Route du Rhum : une réussite qui ne se dément pas

Publié le 01/10/2026• Par Jean-Pierre Chafes

Cap'PassionPlaisance

Le 1er novembre prochain, 150 000 spectateurs (plus de 1,5 million sur les deux semaines d'ouverture du village) sont attendus à Saint-Malo pour assister au départ des 118 concurrents de la 13e édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Un succès populaire dont Julie Coutts, directrice générale d'OC Sport Pen Duick, société organisatrice de l'événement, et Nicolas Belloir, adjoint au maire de Saint-Malo en charge de la Route du Rhum, dévoilent les secrets.

Le départ commun de l'ensemble des bateaux engagés dans cette course transatlantique fait partie de l'ADN de la Route du Rhum et participe à son succès populaire.

Figures mythiques, scénarios haletants, mais aussi drames : la Route du Rhum a réuni depuis sa création en 1978, tous les ingrédients qui valent aujourd'hui de faire partie du patrimoine de la course au large. Et même du sport français. Qui a oublié Mike Birch, le premier à inscrire son nom au palmarès ? Florence Arthaud, « la petite fiancée de l'Atlantique » et première femme à remporter une course au large en 1990 ? Le Suisse Laurent Bourgnon, le seul jusqu'à présent à avoir réalisé le doublé, qui plus est lors de deux éditions successives (1994 et 1998) et avec le même bateau, Primagaz ? Ou évidemment Charles Caudrelier dont les 6 jours 19 heures 47 minutes et 25 secondes réalisés en 2022 pour parcourir les 3 510 milles théoriques du parcours ont impressionné bien au-delà des spécialistes de la voile ?

Qui ne s'est pas passionné également pour les duels qui ont vu Birch devancer Malinovsky de 98 secondes en 1978 et Joyon prendre le dessus sur Gabart pour 7 minutes et 8 secondes quarante ans plus tard ? Qui n'a pas suivi, avec une certaine angoisse, l'édition 2002, lors de laquelle 15 des 18 multicoques au départ ont abandonné ? Quant à la disparition d'Alain Colas et de son Manureva le 16 novembre 1978, qui a même donné lieu à une chanson qui vaudra à Alain Chamfort un disque d'or sur des paroles de Gainsbourg ! « Ce qui fait le succès de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, c'est avant tout son histoire », reconnaît d'ailleurs Julie Coutts qui souligne également « la dimension universelle, presque poétique » voulue par le créateur Michel Étevenon en proposant une course entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre.

Traverser l'Atlantique, c'est l'aventure avec un grand A, une invitation au voyage.

« Une traversée de l'Atlantique, ça parle à tous les navigateurs. Mais pas seulement. Quel que soit le moyen de transport, que l'on soit enfant ou adulte, il y a quelque chose de très énigmatique derrière ce qu'on va trouver de l'autre côté de l'océan. Traverser l'Atlantique, c'est l'aventure avec un grand A, une invitation au voyage ». Surtout quand les organisateurs s'ingénient à rendre le format passionnant. « Une course en solitaire, sans escale, ni assistance, ça plaît beaucoup aux navigateurs. Mettre tous les bateaux, aussi » confirme Julie Coutts, heureuse de pouvoir une nouvelle fois annoncer un plateau de tout premier plan pour cette 13e édition.

« Il y aura au départ les plus grands noms de la voile, Charles Caudrelier, le tenant du titre, Armel Le Cléac'h, Thomas Coville, Jean Le Cam, Roland Jourdain ou encore Francis Joyon, mais également de nombreux jeunes skippers impatients de se faire connaître. En s'assurant également d'une participation internationale et de la présence, toujours plus importante, de navigatrices comme Violette Dorange, la Route du Rhum montre sa capacité à rayonner au-delà des frontières françaises, mais aussi à attirer et séduire un public plus large, plus jeune, plus féminin ».

Des classes Vintage pour préserver l'héritage de la course

Si les recettes qui font le succès de la course depuis près de 50 ans sont donc bien connues, la Route du Rhum n'hésite jamais non plus à en explorer de nouvelles. Quitte à se réinventer. Concourant directement les uns contre les autres depuis 1978, sans spécification de catégorie ni restriction de taille, monocoques et multicoques ont ainsi eu droit à des classements séparés au fil des éditions. En 2026, si les catégories Ultime (multicoques de plus de 60 pieds), Ocean Fifty (multicoques de 50 pieds), IMOCA (monocoques de 60 pieds) et Class40 (monocoques de 40 pieds) ont d'ailleurs été conservées, les organisateurs ont décidé de « remplacer » les traditionnelles catégories Rhum Mono et Rhum Multi par les classes Vintage Mono et Vintage Multi.

