Tom Barrer : Le vent de la liberté

Publié le 21/01/2026 Par Rodolphe Monin

À 34 ans, le parcours de Tom Barrer est aussi riche que singulier. Du VTT freestyle à la Wingsuit1 en passant par une pratique professionnelle du trail qu'il enseigne au sein de son académie, cet Audois d'adoption mélange les disciplines en gardant une ligne de conduite intangible et paradoxale, celle de suivre le vent qui lui dessine son chemin de liberté.

Tom Barrer en moto trail dans les montagnes

Tom, pourquoi la moto ?

J'ai une famille qui était dans l'auto-école depuis 1953, et depuis tout petit mon père m'emmenait dans des voitures, des camions, ou sur des motos… La moto, ça ne m'intéressait pas, mais il m'a forcé à passer le permis. J'avais peur de la vitesse, ce n'était pas mon truc. À 14 ans il m'a fait passer le BSR et m'a offert une Derbi 50 dont je n'ai même pas fini le rodage. À 16 ans j'ai passé le permis 125 et je ne m'en suis pas servi non plus. À 18 ans il m'a forcé à passer le permis gros cube alors que je ne voulais pas… À l'époque j'étais à fond dans le vélo, je faisais aussi d'autres sports extrêmes à côté, et j'avais pour projet de me lancer dans le parachutisme. Mais pendant une leçon de conduite, j'ai pris sa BMW GS (gamme de motos trail et polyvalentes de la marque bavaroise, NDLR), et là ça a été le déclic.

Tu es un grand sportif, quelles pratiques as-tu exercé ?

À la base je viens du VTT trial, j'ai fait de la compétition en championnat de France, championnat du monde. En parallèle, je développais une nouvelle discipline qui est devenue le street trial, un mélange de freestyle et de trial et j'ai vraiment accroché à ça. La compétition j'aimais bien, mais le spectacle m'apportait bien plus de choses. J'ai donc arrêté la compétition pour devenir intermittent du spectacle. Je faisais des shows un peu partout en Europe. En parallèle, je faisais du volley et beaucoup de squash, depuis je me suis tourné vers le padel2.

Tom Barrer formant des stagiaires motards lors d'une session d'entraînement
L'objectif de Tom est de former des motards prêts à partir à la découverte du monde.

Et le parachutisme du coup ?

J'ai commencé très tôt, à 17 ans, mais cette pratique coûte cher, donc je n'ai pas pu m'y investir à fond, mais j'en ai toujours fait régulièrement et mon objectif c'était la Wingsuit. Je n'ai jamais lâché et depuis 4 ou 5 ans je m'y mets plus, je passe actuellement le diplôme de formateur Wingsuit.

La Wingsuit… une pratique très engagée, qu'est-ce qui te motive dans ce genre d'engagement, c'est de tutoyer le risque ? Et concernant ce risque, où est ta limite ?

De l'extérieur, on peut penser le contraire, mais moi j'ai horreur du risque et j'ai peur de me blesser. Je ne cherche pas à me confronter au danger, j'essaie plutôt de repousser mes limites par l'apprentissage et la répétition. La limite dépend de tes connaissances et compétences : plus tu t'entraînes, plus tu peux repousser cette limite. C'est à toi de l'ajuster selon ton état physique et mental, en restant lucide sur ton niveau. Évidemment qu'un accident est toujours possible, mais en mettant de la méthode, du travail et de l'implication, tu peux minimiser au maximum ce risque.

Pour ma part, je suis plutôt en quête d'apprentissage et de recherche d'autonomie. À moto, quand tu pars en autonomie complète au fin fond de la Mauritanie, seul, sans téléphone, sans rien, ton travail préalable et ta préparation vont te permettre d'évoluer dans ce genre d'environnement sans te mettre en danger.

Tom Barrer pilotant sa moto dans les paysages turcs
La Turquie à moto : entre l'Anatolie et le Cappadoce.

Qu'est-ce qui te régale vraiment à moto ?

J'aime beaucoup l'aspect technique, le travailler pour s'offrir la découverte des endroits que l'on pourrait penser inaccessibles. J'ai visité tous les pays d'Europe, tous (rires), mais aussi le Maroc, la Mauritanie, la Turquie, le Canada, l'Argentine, le Chili… La moto c'est un vecteur de découverte, qui crée du lien et permet d'aller à la rencontre des autres partout sur la planète… ça agrège les rencontres. Quand tu voyages, tu dois savoir te débrouiller, c'est indispensable. J'aime cet apprentissage qu'elle réclame.

