La Caale : garage associatif et réinsertion des jeunes à Marans

Publié le 30/03/2026

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Un terrain pollué, un changement de site, des mois d'incertitude… Pour beaucoup ce serait la fin de l'aventure. Pour Yannick Picard, lauréat de la 1ère édition de la Bourse aux projets par AXA Passion, ce n'est qu'un défi de plus à relever. Son garage associatif La Caale s'apprête enfin à ouvrir ses portes en avril 2026, avec un objectif clair : réinsérer des jeunes orientés par la justice. Retour sur un parcours semé d'embûches, mené avec une détermination sans faille.

Quelles ont été les avancées et les défis les plus marquants du projet La Caale depuis octobre dernier ?

Il y a d'abord eu un aléa de chantier sur le site : une cuve encore pleine d'hydrocarbures se trouvait sous le garage. Lorsque les techniciens ont commencé à poser des pieux pour créer la dalle renforcée destinée à supporter les ponts, la cuve a été percée et son contenu s'est répandu sur l'ensemble du site, qui s'est retrouvé avec un taux de pollution très élevé.

Aujourd'hui, il est indispensable de dépolluer le terrain et des procédures sont en discussion entre la Communauté de Communes Aunis (CdC) et la commune de Marans. Pour poursuivre le projet, le maire Jean-Marie Bodin nous a proposé une solution : un ancien hangar qui nous convient.

La problématique était que ce bâtiment était en vente, ce qui nous plaçait sur un bail précaire. Ce n'était pas rassurant pour nous puisque nous installons près de 50 000 € de matériel et la CdC s'est portée acquéreur du site en janvier dernier.

En parallèle, nous mettons le réseau de communication en place : le site internet est créé et la page Facebook est active, ce qui permet de partager l'avancée du projet.

Plan 2D de l'agencement du garage associatif La Caale
L'agencement du garage modélisé par un bénévole et le futur mécanicien salarié.
Il faut se battre et ne pas lâcher l'affaire. Tout le monde a une chance, tout le monde a un rêve.

Où en êtes-vous aujourd'hui ?

La CdC est maintenant propriétaire de l'intégralité du site, et nous allons pouvoir signer un bail au 1er mars. Il faut souligner la forte mobilisation des élus, aussi bien de la commune de Marans que de la CdC, pour aller au bout du projet et lui permettre de voir le jour au plus vite. C'est un projet qui remonte à plusieurs années et qui a déjà été interrompu plus de deux ans par le Covid. L'ouverture du garage est prévue sur la première quinzaine d'avril 2026.

Comment s'organise l'équipe autour du mécanicien spécialisé dans les véhicules anciens ?

Il s'appelle Ludovic Berton et il a rejoint l'aventure il y a un peu plus d'un an. Il a une petite auto-entreprise à Courson, une commune au nord de Marans. On se connaît depuis des années au travers de rassemblements de voitures anciennes que j'organise dans une autre association. C'est lui qui a pris l'initiative de venir vers nous et aujourd'hui, il fait partie intégrante de l'aventure.

À partir du 1er avril, nous aurons les clés du garage et Ludovic sera salarié. Durant cette quinzaine de mise en chantier, comme il n'y aura pas de voiture à réparer, il s'occupera avec les bénévoles de l'aménagement du garage, et de mon autre association, les 24 Heures de la Pelle.

Dans cette association, beaucoup de bénévoles cherchent à recréer du lien social et me disent : « Yannick, nous, on veut t'aider sur le garage ». Ils ont déjà visité les lieux deux fois et viendront construire le bureau d'accueil et les commodités.

Extérieur du garage associatif La Caale à Marans
Le futur garage associatif La Caale, dans un ancien hangar à Marans.

Le dispositif d'alternative aux poursuites judiciaires est au cœur du projet, comment le mettez-vous en place actuellement ?

C'est un projet lancé en 2022 avec le parquet de La Rochelle. J'ai rencontré il y a un peu plus d'un an Arnaud Laraize, le procureur, qui s'est montré très intéressé par l'initiative. Pour l'instant, il n'y a que des accords verbaux.

Orienter des jeunes vers le garage dans le cadre d'alternatives aux poursuites est une volonté forte du parquet. L'idée est de leur proposer une solution concrète : venir travailler sur une voiture ancienne et découvrir un métier, plutôt que d'effectuer un travail d'intérêt général.