Un changement de nom, mais pas que… comme l'explique Julie Coutts. « Notre volonté était de faire vivre l'histoire de la Route du Rhum plutôt que de l'exposer au musée. Mais aussi de préserver son héritage et de retrouver l'ADN originel de la course ouverte à tous les types de bateaux, tout en relevant un défi environnemental majeur, celui de la durabilité des navires de compétition. Avec les classes Vintage, on évite en effet que les bateaux mythiques, auxquels on offre une deuxième carrière sportive, soient abandonnés ou détruits ».

Une course engagée pour l'environnement

Fidèle à son histoire, la Route du Rhum entend également répondre aux enjeux actuels, notamment environnementaux. Parmi les innovations de cette édition en matière de RSE, l'interdiction du retour des navires par cargo et l'électrification totale du village viennent compléter les dispositifs déjà existants pour réduire l'empreinte carbone de l'événement. Ils s'ajoutent notamment aux incitations à la mobilité collective proposées par OC Sport pour se rendre à Saint-Malo via la SNCF, les transports collectifs de la région Bretagne ou les plateformes de covoiturage.

Conscients que la réussite de la Route du Rhum tient également à sa dimension populaire symbolisée historiquement par la gratuité de l'accès au village et la proximité avec les skippers, les organisateurs ont encore accentué leur action dans ce domaine à l'occasion de cette 13e édition. « Au niveau de la programmation musicale, puisque la Grande scène accueille cette année un véritable petit festival, avec 5 concerts. Au niveau des animations, une grande roue et une tyrolienne géante permettront d'avoir une vue exceptionnelle sur les bateaux. Mais surtout l'installation de tribunes autour des écluses, qui vont prendre l'allure d'un stade où les skippers feront le plein d'encouragements avant de s'élancer », se félicite Julie Coutts.

L'atout Saint-Malo

Un lieu de départ mythique

Nicolas Belloir : « Saint-Malo offre un espace que peu de sites peuvent offrir. En particulier ce port en cœur de ville, avec deux bassins à proximité du centre historique disposant d'installations qui permettent d'accueillir l'ensemble de la flotte de la Route du Rhum. Saint-Malo possède également une identité très forte avec ses remparts, qui témoignent de l'histoire corsaire de la ville, et ses écluses où les Malouins venaient saluer le départ des Terre-Neuvas… Saint-Malo, c'est aussi la Manche où les navigateurs se retrouvent tout de suite dans le vif du sujet, avec le passage au large du Cap Fréhel noir de monde… C'est tout ça qui a séduit Michel Étevenon et qui continue de faire le succès de la Route du Rhum, près de 50 ans après sa création ».

Une mobilisation très importante

« Dès qu'une édition se termine, on se laisse quelques mois de repos et on repart… Accueillir 1,5 million de personnes en deux semaines demande en effet de l'anticipation, mais également une mobilisation très importante l'année de la course. Quasiment pendant tout le 2e semestre puisque l'installation du village commence en septembre pour être totalement démonté mi-novembre. Outre les services municipaux et ceux de Saint-Malo agglomération, la ville de Saint-Malo recrute 300 à 350 personnes supplémentaires sur la période de la Route du Rhum alors que 400 bénévoles réunis par la SNBSN (Société Nautique de la Baie de Saint-Malo) sont plus directement en charge du volet nautique. C'est nécessaire pour que la Route du Rhum reste un événement populaire gratuit et accessible à tous ».

Un événement pensé pour tous

« Et si en 2022, on a porté la superficie du village à 70 000 m2, ce n'était pas avec l'idée de s'améliorer dans l'accueil du million et demi de personnes qui viennent à Saint-Malo pour la Route du Rhum. En particulier en termes d'inclusion, en permettant aux personnes qui souffrent de difficultés, quelles qu'elles soient (troubles auditifs, moteurs…), de vivre cette expérience de la Route du Rhum grâce à des parkings spécifiques, des passes-câbles faciles à franchir, mais aussi des espaces et des temps de respiration. Chaque jour pendant une heure, on propose par exemple un village sans musique ».

« La Route du Rhum ne serait pas ce qu'elle est sans Saint-Malo. Et inversement, Saint-Malo n'aurait peut-être pas autant de notoriété sans la Route du Rhum ».

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Visuels : © OC Sport Pen Duick, Adobe Stock