La moto c'est un vecteur de découverte, qui crée du lien et permet d'aller à la rencontre des autres partout sur la planète… ça agrège les rencontres.

Comment en es-tu venu à vouloir enseigner ?

Ça c'est l'histoire familiale. Une auto-école dans la famille depuis 1953, mes premiers souvenirs d'enfant, c'est mon grand-père qui venait me chercher en bus, en camion, en voiture, et qui me ramenait ensuite à la maison où ma grand-mère s'occupait du secrétariat. J'ai été bercé là-dedans depuis toujours. J'ai plusieurs diplômes : moniteur auto-école et moto-école, que j'ai eu à 20 ans, le plus jeune en France à l'époque, et j'ai celui de formateur d'auto et moto-école, poids-lourds. Et j'ai monté une école de formation de moniteurs…

Qu'as-tu fait après avoir arrêté de former des moniteurs ?

Je suis devenu intermittent du spectacle tout en travaillant avec BMW. J'encadrais les journées pistes pour la marque, après m'être initié au circuit avec le GS Trophy dès 2012. C'était ma première expérience dans ce domaine alors que je n'aimais pas la vitesse, et j'ai gagné le GS Trophy en France. La même année, mon concessionnaire organisait une journée piste pour ses clients, j'y suis allé avec ma BMW GS, et j'ai adoré ! C'est la révélation quand dans l'après-midi, il me prête une moto S 1000 RR ! Je me sens super à l'aise et je roule dans de bons chronos. Il y avait une équipe qui était là le même jour et s'entraînait pour les 24 Heures de Barcelone. Un membre de leur team est venu me voir pour me proposer une place et c'est comme ça que je me suis retrouvé au départ de cette course.

Tom Barrer en Albanie à moto

Ce n'est pas commun ça… Et tu as persévéré en vitesse ?

En fait, je suis quelqu'un de très pragmatique et rationnel sur la manière dont j'essaye de pratiquer. Pour ma première participation aux 24 Heures de Barcelone, je suis encore débutant mais je ne fais pas d'erreur et on gagne le classement « rookie », celui réservé aux nouveaux teams sur l'épreuve. Pour la deuxième année, je profite de mon année d'encadrement sur les journées pistes pour m'entraîner et je profite des conseils de Kenny Foray (aujourd’hui quintuple champion de France Superbike, NDLR) qui est l'instructeur vedette. J'apprends énormément et pour ma deuxième participation à Barcelone, je vais beaucoup plus vite. Ça se passe très bien en course, jusqu'au moment où je prends un relais avec un pneu arrière neuf… mais froid… Une erreur de l'équipe sanctionnée par une grosse chute à 190 km/h et une moto bien cassée. Course terminée.

Dépité, j'appelle Kenny pour lui raconter, et alors que j'attends un peu de réconfort, il se met à se marrer bien fort avant de me dire « attend c'est normal, tu commences à tutoyer la limite, et pour repousser cette limite, tu vas devoir en casser plein des motos ».

Je lui ai répondu « ah ben non, je n'ai pas envie d'en casser plein, je n'ai pas le budget, je sais que je ne serai jamais champion du monde, je fais ça pour m'amuser » et Kenny de me répondre « alors dans ce cas, accepte de ne plus progresser, et de rester dans ce que tu sais faire »... J'ai bien réfléchi sur le truc, et j'ai décidé de ralentir sur cette pratique. J'en fais toujours un peu, mais beaucoup moins.

Alors pourquoi avoir choisi le trail3 ? Y'a plus radical quand même…

Parce que j'aime toutes les disciplines de la moto, et j'ai très vite compris que j'adorais les voyages. Depuis tout petit j'avais dans ma chambre le poster du Camel Trophy. Le voyage m'anime depuis que je suis enfant. Et quand je roulais avec une moto routière, j'étais frustré de ne pouvoir faire qu'un truc avec. Je suis tombé rapidement amoureux du trail, qui n'est pas une moto parfaite, mais qui est une moto qui peut tout faire. Je peux faire de la balade sur route, je peux aller sur circuit, je peux rouler en tout terrain, je peux voyager… En clair, peu importe ce que mes potes ont comme moto, avec un trail je peux les accompagner partout. Sa polyvalence est géniale. Ça a toujours été mon truc, bien avant que le trail revienne à la mode. Jeune permis, mes potes me disaient « pourquoi tu as choisi une moto de vieux ? », c'est te dire si j'étais convaincu, et je le suis encore bien plus aujourd'hui.