On accueillera des jeunes envoyés par le parquet pour des incivilités : soit ils passent deux samedis après-midi au garage pour travailler sur une « sortie de grange » (voiture abandonnée remise en état, NDLR), soit ils refusent et des poursuites judiciaires seront engagées.

On accueillera aussi des jeunes de 3e en stage de découverte. Sylvie Martin, présidente de la Chambre des métiers de Nouvelle-Aquitaine Charente-Maritime, pourra nous orienter des jeunes qui veulent faire de la mécanique ancienne.

Fin janvier, j'ai reçu la convention pour la remise à titre gratuit de véhicules quatre-roues placés sous-main de justice et devenus propriété de l'État. Les véhicules confisqués par le tribunal (par exemple en conduite sous alcool en récidive, NDLR) pourront nous être proposés et on pourra les récupérer gratuitement sous 5 jours. Ils seront ensuite revendus à bas prix à des personnes en situation de précarité, ou loués à faible coût pour favoriser le retour à l'emploi.

Chantier du garage La Caale avec bénévoles et partenaires institutionnels
Bénévoles, partenaires institutionnels et professionnels se réunissent régulièrement sur le chantier du garage.

Quels accompagnements recevez-vous actuellement des partenaires institutionnels et locaux impliqués dans le projet ?

D'abord vous, AXA Passion, vous avez été les premiers. Ensuite, nous avons également reçu le soutien de plusieurs institutions publiques et partenaires locaux pour financer l'investissement et accompagner le projet comme l'État à hauteur de 20 000 € et la région académique Poitou-Charentes pour 2 500 €. D'autres acteurs institutionnels nous accompagnent aussi dans le développement du garage comme la Région Nouvelle-Aquitaine au titre de l'investissement et du recrutement. Au total, nous avons reçu environ 100 000 € d'aides.

Au-delà des financements, comment le projet s'inscrit-il dans son environnement local et dans l'économie sociale et solidaire ?

Avec la convention signée, nous allons diversifier le parc de véhicules, notamment pour les personnes sans permis. Je suis en discussion avec une concession près de La Rochelle, pour récupérer une ou deux voiturettes Aixam.

Le site est tellement grand, un peu plus d'un hectare, que d'autres activités s'y greffent naturellement : un restaurateur de motos anciennes avec qui on collabore, et bientôt le club de vélo d'Aunis Atlantique, qui remet en état des vélos pour des personnes en précarité sociale.

Enfin, il y a une vraie attente autour de l'ouverture du garage. Je reçois beaucoup de demandes : des particuliers, des entités sociales et solidaires, la régie de quartier de Villeneuve-les-Salines, le CCAS de Saintes, et des anciens chefs d'entreprise prêts à s'investir bénévolement. On est dans l'économie sociale et solidaire, avec la voiture ancienne comme fil rouge et l'objectif, c'est le retour à l'emploi.

Fiat 500 de 1973 à l'origine du projet La Caale
L'idée du garage solidaire est née d'une simple Fiat 500 de 1973 tombée en panne.

Depuis le lancement du projet, quels sont les retours ou les anecdotes marquantes que vous avez reçus ?

Des témoignages marquants, j'en ai. Mais il y a aussi un côté un peu plus je dirais... désagréable. Tout le monde dit que faire du social, c'est bien, mais si on le fait chez les autres, c'est mieux. C'est un peu ça, le point gris du projet.

Il ne faut pas être riche pour rouler en voiture ancienne. Certaines sont très abordables et ça permet de préserver du patrimoine, sans que cela donne un côté prétentieux, du style « je roule en ancienne », souvent véhiculé sur les réseaux sociaux. Le principe du garage plaît beaucoup, mais la dimension sociale du projet, notamment l'accueil de jeunes orientés par la justice, ne convainc pas tout le monde, même si ça reste une minorité. Moi, ça me motive encore plus. D'autant plus qu'aujourd'hui, le projet a grandi avec le changement de site. On ne parle plus seulement d'un garage associatif, collaboratif et d'insertion : on parle d'un véritable pôle de mobilité pour faciliter l'accès à un emploi.

