi dans la vitesse car l'iQFOil démarre à 25 km/h quand l'RS:X débute à 5 km/h.

Le Kitesurf

Évolution naturelle du windsurf venue des années 70, le Kitesurf demande plus de technique. Avant de débuter sur l'eau, il est nécessaire de comprendre sur la plage comment le kite (la voile) réagit aux différents vents pour respecter les consignes de sécurité. Pas de voile ni de mât, mais une aile de 25 m de large. Tel un cerf-volant géant maintenu au surfeur par un harnais, le pilotage du kite se fait « à distance » avec une barre horizontale. La planche plus petite, permet aux riders d'effectuer sauts et vols tout en étant tractés. « C'est plus aérien et très spectaculaire ! » explique Philippe Bru.

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Visuels : © Défi Wind / PBO - JMCornu / Jean Souville, Romain Lepage