Suzuki V-Strom 800DE dans la desert

Il y a un volet sécurité routière dans ton enseignement ?

Oui tout à fait, mon académie s'appelle d'ailleurs « Centre international de sécurité routière spécialisé dans les routes dégradées ».

Le nom surprend souvent les personnes que je dois former car l'image de la sécurité routière est mauvaise, avec des messages souvent obsolètes. Mais l'objectif de mon académie c'est bien de la sécurité routière, en formant les motards à voyager loin dans le monde, peu importe le type de routes, ou de chemins, ce qui est une réalité dans tellement de pays dans le monde, sur tous types de routes, comme en Albanie où certaines voies empierrées serpentent entre des précipices. À ce genre de conditions, on ne te prépare pas en France, et c'est précisément pour ça que cette formation existe.

Les stages sur la route et les stages tout terrain, quelle est la proportion ?

Il y a très peu de stages où on ne fait que de la route, ou que du chemin, c'est une pratique forcément polyvalente bien plus axée sur le tout terrain, simplement parce que c'est ta réalité quand tu circules dans le monde. C'est un stage autour du voyage où on va travailler ce que j'appelle de la route off-road. Il est plus compliqué en France de proposer des stages uniquement sur route, simplement parce que les motards se disent « j'ai le permis, je sais rouler ». Donc je les amène sur ce terrain, mais on y va par biais détournés, dans des mises en situation.

C'est quoi la patte Tom Barrer dans les stages ?

J'ai une approche très particulière, mais c'est difficile de la comprendre tant que tu ne l'as pas vécu. Je suis persuadé que les gens sont capables de faire très rapidement des choses extraordinaires. Ils ne le savent juste pas. Mon rôle c'est de leur offrir les clés qui vont leur permettre de se révéler. Mais c'est compliqué parce que je les emmène dans des endroits qui les chahutent, techniquement et émotionnellement.

Parfois il y a des refus devant un obstacle. Mais en leur montrant, en les accompagnant, ils finissent toujours par y arriver.

Tom Barrer dans le désert

Si tu ne devais porter qu'un message dans ton enseignement, ce serait quoi ?

Ce serait « crois en toi ! » parce que je suis persuadé que chaque individu est capable s'il s'en donne les moyens de réussir des choses extraordinaires, et de partir voyager loin, en sécurité.

Beaucoup ne croient pas assez en eux, et se mettent des limites. Croire en soi, c'est la clé de contact de ton moteur. D'ailleurs, concernant mes stagiaires, je vois le niveau général qui augmente, et ça c'est agréable. Après dans l'évolution, il y a des choses qui, à titre personnel ne me plaisent pas vraiment, je pense aux courses d'enduro qu'on commence à faire avec des trails, ou alors les rallyes comme l'Africa Eco Race. Faire un rallye raid avec un trail où tu n'as pas de bagages, et où tu es venu en camion, pour moi ça n'a pas de sens… Si c'est pour faire ça, alors prends une 450 qui pèse 100 kilos de moins, et qui est pensée pour la compétition en rallye raid.

L'Africa Eco Race est selon moi le sommet de l'aventure, et ce rallye est au trail ce que l'Everest est à la haute montagne, tu ne trouves pas ?

Oui je suis d'accord avec cette idée d'aboutissement, mais là où je ne m'y retrouve pas, c'est que dans les dunes, si tu prends un trail, tu dois y aller avec tes bagages, parce que le trail c'est le voyage en autonomie. C'est ça pour moi l'objectif. C'est comme les courses d'endurance tout terrain ou de vitesse que l'on fait avec des trails, je n'y vois pas de sens. Alors je ne te dis pas que ce n'est pas sympa, qu'il n'y a pas moyen de se marrer avec ses potes, mais dans le fond ça manque de sens. Ou alors tu vas au bout des choses, et tu obliges les gars à venir par la route, avec leur bivouac, et ensuite qu'ils rentrent chez eux à moto.

Tom Barrer avec sa Suzuki V-Strom

Tu organises une compétition sans chronomètre, le Lone Rider Trophy by Tom Barrer, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui, ça se passera en février au Maroc, ce n'est pas un rallye mais un trophy, dédié au trail et au voyage. Dans la catégorie ultimate, chaque concurrent part depuis chez lui en complète autonomie, avec son bivouac, en décidant des outils qu'il emmène, des pièces détachées, de son équipement, etc. Et il y aura plein d'épreuves, et pas que du pilotage à moto.