On ne parle plus seulement d'un garage associatif […] : on parle d'un véritable pôle de mobilité pour faciliter l'accès à un emploi.
Vieux tacot pour enfants à restaurer au garage La Caale
Un vieux tacot pour enfants, doté d'un moteur thermique et d'une boîte de vitesses, sera prochainement restauré au garage.

Quel bilan tirez-vous de l'impact de la Bourse AXA Passion sur La Caale ?

Je dirais que ça a été le déclencheur. Au départ, si le ministère de la Justice a toujours cru en mon projet, d'autres acteurs étaient plus dubitatifs, justement à cause de ce facteur social qu'on veut vraiment impliquer dans ce garage.

Le fait que la ville de Marans et la CdC aient été valorisées par les deux vidéastes venus tourner une demi-journée avec nous, ça a mis en lumière le territoire. Et là, les gens ont réagi : « Oui, effectivement, on a besoin de ça ». Ça a été l'étincelle qui a allumé la mèche.

Il faut dire que le dossier date de 2019. (rires) Et la Bourse a créé un vrai effet boomerang car tous les acteurs se sont mobilisés depuis. On m'a même proposé de récupérer gratuitement les anciens ordinateurs des collèges du département.

Quelles sont les prochaines grandes étapes pour La Caale ?

C'est d'abord le génie civil pour installer les ponts de levage de voiture, puis on mettra en place le matériel avant l'ouverture du garage et l'inauguration en mai avec tous les partenaires, dont AXA Passion.

Ensuite, on accueillera les premiers véhicules destinés aux personnes en situation de précarité économique, soit confiés par le parquet, soit proposés à la vente à bas coût ou à la location pour répondre aux besoins de mobilité et faciliter le retour à l'emploi.

Un autre point sera de trouver des « sorties de grange » qui permettront de faire travailler les jeunes, orientés par le parquet dans le cadre d'alternatives aux poursuites, et de leur faire découvrir les métiers de la mécanique.

Le garage fonctionnera autour des véhicules anciens, pour les propriétaires sans accès à un pont. Ils pourront venir avec l'aide du mécanicien ou louer l'utilisation du pont à un coût accessible.

On prévoit des masterclass une fois par mois pour transmettre les bases de l'entretien automobile, y compris pour un public féminin de plus en plus intéressé. L'idée, c'est de créer un pôle de transmission : du savoir-être pour les jeunes orientés par la justice et du savoir-faire pour la maintenance des véhicules anciens.

Ma passerelle sera le CFA de Lagord : s'ils veulent faire un CAP mécanique auto ou moto, ce sera parfait. Et s'ils s'orientent vers ces beaux métiers qui se perdent, au lieu de traîner dans les quartiers, même si La Rochelle, ce n'est pas Chicago (rires), alors c'est ça la réussite.

Yannick Picard et sa famille sur le Rocher de Monaco
Chez les Picard, la passion automobile se transmet de grand-père en petit-fils… jusque sur le Rocher monégasque.

Pour vous, à quoi ressemblerait une année 2026 réussie ?

Ce serait de sortir au moins un jeune de la mouise et de faire du garage un lieu utile pour la réinsertion et la mobilité, mais aussi un lieu de passionnés : une télé avec des émissions de restauration de véhicules, un coin rafraîchissement, des revues de voitures anciennes etc. J'aimerais que le garage devienne un endroit où les gens deviennent acteurs, où l'on discute et où le savoir-faire circule entre générations.

J'aimerais recruter quelqu'un pour l'administratif, car cela demande beaucoup de temps et d'énergie. Un emploi à mi-temps est réservé, notamment, à une personne en situation de handicap. Et je le redis : nous ne sommes pas là pour gagner de l'argent. L'objectif, c'est que le garage passe la troisième année, même en association. Après, on fera évoluer le concept.

Avec le recul, quel message aimeriez-vous transmettre aujourd'hui aux lecteurs de Cap'Passion ?

Il faut faire preuve de patience et de pugnacité. Il faut se battre et ne pas lâcher l'affaire. Tout le monde a une chance, tout le monde a un rêve. Moi, ma philosophie, c'est qu'il faut savoir donner pour recevoir.

Retrouvez les avancées du garage sur la page Facebook de La Caale.

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Visuels : © Yannick Picard