Je veux vraiment me rapprocher de l'esprit Camel Trophy. L'idée finale c'est de récompenser le meilleur voyageur du monde. Sur un rallye raid, tu évalues les compétences via deux axes : la vitesse du pilote et sa capacité à naviguer. En voyage tu n'as pas de road book, donc tu dois savoir te repérer, lire une carte, charger une moto, l'entretenir, la démonter, la remonter, savoir se sortir de situations improbables… On a une capacité d'accueil maximale de 100 participants. Ce sera une boucle d'Agadir à Agadir qui va se dérouler entre le 1er et le 7 février 2026.

Comment vois-tu l'évolution des motos dites trails ?

La mode du gros, gros trail est en train de passer. En fait tu as deux solutions : soit tu travailles énormément ta technique de pilotage pour emmener un gros trail dans des portions compliquées, soit tu ne travailles pas et tu prends un trail léger. La moto légère peut tout faire, un gros trail pourra plus difficilement tout faire, l'avantage du gros trail c'est qu'il pourra voyager loin et vite, alors qu'un petit trail ne le permet pas. Moi je conseille à tout le monde de prendre une moto légère s'ils ont du temps. Ensuite ce qui me chagrine, c'est une électronique toujours plus présente et franchement pas souvent nécessaire, même si j'aime vraiment l'électronique. Mais à moto, et pour un trail, il faudrait faire les choses plus simplement. Et puis parfois tu vois des motos qui portent des noms de désert mais se présentent avec la boucle arrière soudée, ou le filtre à air qui est sous le réservoir, donc inaccessible…

Ce n'est pas si facile de trouver une moto avec laquelle tu sais que tu pourras voyager loin en étant capable de te sortir d'à peu près toutes les situations.

Tom Barrer sur sa Suzuki V-Strom 800 DE

Ton trail idéal alors ?

Et bien c'est ma Suzuki V-Strom 800 DE, une moto hyper simple et hyper efficace, qui embarque juste ce qu'il faut d'électronique, une moto fiable et qui peut se réparer à peu près partout. Elle n'est pas multiplexée, donc si tu as un problème électronique ça se gère plus facilement. Je prends un exemple, j'ai Robin avec qui je travaille qui est tombé en Mauritanie et qui a cassé son compteur. Avec beaucoup de moto, si tu casses ton compteur il t'est impossible de repartir, tu ne pourras pas réparer. Il faut changer la pièce, reprogrammer. Avec la Suzuki, il est reparti, sans compteur, mais reparti. Et puis tout est accessible, les fusibles, le filtre à air, le carter d'embrayage n'est pas solidaire de celui de la pompe à eau, etc. Mécaniquement c'est à la fois simple et logique. Un truc tout bête, le roulement de roue arrière de la Suz, c'est le roulement à la référence 1001, soit la pièce la plus courante dans l'industrie. Je roule environ 20 000 kilomètres.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Déjà le Trophy qui arrive à grand pas, c'est mon gros projet. Ensuite continuer la chaine YouTube, ouvrir un garage dédié aux trails, et continuer de développer les formations itinérantes dans le monde, parvenir à proposer un nouveau pays tous les deux ans. Et si le Trophy fonctionne, de développer ce format et l'emmener dans plein de pays.

Si je te demande d'imaginer Tom Barrer dans 10 ans ?

Oh là là… Aucune idée, et je ne veux surtout pas le savoir. Moi ce qui m'anime dans le voyage, c'est de ne pas savoir ce qu'il y a au bout de cette piste. C'est ce qui fait la beauté du truc. Moi j'ai envie de suivre le vent, et continuer à être aligné entre ce que j'ai envie d'être et ce que je suis. Peut être que je ne serai plus du tout dans la moto, que je serai à fond dans le parachutisme, ou alors je serai pilote d'avion, ou d'hélico, ou peut être que le Trophy aura super bien marché et que ce sera aussi gros que le Dakar… Je n'en ai aucune idée, mais je sais un truc, que je vais continuer de faire ce que j'ai envie de faire.

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1 Gamme de motos trail et polyvalentes de la marque bavaroise
2 Sport de raquette, originaire du Mexique, qui se pratique en double sur un court entouré de vitres ou grillages
3 Moto polyvalente qui peut à la fois rouler sur routes et chemins

Visuels : © Collection Tom Barrer